Le directeur général de la Ville de Sherbrooke, Daniel Picard, a présenté aux élus à huis clos trois scénarios de coûts entre 52 M$ et 74 M$ pour organiser les Jeux de la Francophonie de 2021. Ces chiffres n’ont pas été dévoilés lors de la séance publique qui a suivi.

Les chèques bonifiés ou la plogue

CHRONIQUE / L’optimisme qu’affichaient lundi soir le maire Steve Lussier et les autres membres du conseil municipal de Sherbrooke aurait-il été aussi manifeste si les élus avaient dit tout ce qu’ils savent quant aux projections de coûts des Jeux de la Francophonie de 2021?

Pour rassurer sa population, le maire Lussier s’en est tenu à un seul chiffre : la contribution maximale de 5,5 M$ que le conseil municipal a fixée et qui ne sera sous aucune considération ramenée aux 8,7 M$ que Sherbrooke était prête à payer il y a trois ans pour se voir confier l’organisation du même événement.

Le mandat annoncé il y a une semaine et que la direction générale de la Ville a exécuté ratissait plus large que cela. Des ressources internes ont actualisé tous les chiffres qui appuyaient la candidature de Sherbrooke en 2015, incluant les prévisions de dépenses et de revenus. Ce portrait a par la suite été soumis à l’examen d’un comité externe.

Les élus municipaux ont eu droit à une présentation détaillée à huis clos, mais le compte-rendu livré un peu plus tard en séance publique par le directeur général, Daniel Picard, a été épuré des trois scénarios de projection de coûts que la Ville a officiellement communiqués au gouvernement du Québec.

Le premier est une reproduction du budget de 2015  à 52 M$; les déboursés grimpent à 64 M$ dans le second; la facture atteint 74 M$ dans le troisième scénario, soit 42 % de plus que le chiffre auquel le maire Lussier se référait encore lundi soir à l’hôtel de ville.

Vous voulez au fond que l’on retienne que les Jeux coûtent 50, 60 ou 70 millions, ces déboursés ne changeront rien pour vous. Votre offre est à prendre ou à laisser, ai-je demandé au maire Lussier en entrevue.

« Vous avez tout compris. »

Relancée mardi sur les facteurs pouvant expliquer des écarts aussi importants, la mairie est restée sur ses positions : « le mot d’ordre est vraiment de laisser maintenant les deux paliers provincial et fédéral se parler », m’a servi comme courte réponse l’attaché de presse Sylvain Vessiot.

Outre les services de sécurité, pour lesquels une facture supplémentaire de 10 M$ est venue chambouler les prévisions budgétaires des villes de Moncton et Dieppe, des coûts de télédiffusion de 8,2 M$ et de 3,4 M$ pour les cérémonies et galas de lauréats ont notamment dû être ajoutés dans le plan d’affaires dont la publication a torpillé et coulé le bateau des Jeux de 2021 dans les Maritimes. 

Le maire Lussier peut bien chanter sur tous les toits « qu’il ne se lancera pas en bungee sans un élastique solide », s’attend-il vraiment à ce que d’autres plongent tête baissée dans cette aventure?

Jusqu’à maintenant, la réceptivité a été meilleure à Ottawa qu’à Québec. Bien que la ministre Marie-Claude Bibeau ait réitéré publiquement l’offre du gouvernement fédéral de couvrir 50 % de toutes les dépenses d’opération et d’immobilisations qui proviendront d’argent public, en privé, elle a été questionnée sur le libellé de la Politique fédérale concernant l’accueil des manifestations sportives internationales.

Celle-ci précise que « la contribution maximale du gouvernement du Canada a été fixée à 35 % du coût total et ne doit pas dépasser 50 % du montant total que le secteur public réserve à la manifestation ». Ce n’est pas la même chose. 

Bien que ces nuances soient connues à l’hôtel de ville, la réponse définitive d’Ottawa semble tenue pour acquise.

Aucune déclaration n’a d’autre part été émise à Québec à l’issue de la rencontre interministérielle de mardi, au cours de laquelle les membres du cabinet Legault directement concernés par le dossier des Jeux de la Francophonie devaient prendre connaissance de l’offre de Sherbrooke.  

Si le choix des mots et le jardinage dans les chiffres étaient prévisibles et ont été bien commodes pour les élus sherbrookois, leur message « d’espérer beaucoup plus en offrant pas mal moins » a sûrement été reçu avec un peu moins d’enthousiasme chez celles et ceux qui se retrouvent à devoir décider s’ils signeront des chèques potentiellement élastiques ou tireront sur la plogue.