Les rues portant le nom de pierres précieuses, dans l'ancienne ville de Fleurimont, ne sont plus nécessairement des joyaux!

Les rides du réseau routier

CHRONIQUE / La Ville de Sherbrooke va donner un autre grand coup cette année dans la réfection des chaussées en y consacrant 16,7 M$. C'est l'enveloppe la plus élevée du cycle politique qui s'achève. Elle représente pratiquement la somme de 17,6 M$ obtenue en additionnant les investissements de 2014 et 2015.
Pour M. Sévigny comme pour les autres élus qui solliciteront un renouvellement de mandat lors de l'élection de novembre, voici le moment venu de justifier la ponction supplémentaire de 3 M$ effectuée dans la poche des Sherbrookois depuis 2016 pour l'amélioration du réseau routier.
Cette surtaxe de 2 % calculée sur la valeur foncière est appliquée uniformément à tous les contribuables. Ce ne sont toutefois pas tous les élus qui pourront en vendre les bénéfices dans leur district électoral. L'époque du partage équitable de l'asphalte neuve est révolue. Ce sont les priorités de la Ville que les représentants des quartiers devront expliquer durant leur porte-à-porte.
Pas étonnant que le conseiller Jean-François Rouleau talonne constamment l'administration Sévigny à propos des sommes allouées à Destination Sherbrooke ou consacrées au développement de l'aéroport. L'arrondissement du Mont-Bellevue est celui où la concentration de rues en mauvais état est la plus élevée, selon les cotes de désuétude que la Ville a données à chacune des rues de son réseau (sur la carte pouvant être consultée ici, les rues ayant un trait rouge sont les plus détériorées).
Or, comme on le sait, M. Rouleau est l'un des représentants de cet arrondissement. Avant d'être tenté d'y voir une façon de punir la dissidence régulière, n'oubliez pas que c'est le président du comité exécutif et grand allié du maire, Serge Paquin, qui préside cet arrondissement. L'âge du réseau a plus à voir que l'influence politique.
Ce palmarès local sur l'état des chaussées repose en bonne partie encore cette année sur des observations de surface. Il deviendra beaucoup plus précis pour arrêter les choix budgétaires de 2018, une fois que le nouveau laboratoire mobile mis à l'essai l'an dernier aura parcouru toute la ville.
« Nous n'avons couvert que 20 % du territoire durant la phase expérimentale de 2016. Nous ferons le reste en cours d'année. Le traitement informatisé des images d'une caméra et des données de capteurs de vibrations évaluant le confort de roulement nous fournira un portrait beaucoup plus clair », affirme la directrice du service des infrastructures urbaines, Caroline Gravel.
Les anciennes villes de Fleurimont et Rock Forest ont souvent été comparées comme jumelles avant la fusion de 2002. Le réseau routier de la première a le visage beaucoup plus ridé que celui de la seconde. Les rues portant les noms de pierres précieuses à Fleurimont ne sont plus nécessairement des joyaux!
« C'est difficile de porter un jugement sur les pratiques du passé avec aussi peu d'information. Par contre, autant dans l'ancienne ville de Sherbrooke que dans celles qui formaient la banlieue, des choix économiques ont été faits. Les structures de chaussée, les ouvrages de drainage, les épaisseurs de pavage n'ont pas toujours été déterminés en se souciant d'une efficacité maximale. C'est le premier critère auquel nous voulons nous référer pour l'avenir. »
Le projet de loi 122 sur l'autonomie municipale ne dispensera pas les municipalités et les villes de faire approuver par Québec les travaux prioritaires de rajeunissement de leurs infrastructures pour bénéficier de subventions. Alors que je m'attendais à un soupir de la part de cette fonctionnaire municipale de haut rang, elle approuve la mainmise provinciale.
« Sur une artère comme la rue Bowen, bien qu'on se dise dans notre tête, faisons-la et on va s'en sortir, nous échapperions des bouts de subventions. Ce n'est pas comme ça que le gouvernement provincial réfléchit, il ne se réfère qu'à la désuétude.
« C'est contraignant mais, en même temps, le plan d'intervention exigé par le gouvernement est une excellente chose. Auparavant, les municipalités géraient beaucoup plus par pressions politiques des élus et des citoyens que par l'état réel des infrastructures », avoue Caroline Gravel, arrivée à la Ville de Sherbrooke il y a deux ans après plusieurs années passées comme ingénieure au privé en sous-traitance municipale.
À la suite de l'unification des grandes villes, Québec a imposé l'obligation de produire un plan d'action basé sur la vétusté des infrastructures. Cette façon de prioriser serait moins exposée aux influences politiques.
« Ce qu'on ne veut plus, c'est construire des infrastructures qu'on devra refaire dans cinq ans alors que leur durée de vie aurait dû être de 25 ou 30 », cible Mme Gravel.
D'accord ou pas, y'a de nos prétendants qui vont devoir rouler dans les nids-de-poule et la garnotte au cours des prochains mois pour aller chercher votre vote!