Les piétons ont intérêt à s'armer de patience. Pas que l'entretien des trottoirs ne soit pas une priorité, mais ce n'est pas qu'une question de volonté. Si les pelles des 19 chenillettes sont efficaces pour déneiger, elles ne le sont pas pour déglacer.

L'ère de glace

Va-t-il falloir chausser nos autobus urbains de pneus à clous pour assurer le transport en commun même lorsque la voirie municipale est prise de court par les soubresauts de la météo?
La sagesse a suggéré une rare interruption des activités de la Société de transport de Sherbrooke (STS), mercredi soir, au lieu de risquer la sécurité des chauffeurs et de leurs passagers ou encore un tamponnage de véhicules municipaux comme celui survenu avant les fêtes à Montréal. À la quantité de caméras qui alimentent les médias sociaux, dans un cas comme dans l'autre, c'était la décision à prendre!
Le grand patron de la Ville, Yves Vermette, s'est porté garant de la vigilance de ses équipes d'entretien du réseau routier. Le refroidissement, on l'avait vu venir alors que les bourrasques de neige n'étaient pas sur le radar, a-t-il justifié.
Si des lames de neige de 40 cm avaient bloqué la portion du boulevard Bourque la plus exposée aux vents dans le secteur de Deauville, l'explication serait plus plausible. Sans prétendre qu'elle ne tient pas debout, lorsqu'un chauffeur de la STS raconte s'être cru sur une piste de luge en descendant la côte King, il est moins évident d'associer cette situation périlleuse à de soudaines bourrasques n'ayant laissé qu'une trace de neige au sol.
Cela dit, nous sommes des citoyens exigeants. La prévoyance des gestionnaires publics doit toujours être sur la coche. La vôtre a-t-elle été aussi déficiente que la mienne durant le temps des Fêtes? Je n'ai pas passé le Boxing Day à chercher les aubaines dans des commerces vendant de l'électronique ou dans les allées de la SAQ, la priorité était de trouver du sel pour déglacer. Le produit était si convoité que les sacs sortaient à la palette!
Ce n'est pourtant pas notre premier hiver en dents de scie. Les épisodes successifs de pluie et de neige, de gel puis de dégel, sont devenus le quotidien de notre ère de glace. Plus moyen de jouer à la guerre des tuques, la neige fond avant que les enfants aient le temps de se construire un fort. On peine à garder des patinoires extérieures en bonne condition pour les matchs de hockey à 20 contre 20 tellement le thermomètre est frileux et dépasse souvent le point de congélation. S'il a toujours été normal qu'une bordée de deux pieds de neige puisse nous ralentir, peut-être faut-il s'admettre que 2 mm de glace peuvent parfois causer les mêmes inconvénients.
Avant le bref épisode chaotique de mercredi, il y avait peu à redire sur le travail des équipes municipales qui n'ont pas patiné trop souvent sur la bottine depuis novembre. Durant le dernier dégel, le tassage de la neige a été expéditif pour élargir les rues et les couteaux des grattes faisaient des étincelles à frotter le pavé tellement le souci de ramener le réseau routier sur l'asphalte était manifeste pour faciliter la reprise de nos activités régulières.
La Ville aura tôt fait d'éliminer dans toutes les rues la pellicule de glace ayant rendu les déplacements hasardeux cette semaine. Par contre, les piétons ont intérêt à s'armer de patience. Pas que l'entretien des trottoirs ne soit pas une priorité, mais ce n'est pas qu'une question de volonté. Si les pelles des 19 chenillettes sont efficaces pour déneiger, elles ne le sont pas pour déglacer. Le sel demeure statique lorsque déversé sur un trottoir et il ne produit pas les mêmes résultats que lorsque ses cristaux sont fragmentés et dispersés par le passage des véhicules dans les rues. L'asphalte se réchauffe en captant les rayons du soleil, mais le béton des trottoirs réagit beaucoup plus lentement à la même énergie.
Deux observations en terminant. D'abord, avez-vous remarqué que la Ville a considérablement augmenté le nombre de balises plantées le long des rues pour guider les opérateurs lors du déneigement? La mesure vise à protéger les bordures de béton qui sont un peu plus coûteuses à installer, mais qui ont une durée de vie plus longue que celles d'asphalte ainsi qu'à réduire les coûts engendrés par la réparation de pelouses endommagées par la machinerie lourde. Outre les déboursés pour la Ville s'ajoutait le dérangement pour les citoyens.
Par ailleurs, ne pensez-vous pas que les équipes de déneigement seraient plus efficaces et productives si on les embarrassait moins avec les bacs roulants? Les premières bordées de neige sont survenues du dimanche au lundi et avaient été annoncées plusieurs jours à l'avance. Malgré cela, enfermés dans leur routine dominicale, nombre de citoyens de mon quartier ont roulé leurs bacs, le noir, le vert et le brun, 24 heures à l'avance sans jamais que les premiers signes de l'hiver leur sonnent une cloche.