Même si l'usine Magnola a été démantelée, l'échec retentissant qu'elle a été est source de complications pour relancer le magnésium à Asbestos.

Mater les démons

CHRONIQUE / Est-ce en risquant surtout des fonds publics qu'on parviendra à faire renaître Asbestos avec le magnésium?
C'est l'impression qu'a pu laisser une récente annonce, alors que le gouvernement a accordé une aide de 4,1 M$ pour un investissement de 8,6 M$ afin de passer d'une production expérimentale à une exploitation commerciale.
Une participation gouvernementale à hauteur de presque 50 pour cent au cours de la phase de démarrage d'un projet est inhabituelle. L'échec retentissant qu'a été le mégaprojet de Magnola alimente d'autres doutes.
« De la participation gouvernementale, 2 M$ ont été alloués pour l'usine pilote alors que l'autre moitié servira à financer la phase 2, de démonstration commerciale. Nous ne sommes absolument pas en dehors du cadre habituel de financement », nuance le vice-président d'Alliance Magnésium, Pierre St-Aubin.
Ce dernier rappelle qu'un financement privé totalisant 5,7 M$ a été obtenu l'an dernier via Alternative Capital Group, une communauté d'investisseurs privés.
J'ai entendu la remarque il y a quelques jours encore, plusieurs Estriens sous restés sous l'impression que l'État québécois a essuyé la totalité des pertes pour le milliard englouti dans l'usine Magnola, qui a été démantelée en 2009 sans jamais avoir produit à grande échelle. Ce n'est pas le cas.
La minière Noranda (passée depuis aux mains de Xtrada, une société ayant elle-même été fusionnée par la suite à Glencore) a englouti 900 M$ dans ce naufrage tandis que la Société générale de financement (SGF) a perdu sa mise publique de 253 M$.
« Même si ce projet est mort et enterré depuis longtemps, le fantôme de Magnola est encore vivant dans la communauté des affaires. Ça rend notre financement plus difficile. Des gens doutent que nous puissions réussir là où un géant a échoué. Nos arguments pour démontrer que c'est le cas sont de plus en plus solides », poursuit M. St-Aubin.
Les 4,1 M$ avancés en prêt à Alliance Magnésium proviennent du Fonds de diversification économique de 50 M$ accordé à la MRC des Sources lorsque le gouvernement Marois a banni l'amiante. Le risque est celui du gouvernement et non du milieu.
La dette est envers Québec et c'est également là que le remboursement du prêt ira. L'argent ne reviendra pas dans la région pour recapitaliser le Fonds de diversification.
« C'est un investissement stratégique, cadrant parfaitement avec l'objectif de diversification. Quand on veut diversifier, il faut oser. Magnola était d'une autre époque. Le potentiel du magnésium est indéniable. Nous appuierons Alliance Magnésium, Mag One et tous les autres qui auront des projets intéressants », commente le maire d'Asbestos, Hugues Grimard.
La députée de Richmond, Karine Vallières, se fait elle aussi rassurante.
« Il y a eu certaines complications, le projet a pris un peu de retard. Oui, il a fallu que le gouvernement fasse preuve d'une certaine souplesse. Mais les risques ne sont pas démesurés. Comme toutes les autres entreprises qui reçoivent de l'aide financière, Alliance Magnésium est soumise à des conditions qu'elle devra rencontrer » précise Mme Vallières.
Comme l'ensemble de la communauté estrienne, le gouvernement libéral entretient de grands espoirs quant Alliance Magnésium. Mais il n'est pas commis à long terme pour autant.
« Le fardeau de la preuve appartient entièrement à la compagnie. Nous serons là pour l'accompagner, mais c'est elle qui devra trouver les 600 M$ pour une usine de commercialisation ».
Selon Mme Vallières, la MRC des Sources a remporté une autre belle victoire en obtenant une prolongation du Fonds de diversification.
« L'échéance avait été fixée à mars 2018. L'accès au Fonds sera prolongé. L'annonce officielle en sera faite prochainement, mais j'ai déjà obtenu l'assurance de cela », se réjouit la députée de Richmond.
Si le magnésium ressuscite, ce sont les fantômes qu'on enterrera. On les enchaînera et on les balancera au fond de la mine.
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Le directeur général adjoint de la Ville de Sherbrooke, René Allaire, a fait preuve de classe et d'humilité en présentant ses excuses à la conseillère Annie Godbout, à qui il avait répondu de manière déplacée lors d'une séance publique.
Cette attitude de collégialité est celle de l'homme que je côtoie depuis longtemps dans le monde municipal. L'arrogance précédemment manifestée devait être celle d'un fantôme...