Le maire Steve Lussier avait été prévenu que le Québec serait d’une extrême prudence tant qu’il n’obtiendrait pas l’assurance de pouvoir analyser le cahier de charges des Jeux de la Francophonie dès l’étape de mise en candidature.

Les rails du train des Jeux

CHRONIQUE / Pendant que Steve Lussier voit poindre un début d’itinéraire pour se rendre à l’événement international qu’il veut amener à Sherbrooke en 2021, son partenaire indispensable pour réussir François Legault, s’engage de son côté dans le défi de trouver des locaux d’apprentissage et suffisamment d’espace dans les cours d’école d’ici cinq ans pour y accueillir les enfants de quatre ans à la maternelle.

Qu’il en coûte 200, 400 ou 700 millions par année, le gouvernement de François Legault va de l’avant avec le souci d’offrir la même chance de réussite à tous les enfants, peu importe le soutien parental qu’ils reçoivent à la maison ou le milieu social dans lequel ils vivent.

D’accord ou pas, cette priorité budgétaire est plus facile à défendre politiquement que les demandes financières inflationnistes d’un événement sportif, culturel et touristique comme les Jeux de la Francophonie. 

N’empêche, le gouvernement provincial a-t-il pris le temps de tout calculer avant de se prétendre intéressé et généreux avec une réponse pourtant peu enthousiaste, soit en reconduisant la garantie de financement de 17 M$ dont la Ville de Sherbrooke s’était satisfaite en 2015?

Une étude produite à partir du modèle MEETS 2.0 de l’Alliance canadienne du tourisme sportif et dont les résultats sont inscrits dans le plan d’affaires de Moncton-Dieppe (le tandem préféré à Sherbrooke il y a trois ans) évaluait les retombées économiques de l’événement à 165 M$, desquelles 148 M$ seraient tombés dans les coffres du Nouveau-Brunswick alors que 132 M$ auraient profité aux villes hôtesses. De même, la province pouvait anticiper 90 % des 59 M$ prévus en salaires (75 % pour les villes). La province et le fédéral auraient également récupéré 11 M$ en revenus de taxation.

Au-delà de chiffres pouvant être discutables, il est indéniable que le gouvernement québécois obtiendrait pour ces Jeux un meilleur retour sur ses investissements que celui d’Ottawa. Avant d’applaudir un peu servilement à l’engagement de Québec, les élus de Sherbrooke n’auraient-ils pas eu intérêt à faire valoir de tels arguments?

« J’avais pris connaissance de ces chiffres, mais quand bien même je me serais fâché... je n’embarquerai pas là-dedans », a réagi le maire Lussier.

Se peut-il qu’on vous ait prévenu, M. Lussier, que le Québec n’offrirait pas mer et monde pour ces Jeux avant la réunion des derniers jours à Paris, pour passer le message aux membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIC) que leurs exigences étaient démesurées et trop coûteuses?

« Vous n’avez jamais si bien dit! » a-t-il admis sans vouloir aller plus loin.

Sans parler de bluff, on comprend qu’il n’était pas question que le gouvernement Québec se compromette sans pouvoir analyser dès l’étape des mises en candidature le fameux cahier de charges que les villes hôtesses du Nouveau-Brunswick n’ont obtenu qu’après avoir été choisies, ce qui expliquerait l’explosion de coûts qu’elles n’ont pu contenir. 

On saisit aussi que la patience et la confiance qu’affiche le maire de Sherbrooke tient probablement à des confidences puisque c’est l’une des règles ayant été modifiées par l’OIC avant de lancer un nouveau concours pour les Jeux de 2021. Voilà qu’il y a un échéancier plus précis ainsi qu’une démarche qui, en étant mieux définie, fournit déjà de meilleures garanties. Sans nécessairement tenir pour acquis que Québec reverra son soutien à la hausse, le gouvernement Legault s’est à tout le moins donné les moyens de ne pas tomber dans le même piège que nos voisins des Maritimes n’ayant pu rendre le projet à bon port.

Le train des Jeux de la Francophonie n’est pas parti, mais il y a maintenant des rails sur lesquels il pourrait avancer. Des rails, convenons-en, aussi chambranlants que ceux qu’emprunterait le train de passagers Sherbrooke-Montréal, mais bon. Je vais l’écrire d’ailleurs avant que le maire le dise : p’tit train va loin, y’a 10 ou 15 ans, un train touristique ne pouvait même pas circuler à basse vitesse sur cette voie ferrée ayant été améliorée depuis.

Dernière observation, si l’approche prudente du gouvernement du Québec devait permettre d’acquérir la certitude que ces Jeux seraient une bonne affaire pour lui comme pour nous et qu’il s’avérait possible de les financer sans exiger la lune du fédéral comme c’est le cas présentement, pensez-vous qu’Ottawa nous récompenserait avec les quelques millions qui manquent pour sortir notre aéroport des ligues de garage?