Les comédiens Normand Chouinard et Normand Brathwaite, qui furent parmi les colorés personnages de l’émission Samedi de rire, pourraient parodier les Jeux de la Francophonie en pêcheurs de subventions.

Même si tu le jures, ben j’te cré pas !

CHRONIQUE / Le maire a lancé sa ligne à l’eau en face de l’hôtel de ville et l’a laissée descendre dans le courant avec l’espoir d’effectuer la capture de sa vie au pied du cap Diamant...

Il n’est pas bredouille. Steve Lussier a obtenu 17 M$ de Québec pour organiser les Jeux de la Francophonie de 2021. Sauf qu’il espérait bien mieux et il aurait eu besoin de beaucoup plus.

« Il y a deux jours, il n’y avait même pas d’argent provincial sur la table », s’encourage-t-il tout de même en face du résultat.

Sauf que la caisse n’atteint pas encore la moitié des 52 M$ que la Ville de Sherbrooke estimait suffisants il y a trois ans pour livrer ces Jeux et sa propre démarche d’actualisation de coûts l’oblige à considérer deux autres scénarios beaucoup plus onéreux, à 62 et 74 M$. Les caquistes ont de plus laissé courir dans les corridors de l’Assemblée nationale que le montant le plus élevé ne couvrait pas les 10 M$ à prévoir pour les services de sécurité.

Les garanties de financement de 22,5 M$ obtenues à ce jour sont loin du compte. Très loin.

Ne reste plus qu’un chéquier, celui du gouvernement fédéral et les attentes à son égard sont devenues nettement disproportionnées. Personnellement, je vois mal comment le premier ministre Trudeau et les membres de son cabinet réussiront à tricoter une entente de sauvetage avec des exclusions aux règles habituelles de financement.

Québec n’ayant même pas voulu, malgré ses surplus, bonifier son offre d’un dollar en se référant notamment au critère de l’acceptabilité sociale, comment croire à l’arrivée soudaine d’une manne fédérale qui couvrirait les deux tiers et peut-être jusqu’aux trois quarts du financement dans une conjoncture budgétaire déficitaire à Ottawa et durant une année électorale?

La confiance du maire Lussier n’est pas aveugle.

« Je suis conscient que les autres gouvernements sont imputables autant que nous devant les citoyens. Je comprends cela. Nous n’avons cependant rien à perdre à les laisser travailler ensemble quelques jours de plus. Les choses ont bougé rapidement à Québec et, dans mon esprit, la porte n’est d’ailleurs pas totalement fermée pour les 10 millions de la Sûreté du Québec. Nous verrons où en sont les choses dans une semaine », laisse-t-il porter.

La position tiède de Québec rendant très peu probable que Sherbrooke obtienne le mandat d’organiser des jeux à prix d’or, songeons dès maintenant à célébrer la Francophonie et sa date anniversaire du 20 mars autrement. Plus sobrement.

Convenons-nous, tient, que sortir nos deux pêcheurs de la défunte émission Samedi de rire des archives de Radio-Canada ne dépasse pas nos moyens? En gérant serré, on a peut-être assez d’argent pour se payer aussi Yvon Deschamps...

— J’sais pas si tu vas me crère, mais hier j’suis allé à la pêche aux subventions dans le canal Rideau. Ça mordait, et j’en ai attrapé une grosse de même!

— J’te cré pas.

— J’te dis.

— J’te cré pas.

— J’te le dis, pis j’te le jure!

— Ah ben là, je te cré!!!!

« Ben moé, j’vais le croire seul-le-ment... quand je vais le wouoir! »

Oui, les dollars comptent. La colonie de la Nouvelle-France a avancé à commercer. Des fourrures, de la farine, du bois et, aujourd’hui, de l’électricité. Le fait français a survécu sur ce continent à force de p’tits miracles et avec une détermination insoupçonnée.

Je ne suis pas colonisé. Je suis fier de ce que nous sommes et j’ai une foi quasi inébranlable dans nos capacités collectives.

Sauf que même au rappel de ces traits identitaires et de l’affirmation ayant forgé notre caractère distinct, j’ai de plus en plus de difficulté à concevoir qu’Ottawa soit la planche de salut de Jeux aussi coûteux. Me semble que le français peut rayonner aussi fièrement dans le monde même avec un peu moins d’artifices.