Le slogan de campagne de la mairesse de Magog, Vicki-May Hamm, traduit notamment le chemin parcouru par son administration pour se sevrer des profits de son réseau d'électricité. Son homologue de Sherbrooke, Bernard Sévigny, ne peut en dire autant.

Magog garde le cap

CHRONIQUE / Vicki-May Hamm a sorti la grande faux pour couper l'herbe sous les pieds de l'ancien conseiller Michel Bombardier en plus d'exprimer ouvertement sa préférence pour le choix d'une recrue, Samuel Côté. Coudonc, existe-t-il un parti fantôme à l'hôtel de ville de Magog?
« Non, je le jure sur la tête de mes petits-enfants », assure Mme Hamm après avoir décrit publiquement M. Bombardier comme un fauteur de trouble qui, selon elle, risquerait de détruire l'harmonie devenue possible seulement après son départ.
Quand même!
« Ça manque d'objectivité, j'en conviens, mais pas d'honnêteté. Maintenant que j'ai dit ce que je pense, je laisse les électeurs décider », coupe-t-elle court pour éviter de s'empêtrer dans une polémique.
N'ayant toujours pas d'adversaire déclaré à la mairie qu'elle convoite pour un troisième mandat, il est nettement préférable à ce moment-ci pour Mme Hamm de vanter les progrès réalisés afin de sevrer la Ville de Magog des dividendes de son réseau d'électricité pour payer l'épicerie. Elle peut prétendre que les résultats collent à son thème de campagne Accomplir ensemble.
« Nous sommes plus qu'à mi-parcours. Cette année, sur les 5,5 M$ de profits attendus, seulement 2 millions sont affectés aux opérations courantes. Nous devrons faire une pause l'an prochain pour absorber l'impact de la réorganisation de notre service d'incendie, mais je compte bien reprendre à compter de 2019. Au même rythme d'une réduction d'un demi-million de dollars par année, ça veut dire que nous y serons presque dans quatre ans. Bien des villes rêveraient de pouvoir compter sur une manne pareille pour payer davantage de projets comptant », explique-t-elle sans toutefois en faire un engagement électoral.
À commencer par son voisin de la grande ville, Bernard Sévigny, qui avait déploré sous le règne de Jean Perrault la dépendance de la Ville aux profits d'Hydro-Sherbrooke. Comme en huit ans à la mairie M. Sévigny n'a pas déposé de plan pour engager l'administration municipale dans cette voie, il serait étonnant qu'il nous demande de croire la chose possible au cours de la présente campagne.
Parlant du chef du Renouveau sherbrookois, il ne calculait sans doute pas il y a six mois les districts de Jean-François Rouleau et d'Hélène Dauphinais parmi les plus faciles à prendre pour les candidates de son parti. Or, sans accorder la victoire à Nicole Gagnon et Mariette Fugère, la notoriété des deux leur confère un avantage certain pour s'emparer des sièges desquels deux élus indépendants se détachent.
De ce fait, les chances du Renouveau sherbrookois de détenir la majorité des voix au sein du prochain conseil municipal (8 sièges ou plus) augmentent aussi. Elles rendent à tout le moins le lendemain des départs des vétérans Serge Paquin et Louisda Brochu moins incertains au sein des troupes de M. Sévigny.
En contrepartie, le retrait inattendu de la conseillère Dauphinais de la campagne pour cause de maladie rendra le maire Sévigny entièrement imputable des déboires du mégaprojet Valoris. Parions que ses adversaires le talonneront sans arrêt lors des débats sur la distance qu'il a prise face à ce projet qui entraînera des dépenses imprévues de 2 M$ pour couvrir les pertes d'exploitation et devancer de deux ans la fermeture du site, qui se remplit plus rapidement étant donné que l'efficacité de la valorisation est moindre que ce qui avait été prévu. Pousser les torts dans la cour d'une personne n'étant pas en mesure de se défendre serait maladroit de la part du maire.
Outre cela, les électeurs, et plus particulièrement ceux du Québec, ont tendance à être frileux face à la concentration du pouvoir. Plus d'une fois, ils ont exprimé des désirs contraires en élisant des souverainistes à Québec en même temps qu'ils envoyaient plus de fédéralistes à Ottawa, et vice versa.
D'autant que l'appel à la majorité lancé de manière insistante par le maire Sévigny lors de la dernière élection ne lui a pas permis depuis de se forger une cote de popularité qui le rendrait pratiquement invincible. La grogne est même plus perceptible aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a quatre ans.
Si l'avancée dans les districts électoraux est réelle pour le Renouveau sherbrookois, le chef et ses stratèges ne peuvent ignorer le risque d'un effet boomerang à l'échelle de la ville. Ils sont d'ailleurs probablement déjà à déterminer la meilleure façon pour s'employer à le contrer.