Le gardien Marc-André Fleury, qui a joué un rôle effacé dans le dernier droit des séries de la Coupe Stanley cette année, avait pris place à bord du véhicule d'honneur avec le capitaine Sidney Crosby lors du défilé de 2009.

Les premiers de classe

CHRONIQUE / Comment aider nos enfants à gérer la pression qui peut les anéantir les jours où ils espèrent plutôt se démarquer? De toutes les responsabilités parentales, c'est assurément l'une des plus fondamentales. Mais c'est aussi l'une des plus complexes.
J'y reviens, car les textes de ma collègue Isabelle Pion, publiés en cette période d'examens scolaires, ont décrit les dérives auxquelles les jeunes sont exposés lorsque la pression devient toxique.
Sans prendre de raccourcis, en ce qui me concerne, j'ai tendance à croire que certaines réactions excessives chez les jeunes sont le reflet de comportements d'adultes chez qui la déception devient rapidement source de frustration.
Complètement à l'opposé de cela, il faut vanter la classe que le gardien Marc-André Fleury a démontrée cette semaine après la victoire des Penguins qui a déclenché les premières célébrations de la Coupe Stanley.
Le cerbère établi a fini sa saison comme réserviste sans manifester d'agacement ou de ressentiment.
« Ça été un moment très émouvant de voir Marc-André parader la Coupe, puis la remettre à Matt Murray, le jeune gardien qui l'a remplacé. Et cela, en face de coéquipiers qui savaient tous que c'est son brio qui a permis à l'équipe de vaincre les Capitals de Washington. Quel gentilhomme! C'était tout un message pour les jeunes hockeyeurs aspirant à devenir des professionnels et il n'y a pas non plus de meilleur exemple qu'un père puisse donner à ses enfants » décrit le Sherbrookois Luc Gauthier, qui était sur place à titre de membre de l'équipe de recrutement des Penguins.
M. Gauthier a donc été témoin du geste courtois du vétéran et il a été à même de constater que c'est avec le sourire aux lèvres et l'une de ses deux filles dans les bras qu'il a réalisé par la suite une série d'entrevues pour les médias québécois.
Une humilité affichée et une déception contenue dans l'amphithéâtre où Fleury avait été le tout premier choix au repêchage général de la Ligue nationale de hockey de 2003, qui avait eu lieu à Nashville.
Le gardien a manifesté cette solidarité malgré son statut de vedette. Car, rappelons-nous que Marc-André Fleury partageait le même véhicule que le capitaine Sidney Crosby, avec la Coupe, lors de la parade de la Coupe Stanley de 2009. C'est dire qu'il était alors vraiment reconnu comme l'un des piliers de cette jeune équipe bourrée de talent.
Même si le choix de l'entraîneur annonçait vraisemblablement qu'il changera d'équipe au cours de l'été, le gardien québécois ne s'est pas plaint d' un manque de considération, la blessure laissant souvent des vétérans amers à l'approche du départ.
La gloire est éphémère et la reconnaissance finit elle aussi par s'étioler. À moins qu'on en fasse une fixation, la colère et la déception s'effacent aussi rapidement.
Même si ma femme et moi n'avons appliqué de pression sur nos enfants à propos du rendement scolaire, nos filles s'en imposaient. À l'approche d'examens appréhendés, j'essayais de relativer les choses : sortez votre règle, regardez-la et dites vous que le résultat de cet examen, qu'il soit bon ou mauvais, ne sera pas un centimètre, même pas un millimètre sur le parcours de votre existence.
Voici d'autre part comment le PDG du groupe industriel Manac, Marc Dutil, a récemment exprimé sa perception de la course au rendement scolaire dans le cadre de la série Vocation leader, présentée à Radio-Canada :
« Lors d'une graduation, un professeur d'une prestigieuse institution américaine a dit à 1000 élèves tout beaux et tout fins, ainsi que devant leurs parents, même si vous avez toujours eu des étoiles dans vos cahiers pour vos notes de 95 % en maths, vous n'êtes pas si spéciaux que ça. Si vous êtes 1 dans 8 millions, y'en a 8000 autres comme vous sur la planète. Or, ce n'est qu'à travers votre connexion avec les autres que vous deviendrez spéciaux.
« Le système scolaire a tendance à récompenser la performance individuelle. Comme employeur, j'en ai rien à foutre des premiers de classe. Je comprends les autres, j'ai du courage, de l'humilité et de l'empathie. J'ai du leadership, du jugement, c'est de ça que nous avons besoin », décrit celui qui a succédé à son père Marcel aux commandes de l'entreprise de fabrication de remorques. Marc Dutil est également professeur à l'École d'entrepreneurship de Beauce.
Pour revenir à Marc-André Fleury, il est décidément un beau cas à exposer à nos enfants. Il démontre une fois de plus que la vie est un éternel recommencement.
Sauf que quand un premier agit avec autant de classe, sa valeur comme personne et comme modèle familial ne baisse pas. De plus, elle le suit à vie. Avec ou sans patins dans les pieds.