Je suis un enfant de la Crise des missiles, qui a failli nous faire vivre l’apocalypse des attaques nucléaires contre les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki.

Les bombes de nos usines à divertissement

CHRONIQUE/ Je suis né en avril 1962, quelques semaines avant le déploiement de 38 missiles, quatre sous-marins et 50 000 soldats soviétiques à Cuba. Si la Crise des missiles avait dégénéré, je n’aurais probablement jamais soufflé la chandelle de mon premier gâteau d’anniversaire. Peut-être l’aviez-vous oublié, mais votre propre vie n’a tenu qu’à un fil.

« S’il te plaît, je veux rester dans les jardins si cela arrive. Tu sais quoi, je veux juste être avec toi, je veux mourir avec toi, et les enfants aussi, plutôt de vivre sans toi », a insisté Jacqueline Kennedy auprès de son légendaire mari ayant eu à gérer comme président des États-Unis l’assommante surprise d’un arsenal nucléaire ennemi déployé à 500 km de la Floride, qui pointait vers toutes les grandes villes de son pays.

Ces confidences de la veuve de John F. Kennedy ont été révélées en 2011, en même temps que le contenu de bandes sonores que la Maison-Blanche avait jusque-là gardées secrètes.

Imaginons un instant la crainte que répandrait de nos jours une situation aussi tendue entre deux superpuissances avec le flot d’information planétaire circulant trop vite pour être vérifiée. Je nous souhaite de ne jamais vivre pareille hystérie.

La pointe des naissances ayant été atteinte en 1959 au Québec, nous sommes donc nombreux à avoir grandi sous la menace d’une guerre nucléaire, à l’école autant qu’à la maison.

« Pour ou contre la course à l’armement » lançaient des professeurs pour éveiller nos consciences et animer des débats en classe. Comme pour l’environnement de nos jours, l’unanimité écourtait l’exercice. La réponse était tellement évidente.

Nous ne savions pas encore que le réchauffement climatique était une bombe à retardement, mais ce n’était pas si stupide non plus d’aller au plus urgent. Les images des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki avaient montré que l’arme atomique ne triait pas ses victimes, qu’elle soufflait les humains, les animaux et toute autre forme de vie. Elle ne laissait que dévastation.

Quelle déception ai-je eu de découvrir au cours d’une recherche au secondaire que le Canada jouait double jeu, comme promoteur de la paix et fabricant d’armes. Un paradoxe qui ne cessera jamais de nous hanter et de nous diviser. Les gouvernements de Stephen Harper et de Justin Trudeau ont tour à tour essuyé les reproches de ne pas avoir interdit la livraison de véhicules blindés assemblés en Ontario et vendus en Arabie saoudite, un pays qui réprime les libertés individuelles et qui garde injustement Raif Badawi en prison.

Vous, Québécois, n’avez pas la conscience plus propre, car les ingénieurs de SNC-Lavalin dessinent et construisent les ponts que M. Badawi peut voir s’il a une fenêtre de sa cellule. Nos clients sont aussi les vôtres, n’ont pas manqué de nous rappeler dernièrement de nos voisins ontariens.

Il y aura toujours une compagnie et un pays prêts à en vendre des armes, car après avoir fléchi de 28 pour cent jusqu’à 1000 milliards (US) entre 1988 et 1998, les dépenses militaires planétaires étaient remontées à près de 1800 milliards (US) en 2018, selon les statistiques de la Banque mondiale. Il y a cependant tendance à la stabilisation des budgets d’armement autour de 2,3 % du PIB mondial qui, lui, augmente en moyenne de 2,86 % depuis 20 ans.

Autrement dit, la peur a au moins éloigné la race humaine de la stupidité de fabriquer des armes pour s’affronter à une cadence plus rapide que le rythme de production de la richesse à partager! De plus, l’arme nucléaire est aujourd’hui contrôlée par des traités internationaux rigoureux et appliqués.

Cette menace étant tout de même restée imprégnée dans ma tête d’enfant, j’imagine que les sordides meurtres commis en Nouvelle-Zélande ont pu raviver la crainte du terrorisme dans nos écoles. Cette autre bataille s’annonce aussi compliquée que celle des armes nucléaires, peut-être plus même.

Car les principales usines à fabriquer les terroristes, et ce sont des experts qui en font le constat drame après drame, sont des outils de communication et de divertissement qui captivent les enfants et leurs parents. Leurs tantes, leurs oncles et même leurs grands-parents les utilisent régulièrement sans percevoir le moindre signe de danger. Et pourtant...

À quand la première marche intergénérationnelle pour exiger que les médias sociaux aient à répondre de chacun des messages diffusés sur leurs plates-formes? Permettra-t-on encore longtemps de justifier l’inefficacité des systèmes de sécurité par le souci de ne pas censurer?