Garantir l’accès au plus grand nombre, s’en prévaloir massivement en votant individuellement, voilà la meilleure façon de diluer les bulletins téléguidés d’aînés potentiellement instrumentalisés.

Les imperfections du système

CHRONIQUE / Je comprends la frustration d’une travailleuse du CHSLD de Windsor, outrée que des bulletins aient été remis à des personnes dont l’aptitude à voter était discutable. Quiconque assiste à l’exercice du droit de vote dans ces bureaux itinérants se demande si les organisations politiques n’abusent pas d’un contrôle insuffisant.

Avant chaque élection, les institutions publiques et privées sont invitées à produire une liste de leurs bénéficiaires qu’ils jugent assez alertes pour voter. Par la force des choses, les cas plus douteux sont identifiés. Cette démarche n’est cependant que consultative. Seul le personnel désigné par le DGEQ peut disqualifier un électeur et dès qu’une personne réussit à décliner son nom ainsi que son lieu de domicile, elle peut voter.

Cette vérification est-elle trop superficielle?

Comme parallèle, une mise en tutelle n’est décrétée qu’au terme d’un long processus d’analyse de critères médicaux et légaux afin de prévenir toute forme d’abus. Or, à moins que d’autres carences sévères soient soulevées pour prouver l’incapacité à voter, une personne sous régime de tutelle peut prendre part aux élections fédérales, provinciales, municipales, lors des référendums.

Bien qu’elle réfère à un degré d’inaptitude plus élevé, la curatelle n’écarte pas systématiquement non plus un citoyen du processus démocratique. Une personne sous curatelle perd son droit de vote au Québec, mais peut prendre part aux élections fédérales.

Déterminer l’aptitude d’une personne âgée à conduire est relativement simple. Un examen de la vue et un test pratique suffisent à valider ou non sa compétence. 

Juger de l’aptitude à voter est plus compliqué. C’est même plus délicat que l’aide médicale à mourir, puisque celle-ci n’est obtenue qu’avec le consentement éclairé et lucide du demandeur.

Par quoi pourrait-on remplacer les évaluations sommaires sans risquer de verser dans l’arbitraire? Devrions-nous accorder des pouvoirs légaux au personnel dispensant des soins ou d’autres types de services aux aînés? Comment alors la société pourrait-elle garantir l’objectivité et l’intégrité des personnes qui participeraient à cet arbitrage pour les rendre exemptes de tout soupçon ou de tout reproche de malversation?

J’en ai aussi été témoin dans des bureaux itinérants, il y a des cas qui nourrissent la suspicion. Qui soulèvent l’indignation et nous amènent à croire que notre système démocratique est un panier percé. Sauf que de fois en fois, de dénonciation en dénonciation, je cherche comment exercer un meilleur contrôle sans brimer. Aiguillez-moi si vous avez un éclair de génie car, pour être franc, je ne trouve rien de mieux. 

Outre l’examen de qualification pour les immigrants, faudrait-il imposer une mise à jour aux électeurs vieillissants?

Ou aux électeurs tout court!

Car, des dizaines de milliers de Québécois vont se rendre aux urnes encore indécis, lundi prochain, et feront leur choix seulement une fois qu’ils auront leur bulletin de vote en main. Peu importe leurs motifs ou la qualité de leur raisonnement, ils auront voté.

C’est une imperfection du modèle, d’un système démocratique qui semble passablement usé et pas mal délabré certains soirs de débats entre chefs, mais qui au fond est envié dans plusieurs pays du monde.

Garantir l’accès au plus grand nombre, se prévaloir massivement de ce droit en votant individuellement, voilà la meilleure façon de diluer les bulletins téléguidés d’aînés potentiellement instrumentalisés.