Philippe Couillard n'accorde aucune importance à la rumeur voulant que son ministre Luc Fortin soit tenté par le poste de maire qu'occupe Bernard Sévigny.

Le suspense ne durera pas 

CHRONIQUE / Philippe Couillard n'aurait pas d'inquiétude face à un possible changement de cap de son ministre Luc Fortin, actuellement courtisé pour la mairie de Sherbrooke. Au triage, son attaché de presse Charles Robert a eu tôt fait de classer l'affaire non urgente.
« Luc est un ministre apprécié, qui fait du bon travail. Ces rumeurs n'ont que la valeur de cancans », a-t-il répondu.
Je savais avant d'appeler au bureau du PM que toute discussion sur le sujet se ferait privément pour éviter d'en faire une autre source de distraction pour le gouvernement.
Bernard Sévigny étant président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) en plus d'être maire de Sherbrooke, il est un interlocuteur de premier rang pour les autorités provinciales. Il fallait poser les questions protocolaires :
Le premier ministre passera-t-il un coup de fil de politesse à M. Sévigny pour lui démontrer sa vigilance? À titre de ministre responsable de l'Estrie, M. Fortin se pointera-t-il au bureau du maire Sévigny pour lui fournir, en personne, l'assurance qu'il ne tentera pas de prendre sa chaise?
Il appert que non. Si tels gestes sont posés, la discrétion sera de mise. Pas besoin de sortir l'abat-poussière, le maire Sévigny ayant lui-même accordé très peu d'intérêt à l'hypothèse.
Pour paraphraser Donald Trump, n'est-ce alors qu'une autre fabulation de journalistes?
Non. Ce scénario a été évoqué et discuté. Il a été utilisé pour éclairer la réflexion d'autres prétendants à la mairie.
Bien qu'encore très hypothétique, il existe pour vrai. C'est juste que la ville est trop petite pour cacher un tel secret jusqu'au moment jugé opportun pour l'annoncer. De ce fait, le ministre Fortin a une patate chaude entre les mains.
Le parallèle politique avec son mentor Jean Charest tient une fois de plus la route. Le premier n'est pas de l'époque musicale des Sultans, il n'a probablement jamais entendu leur grand succès La poupée qui fait non. Mais le second n'a pas atteint l'âge d'oublier le vers d'oreille qu'il nous a déjà chanté comme député de Sherbrooke.
Songez-vous à quitter vos fonctions de chef du Parti conservateur à Ottawa pour venir diriger le Parti libéral du Québec?
« Non ».
Deuxième journée :
« Je n'ai pas changé d'avis ».
Troisième journée :
« Je vous l'ai dit, je vous le redis et il n'est pas question que je revienne sur ma décision, c'est non ».
Récapitulons, Daniel Johnson a remis sa démission le 3 mars 1998 et après trois semaines consécutives à dire non, le 26 mars, M. Charest a rempli le Vieux-Clocher de partisans locaux et de députés libéraux venus de toute la province pour l'entendre confirmer que c'était oui!
L'un des premiers à le féliciter ce soir-là fut son cousin Jean-François Rouleau, l'actuel conseiller municipal se trouvant aussi à être le beau-père du ministre Luc Fortin. Le monde politique est petit, non?
Ce souvenir n'est pas encore assez éloigné dans ma mémoire pour que l'on me fasse avaler à ce moment-ci le non du ministre Fortin comme définitif.
« Toute la journée, je fais Non... Non... Non... Non »
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Luc Fortin jugera-t-il, en s'inspirant du parcours de M. Charest, qu'il peut se réaliser pleinement en descendant tout comme lui l'escalier politique d'une marche?
Ce serait très présomptueux de ma part de prétendre le savoir alors que celui qui devra faire un choix ne sait probablement pas encore quelle direction il prendra. Je n'ai pas le moindre doute quand on me dit qu'il n'y a rien de couler dans le béton.
Ce qui est sûr par contre, c'est que le suspense ne durera pas. Luc Fortin ne pourra pas tergiverser longtemps.
Le ministre vit au milieu d'une circulation politique très dense et ce n'est surtout pas le moment pour lui d'aller réfléchir à l'écart. Ça enverrait un très mauvais signal à son patron et à ses collègues.
Chaque fois que Jean Charest a raconté comment il avait vécu sa période intense de réflexion, il a décrit la pression ressentie après la surprise de s'être vu proposer dans l'urgence un virage qu'il n'avait jamais envisagé. C'est une décision torturante de couple, de famille et les hésitations qui durent trop longtemps, amplifient les doutes.
C'est vrai en politique comme pour quiconque se retrouve à un carrefour de sa vie : que la décision soit bonne ou mauvaise, le jour de l'annonce est jour de libération.
Ensuite, on vit avec en travaillant pour qu'elle nous donne raison.