God Bless Sherbrooke ! Les journalistes peuvent questionner le maire sur les salaires de son personnel politique sans craindre les foudres d’un Donald Trump.

Les dollars les mieux investis

Il fallait bien évoquer la perspective d’un manque à gagner dans le budget de déneigement à Sherbrooke pour que la Ville se retrouve à devoir sortir ses grattes et à déployer son arsenal deux fois durant la même semaine aussi tôt dans la saison froide.

Les accumulations de 20 cm de neige pointant à l’horizon pourraient souffler rapidement le résiduel de 2,4 M$ n’ayant pas encore été engagé des 10 millions qui avaient été budgétés pour couvrir toute l’année. Montants budgétés et sommes dépensées sont deux choses distinctes, en particulier pour ce service sur lequel gestionnaires et élus ne peuvent lésiner, mais qui s’avère d’une année à l’autre une véritable boîte à surprises.

C’est également avec des chiffres actualisés qu’il n’avait pu fournir la veille que Steve Lussier se met à l’abri de reproches à propos des salaires du personnel qui l’entoure à la mairie. Les sommes payées seront inférieures aux prévisions budgétaires et il y aura une économie réelle pour les Sherbookois, veut-il démontrer pour être fidèle aux intentions qu’il avait manifestées en campagne électorale.

Parenthèse : je m’imagine en face de Donald Trump à la Maison-Blanche, à le cuisinier sur ce même sujet...

— Que veux-tu insinuer? Enlevez le micro à cet imbécile. Hors de ma vue, vermine! 

God Bless Sherbrooke, car les journalistes appelés à fouiller ou à analyser les dossiers municipaux ne sont pas soumis à un pareil diktat. Nous ne sommes ni intimidés, ni muselés, ni censurés. 

Cela dit, ce ne sont pas les 35 000 $ en plus ou en moins pour le personnel de la mairie qui m’agacent. C’est la rhétorique de M. Lussier.

Le voilà qui déplore une fois de plus une formule de partage de fonds qui profiterait aux chefs de partis municipaux au détriment des maires qui, comme lui, sont des indépendants.

Si Denis Codère, Régis Labeaume et Bernard Sévigny ont cherché à s’avantager comme chef de parti en influençant la mise en place des nouvelles règles de financement relevant du Directeur général des élections du Québec (DGEQ), MM. Codère et Sévigny n’ont pu miser là-dessus pour obtenir un renouvellement de mandat. 

Je ne parierais pas beaucoup d’argent sur les chances de M. Lussier d’obtenir un appui costaud de le part de l’Union des municipalités du Québec pour remettre en question un cadre de financement venant tout juste d’être modifié. Il n’est pas souhaitable de rendre nos règles démocratiques aussi malléables que de la pâte à modeler.

Pour l’UMQ, une loi engageant le gouvernement Legault ainsi que tous les gouvernements subséquents à céder une partie de la taxe de vente provinciale aux municipalités est beaucoup plus pressant. Espérant du prochain pacte fiscal des recettes annuelles récurrentes d’une vingtaine de millions, le maire de Sherbrooke ne sera pas difficile à convaincre.

Pour revenir à nos enjeux locaux, le souci d’économies n’était pas une raison valable pour justifier une ruade du maire Lussier envers la conseillère Évelyne Beaudin en début de mandat alors que celle-ci était dans son plein droit de s’entourer de personnel politique même si elle était la seule élue du parti Sherbrooke Citoyen. Que Mme Beaudoin utilise seulement 50 % du budget autorisé témoigne d’un respect de l’argent des contribuables. 

Le législateur provincial a garanti aux partis municipaux l’accès à un soutien professionnel et technique et lui seul doit justifier ce souci d’équité. Dans des villes regroupées de la taille de Sherbrooke, il est nettement préférable que les élus soient bien préparés pour être alertes et perspicaces plutôt que vulnérables aux manœuvres administratives et politiques manquant parfois de clarté.

Préparons-nous à lire parmi les toutes premières recommandations du comité présidé par l’ex-conseiller Bernard Tanguay qu’une bonification salariale des élus s’impose à la suite de la réforme sur la gouvernance ayant réduit le nombre d’arrondissements et d’élus. Ce serait tout à fait normal.

La conseillère Beaudin prétend par ailleurs que « le cabinet du maire coûte cher et ne livre pas la marchandise » comparativement à sa petite équipe, dont son « attaché politique payé 150 % moins cher que celui du maire ». Sans plus de profondeur, ces lectures subjectives ont bien peu de valeur.

L’analyse des coûts/bénéfices et des dollars les mieux investis, les électeurs s’en chargeront dans trois ans!