La majoration de 13,2 pour cent du tarif de l'eau potable fera en sorte que la hausse de taxes à Sherbrooke sera inversement proportionnelle à la valeur des propriétés. Les gagne-petit seront plus touchés que les gens aisés.

Les doigts coincés dans la prise

CHRONIQUE / Le maire Bernard Sévigny a essayé de nous en passer une p'tite vite avec son communiqué annonçant en titre « Hausse de la taxe foncière de 1,44 % ». Il a rapidement été obligé d'admettre qu'en ajoutant les effets de la révision des tarifs des services municipaux, la hausse moyenne de la facture des Sherbrookois dépassera 1,8 %.
« Dans tous les articles que j'ai vus dans votre journal, on parle du taux foncier et les tarifs sont traités à part », a-t-il cherché à se défendre.
Est-ce parce que de vos homologues ont alimenté une certaine confusion qu'on va se mettre à niveler l'information par le bas, incluant dans notre ville universitaire?
S'il est un maire qui devrait résister à la tentation de présenter des chiffres qui trompent l'oeil et plutôt se faire gardien de la vulgarisation au moment de transmettre l'information la plus attendue par les contribuables, c'est bien le président de l'Union des municipalités du Québec!
Retournez à vos tableaux des années précédentes, professeur. Ce n'est d'ailleurs pas du tout ce à quoi vous nous avez habitués. L'an dernier, le résumé du budget 2016 produit par la Ville référait à une « hausse de 4,77 % du fardeau fiscal ». Même chose en 2015, alors que la variation de 44,81 $ ou 1,89 % était calculée sur la facture d'une maison unifamiliale moyenne et non sur le taux de taxation, variable subissant une année sur trois les effets directs d'un nouveau rôle d'évaluation.
Cela dit, pour les Sherbrookois, les répercussions du budget 2017 seront sensiblement les mêmes qu'il y a deux ans.
La hausse d'un peu plus de 13,2 % du tarif de l'eau affectera toutefois davantage les gagne-petit que les propriétaires de luxueuses maisons. Pour une propriété à 175 000 $, l'augmentation réelle du compte de taxes sera de 1,94 % alors qu'elle ne sera que de 1,7 % pour une résidence de 400 000 $.
Il faut cependant rappeler que l'inverse s'est produit lorsque l'ancienne taxe sur la collecte des ordures a été fondue dans la taxation générale. Les riches propriétaires se sont alors retrouvés à devoir payer plus cher que ce que leur coûtait la facturation par porte.
Après avoir essuyé des hausses d'évaluation supérieures à la moyenne dans le rôle triennal 2016-2017-2018, les propriétaires d'immeubles de six logements et plus ne tarderont pas non plus à découvrir qu'ils feront face en janvier à des factures plus élevées que la moyenne de 1,84 %.
« La tarification de l'eau prenant plus d'espace, l'augmentation pourrait être de l'ordre de 2,2 % », a admis le trésorier François Poulette.
La croissance de 8,5 M$ des dépenses municipales (3 %) fera sûrement sourciller. Les partisans du budget font toutefois valoir que les investissements de 8,7 M$ consacrés au développement seront porteurs. Cette somme correspond aux économies récurrentes que la Ville a réussi à dégager de son plan d'optimisation.
La taxe spéciale de 2 % imposée l'an dernier pour le réseau routier est maintenue. Il en sera de même pour les investissements de 15 M$, a assuré le maire.
Étonnamment, le budget d'exploitation de l'aéroport est amputé des deux tiers. Il chute de 1,1 million à 683 450 $ alors que l'administration Sévigny fonde toujours de grands espoirs d'attirer une compagnie aérienne en 2017.
« Même si on signait une entente demain matin, on sait qu'il n'y aurait pas de service avant mai ou juin. Nous avons une marge de manoeuvre avec les surplus accumulés pour s'ajuster en cours d'année si ça débloque », a précisé le maire.
D'accord ou pas avec les choix budgétaires, les Sherbrookois ont les mains coincées dans la prise électrique et la secousse causée par le choc tarifaire affectant les revenus d'Hydro-Sherbrooke est loin d'être terminée.
Les recettes de la taxe foncière et de la tarification des services ont totalisé 165 M $ à Sherbrooke en 2012. Elles représentaient alors 64 % des revenus municipaux. L'an prochain, ces deux sources de taxation doivent générer 209 M $, somme qui constituera 72 % de l'ensemble des revenus de la Ville.
La poule aux oeufs d'or redeviendra plus profitable lorsque son quatrième poste de distribution sera construit et opérationnel. D'ici là, la vache à lait qui sera la plus sollicitée est celle qui a une adresse civique où livrer des comptes de taxes.