Pour le Dr Donald Echenberg, qui a fait depuis 30 ans du vélo son mode de transport quotidien à Sherbrooke, l'amélioration du réseau cyclable passe par une foule de petits détails.

L'espace et le temps

CHRONIQUE / Semaine de grisaille et de pluie. Rien par contre pour empêcher le Dr Donald Echenberg de se rendre comme d'habitude au travail à vélo.
Je l'ai rencontré au café Tassé, dans l'Est, où il s'était arrêté pour faire le plein entre deux réunions. Sa journée commencée à l'Hôtel-Dieu allait finir dans une réunion du CHUS-Fleurimont. En souhaitant que ça ne soit pas plutôt à l'urgence!
« La 12e Avenue, à la hauteur de l'autoroute 610, est définitivement l'endroit le plus dangereux à Sherbrooke. La distance minimale d'un mètre d'un cycliste y est rarement respectée. »
Comme le Dr Echenberg parcourt entre 9000 et 10 000 km en bécane chaque année, et cela depuis 30 ans, l'espérance de vie d'un cycliste à Sherbrooke ne tient pas qu'aux compromis recherchés pour la cohabitation sur le pont Jacques-Cartier.
« Globalement, il y a une amélioration constante de notre réseau cyclable », croit-il.
Y'a pas meilleur docteur en ingénierie pratico-pratique pour tenir les guidons d'un tour de ville à vélo. Nous le retrouverons après un bref retour sur le passé.
Le problème aurait pu être réglé il y a 20 ans, en construisant une passerelle au-dessus la rivière Magog dans l'axe du boulevard. Cette structure aurait pu déboucher là où se trouve aujourd'hui le SPA ou encore dans le champ des Buttes.
Des contraintes techniques auraient toutefois compliqué les choses. Il aurait fallu creuser un tunnel pour passer sous la voie ferrée à partir du parc Jacques-Cartier, puis descendre le plus bas possible de ce côté de la rivière pour éviter d'avoir à construire une structure trop imposante à cause des pentes.
L'ex-maire Jean Perrault aurait probablement été traité de mégalomane s'il s'était fait le promoteur d'une traverse pour cyclistes et piétons plus complexe et plus onéreuse que la passerelle longeant le Pont-Noir, mise en service en 2004 à la suite d'investissements de 1,1 M$.
En dollars d'aujourd'hui, c'est l'ordre de grandeur du projet que le conseil municipal a rejeté pour passer le corridor cyclable du boulevard de Portland au-dessus de la 410 avec une infrastructure distincte et protégée.
Ramenons le Dr Echenberg dans la discussion.
« D'est en ouest, le réseau de la Ville est très fonctionnel. Dans l'axe nord-sud, j'ai toujours préféré effectuer le détour par la passerelle du Pont-Noir plutôt que d'utiliser le pont Jacques-Cartier. Je n'ai pas encore d'opinion sur ce que la Ville propose, car je ne l'ai pas essayé l'automne dernier. Je le ferai. Ça m'apparaît un autre point névralgique à garder sous surveillance », croit le directeur du département de médecine interne de l'Université de Sherbrooke.
Le trottoir et la rampe du pont Joffre (devant les ateliers municipaux) ne vous rendent-ils pas aussi craintif que le pont Jacques-Cartier?
« Les feux pour piétons nous aident sur la rue Galt, en particulier ceux de la rue Alexandre qui immobilisent les véhicules durant une trentaine de secondes. Avec cette longueur d'avance, je suis pratiquement sorti du pont lorsqu'ils me rattrapent. »
La loi oblige les cyclistes à descendre de leur vélo s'ils veulent utiliser la signalisation pour piétons.
« Je ne vous dirai pas que je ne suis jamais délinquant, mais je m'efforce de l'être le moins possible. C'est une question de crédibilité pour les cyclistes. »
Le Dr Echenberg utilise cet exemple pour démontrer qu'une signalisation accordant un léger avantage aux cyclistes lors du démarrage permet d'effectuer des gains sans brimer les automobilistes.
« Le seul fait d'être en mouvement, de se savoir en dehors de l'angle mort, c'est sécurisant pour le cycliste et en même temps facilitant pour les conducteurs », relève-t-il.
Il cite en exemple les changements apportés à l'intersection de la rue King et du boulevard Saint-François depuis l'accident mortel ayant coûté la vie de Déliska Bergeron, la jeune mère qui a péri sous les roues d'un camion qui effectuait un virage à droite vers le pont Aylmer. Le conducteur n'a pas été blâmé au terme de l'enquête, du fait que Mme Bergeron et son amie se trouvaient dans son angle mort.
Avec son casque et son manteau vert lime, le Dr Echenberg ressemble à un signaleur routier. Son « véhicule » a un phare qu'il décrit comme étant aussi puissant que celui d'une voiture.
« Quand on veut faire de son vélo un mode de transport, il faut voir et être vu. C'est primordial. Il ne faut pas avoir l'obsession de calculer le temps pour passer du point A ou un B. Vous ne me verrez pas dans le secteur du Carrefour de l'Estrie même s'il y a maintenant une voie cyclable qui passe devant. C'est un endroit trop dense, où la circulation est trop désorganisée. »
« Voyager à vélo est un conditionnement. Il faut, je pense, vouloir autre chose. Ça te procure un tel bien-être que tu en viens à te constituer des tracés pour rester dans cet état esprit. Pour apprécier, et non pour rager. »