Alors que les projets de promoteurs estriens se multiplient, l’ex-maire Jean Perrault rappelle qu’il a pratiquememt imposé la rénovation de la vieille gare de la rue du Dépôt comme « devoir civique » à l’homme d’affaires Michel Laroche, fier aujourd’hui d’avoir restauré cet édifice patrimonial construit en 1891.

L’Estrie développée par les Estriens

CHRONIQUE / L’actualité des dernières semaines a été un concentré d’annonces démontrant la vigueur des développeurs de l’Estrie.

En complément d’une descente à ski avec le sentiment de plonger dans le lac Memphrémagog, le Magogois Gilles Bélanger veut nous offrir un bain de pied au bout du quai d’un complexe hôtelier, en exploitant la station touristique Owl’s Head du sommet de la montagne jusqu’aux rives du plan d’eau.

Aux limites de Magog et de Sherbrooke, Gilles Beaucage achète le Club de golf Venise pour porter plus loin la vision du fondateur Paul Brouillard, qui venait tout comme lui du secteur de l’automobile. Tant M. Brouillard, à Venise, que Fred Korman, à Owl’s Head, sont deux bâtisseurs de la région passant le flambeau à d’autres Estriens.

Au cœur de la capitale régionale, le chantier lancé aux Promenades King par le groupe Immex est une autre percée régionale, annonçant celle-là des transformations majeures d’un centre commercial qui semblait loin dans les priorités des anciens propriétaires montréalais.

« Si vous saviez le nombre de fois que je me suis fait dire par des investisseurs que Sherbrooke ne serait jamais Montréal ou la banlieue d’Ottawa. Je pensais avoir gagné le gros lot avec les Chinois pour la construction d’un hôtel le long du lac des Nations, jusqu’à ce qu’ils se retirent. C’est finalement le lien d’attachement à l’Estrie du propriétaire Jean Audet qui nous a amené le Times », rappelle l’ex-maire Jean Perrault.

Comme c’est une alliance entre le promoteur sherbrookois Denis Custeau et le Groupe Savoie qui avait auparavant brisé le mur de l’incrédulité — et de la honte!!! — sur la rue Frontenac en habillant le squelette de l’ancienne usine Kayser avec un musée et une résidence pour aînés.

« Demandez à Michel Laroche, je lui ai quasiment imposé la rénovation de la vieille gare de la rue du Dépôt comme un devoir civique... » glisse comme autre exemple M. Perrault.

« J’étais effectivement loin d’être convaincu qu’il s’agissait d’un bon placement. Les estimations de départ de 700 000 $ ont plus que doublé en cours d’analyse avant que nous ramenions les coûts à 1,1 M$. J’en ai fait des cauchemars. Par contre, d’avoir aussi bien réussi la restauration d’un bâtiment patrimonial, datant de 1891, me procure aujourd’hui une immense fierté », répond le président du Groupe Laroche, passé de la gestion d’autobus à l’immobilier.

« La fierté pousse au dépassement. André L’Espérance l’a bien démontré. Personnellement, j’ai 60 ans, mais je veille à m’entourer de jeunes qui sont dynamiques. La relève m’impressionne également à Sherbrooke. Nous sommes outillés pour réussir », ajoute à ce sujet Gilles Bélanger, la voix du renouveau à Owl’s Head.

Avec la Cité du Parc (à l’intersection King-Jacques-Cartier) le Complexe de la Santé (le long de l’autoroute 410) et la construction des immeubles ayant remplacé l’hôtel Le Baron, les investissements du Groupe Immex se calculent en dizaines de millions en à peine cinq ans sur cette seule portion de la King Ouest. Le duo prépare de plus l’arrivée de Costco sur le plateau Saint-Joseph.

Tous deux dans la mi-quarantaine, les frères Jean-François et Sébastien Morin marchent dans les traces de leur père Robert, qui s’est souvent frotté à plus gros que lui du temps où le marché immobilier était contrôlé par des joueurs nationaux.

« La demande locative est actuellement soutenue, elle dépasse même nos prévisions dans certains immeubles nouvellement construits. Les entreprises nationales ne boudent pas Sherbrooke, elles essaient de se positionner. L’efficacité des promoteurs locaux leur complique cependant les choses », affirme Sébastien Morin.

Tous les projets de la société Immex sont réalisés par la compagnie sherbrookoise Longer Construction.

« L’expertise régionale s’est développée grâce à de tels partenariats. Le centre de congrès attenant au Delta a été construit par une firme de l’extérieur, mais ce sont des travailleurs estriens qui ont levé par la suite le Centre de foires, le Complexe Thibault ou le quartier général de la police », trace comme autre parallèle Jean-Paul Longchamp, qui a longtemps été à la barre de Longer Construction.

L’expansion rapide du Groupe Custeau repose sur les piliers de deux générations puisque le fondateur Denis est secondé par son fils Charles. Idem au sein du Groupe Laroche, avec la présence d’Éric aux côtés du père Michel.

« Je suis heureux d’avoir la relève, mais je trouve aussi formidable ce qui se passe dans toute la région », s’exclame d’ailleurs ce dernier.

« Ayant habité durant 15 ans à Montréal, je peux vous parler de notre qualité de vie exceptionnelle et de notre potentiel comme collectivité. Attendez, Well inc. sera une autre occasion de le démontrer... » avance Éric Laroche.

J’y arrivais justement. Si vous croyez que ce projet de revitalisation de la rue Wellington Sud foutu, saboté, coulé, détrompez-vous. Il y a trop de confiance, de connaissances et de compétences dans cette région pour ne pas rebondir.

« Je le pense aussi. En tout cas, je nous le souhaite! Les Sherbrookois méritent un centre-ville à la hauteur de ce qu’ils sont », lance Jean Perrault.