Après avoir envoyé des signaux plutôt favorables à la recommandation d'Hydro-Québec de construire une nouvelle ligne entièrement aérienne en Estrie pour exporter de l'énergie au New Hampshire, le gouvernement Couillard serait maintenant plus réceptif à l'enfouissement pour préserver le legs du mont Hereford.

L'enfouissement devient le point de convergence politique

CHRONIQUE / Alors que les groupes environnementaux craignaient de vivre en Estrie la même déception que dans les Laurentides, l'enfouissement de la ligne devant traverser le mont Hereford serait devenu la cible du compromis pour obtenir l'acceptabilité sociale du projet d'exportation d'Hydro-Québec vers le New Hampshire.
La députation libérale de l'Estrie, avec en tête le ministre Luc Fortin, estime avoir réussi à renverser le courant qui semblait favorable à la recommandation ferme d'Hydro-Québec de s'en tenir à un tracé aérien sur la totalité du parcours de 75 km en région. Le gouvernement Couillard se montrerait soudainement plus sensible au legs exceptionnel des 5600 hectares de cette forêt communautaire.
« En complément du travail de persuasion auquel s'est livré mon collègue de Saint-François, Guy Hardy, j'ai récemment plaidé qu'il n'y a pas d'objection sur le fond. Les Estriens savent que l'exportation d'électricité est une source d'enrichissement pour le Québec, mais ils ne veulent pas que ce projet ait un impact sur une forêt qui est un don et qui est considérée comme un joyau. Nous avons donc réclamé que la ligne soit enfouie. Il y a eu de la réceptivité et une très bonne écoute au conseil des ministres », a rapporté à La Tribune le député de Sherbrooke et ministre responsable de l'Estrie.
Le ministre Fortin n'a pas voulu se commettre quant à savoir si une commande politique claire en ce sens a été donnée à la société d'État.
« Je sais qu'il y a des discussions entre le gouvernement et Hydro-Québec. Il n'y a pas de décision de prise, rien n'est bétonné, mais selon ce que l'on me dit, il y a lieu d'être optimistes. »
« Un optimisme que je partage, ajoute le député Hardy, car nous ne pouvons pas ignorer la plus importante donation à jamais avoir été faite au Québec. C'est la raison pour laquelle je me suis rallié dès le début à l'enfouissement et je veille à ce que les pressions soient constantes. »
Le PDG d'Hydro-Québec, Éric Martel, a envoyé le signal d'un certain assouplissement au début du mois durant l'émission 24/60 à la télé de Radio-Canada. En commentant le dossier de Saint-Adophe-D'Howard et tout en associant la conséquence directe et immédiate de hausses de tarifs en cas de multiplication de lignes souterraines pour alimenter les Québécois, M. Martel a subtilement glissé que ce raisonnement n'était pas applicable aux lignes d'exportation. Les coûts excédentaires liés à l'enfouissement seraient à la charge des clients étrangers en étant calculés dans le prix de vente, a-t-il alors précisé.
Jusque-là, Hydro-Québec avait toujours prétendu que son tracé aérien qui partirait du poste des Cantons était la meilleure proposition technique et qu'il serait trop coûteux d'injecter 60 M$ pour une ligne souterraine sur les 15 derniers kilomètres avant la frontière.
« Nous sommes en mode solution avec les représentants de Forêt Hereford », déclare prudemment le porte-parole de la société d'État, Serge Abergel, sans admettre de changement de cap dicté par le gouvernement.
« Des gens d'Hydro-Québec sont revenus nous demander si notre souhait demeurait l'enfouissement dans l'emprise de nos chemins forestiers. C'est toujours le cas. J'espère que l'influence politique nous amènera plus loin qu'aux analyses sommaires avec des règles de trois  comme ce fut le cas jusqu'à maintenant », réagit Sylvie Harvey, qui assure la présidence de Forêt Hereford, l'organisme désigné comme gestionnaire de la montagne cédée par l'Américain Neil Tillotson, qui a connu une glorieuse carrière en affaires.
« Nous nous attendions plutôt ces jours-ci à un décret gouvernemental semblable à celui qui impose la ligne aérienne dans les Laurentides, alors je reste un peu sceptique. Tant mieux si les choses évoluent en ce sens » reçoit prudemment Christian Simard, de Nature Québec, l'un des organismes impliqués dans la Coalition SOS Mont Hereford.
« Ce n'est pas du tout l'esprit dans lequel nous préparions la rencontre qui se tiendra mercredi à Sherbrooke, prévue justement pour se mettre à jour. Bien que ce soit une perspective encourageante, elle ne nous fera pas baisser la garde. Au contraire, nous allons redoubler de vigilance jusqu'à ce qu'il s'agisse d'une décision définitive », ajoute la directrice générale de Corridor appalachien, Mélanie Lelièvre.
Il est grand temps que la lumière allume à Québec sur la valeur du geste du donateur, qui est pas mal plus porteuse que la peur des précédents. Veillons à ce que cette ouverture soudaine ne soit pas qu'un détournement d'attention.