Les groupes environnementaux misent sur Richard Séguin comme figure de proue de la campagne SOS Mont Hereford lancée sur le modèle de la mobilisation pour la défense du parc du Mont-Orford, à laquelle l'artiste avait participé avec Marie Laberge et Clémence Desrochers.

Le SOS pour l'arrière-pays

CHRONIQUE / Il y a longtemps que je n'avais pas vu Cindy Lou Aimey. Nous avions fait connaissance dans le berceau de la résistance, à Colebrook, en 2010, puis je l'avais revue l'année suivante lors d'un autre rassemblement de citoyens américains opposés au projet de la ligne d'interconnexion Québec-New Hampshire.
« Comme chez vous, nos paysages sont ce que nous avons de plus précieux. Il faut les protéger. Si vous avez besoin, nous viendrons vous aider » a-t-elle offert cette semaine à Coaticook lors de la soirée d'information au cours de laquelle les leaders de groupes environnementaux ont annoncé la création de la coalition SOS Mont Hereford.
Même si Mme Aimey et son mari bataillent depuis sept ans, ils n'ont pas encore réussi à améliorer leur propre sort.
« Si le projet se fait un jour, nous risquons effectivement d'avoir des pylônes sur notre terrain. Sauf que nous n'avons toujours rien accepté et le promoteur n'a toujours pas obtenu le droit de nous exproprier » précise-t-elle.
C'est une différence majeure avec la législation québécoise. Ici, Hydro-Québec dispose de ce pouvoir. Ça change le rapport de force.
« Même si le gouvernement autorisait Hydro-Québec à aller de l'avant, ça ne voudrait pas dire que la bataille est perdue d'avance. La centrale thermique du Suroît avait été approuvée et les citoyens l'ont bloquée », rappelle le directeur général de Nature Québec, Christian Simard.
En convertissant en dollars canadiens les coûts estimés de la ligne aux États-Unis, qui ont grimpé à 1,6 milliard US, et en ajoutant les investissements de 618 M$ d'Hydro-Québec pour exporter de l'énergie avec une première ligne à courant continu, la facture totale du projet atteint 2,7 milliards.
Les groupes environnementaux tablent sur ces chiffres pour faire valoir que les 66 M$ supplémentaires pour enfouir la ligne sur moins de 20 km au Québec, à la hauteur du mont Hereford, ne représenteraient même pas 2,5 % du projet. Des coûts marginaux pour être équitable envers les Québécois puisque la même ligne sera enfouie sur près de 100 km au sud de la frontière, martèlent-ils.
En présence du gouverneur du New Hampshire, Chris Sununu, qu'il a reçu en début de semaine à Montréal, Philippe Couillard n'a pas manifesté trop d'ouverture à l'enfouissement. Une attitude rigide et fermée de la part du gouvernement pourrait cependant réveiller le dragon qui a enflammé l'opinion publique et plongé le gouvernement Charest dans l'eau chaude en 2006.
« Un fond de mécontentement était apparu lorsqu'il avait été question d'échanger des terres du parc du Mont-Orford, mais la contestation était plutôt modérée. La décision de privatiser une partie du parc a cependant été une provocation que les Québécois n'ont pas acceptée » remet en contexte Gisèle Lacasse-Benoit, cofondatrice SOS Parc Orford.
Cette coalition a talonné le gouvernement Charest durant quatre ans, jusqu'à ce qu'il réintègre à l'intérieur du parc national toutes les terres qui en avaient été soustraites aux fins de développement.
« Le mont Hereford est moins connu que le mont Orford qui, en plus, avait le statut de parc national. Ça rendra probablement la mobilisation un peu plus difficile. J'en appuie cependant sans réserve les motifs, car il faut protéger un legs de cette importance », poursuit Mme Lacasse-Benoit.
Ardent militant de SOS Parc Orford il y a dix ans, Robert Benoit a également le souvenir des arguments qui avaient été décisifs au moment où le gouvernement de Robert Bourassa avait accepté les revendications citoyennes d'une ligne sous-fluviale à Grondines-Lobtnière pour traverser le Saint-Laurent au milieu des années '80.
« Sans dire que M. Bourassa n'était pas sensible aux considérations environnementales, il n'avait pas voulu risquer de perdre l'opportunité de vendre de l'électricité à nos voisins. Le raisonnement devrait être le même. Je pensais, la dernière fois, que les décideurs politiques avaient compris. Ça m'a tout l'air que non », déplore l'ancien député libéral d'Orford, qui a déjà été président de ce parti.
Le mont Hereford, c'est la montagne de l'arrière-pays de Richard Séguin. L'artiste de Saint-Venant-de-Paquette aurait accepté de s'investir au sein de la coalition qui vient de prendre forme. Jusqu'à quel point? Il n'a pas donné suite à mes appels. Peut-être se fait-il volontairement discret jusqu'au lancement de l'offensive provinciale, qui doit avoir lieu à Montréal, de manière à donner plus d'éclat à son entrée en scène.
Jusqu'à maintenant, Hydro-Québec a essentiellement discuté avec les instances locales. De nouveaux joueurs entrent dans la danse.
« Nous sommes ouverts au dialogue avec les groupes environnementaux. Nous avons d'ailleurs tenté de les contacter et nous attendons qu'ils nous relancent », répond un porte-parole Serge Abergel.
SOS Parc Orford est née d'une vive impulsion dans Magog-Orford, le deuxième bassin le plus populeux de l'Estrie se trouvant aux portes de Sherbrooke. Les groupes nationaux lui avaient ensuite donné de la force.
La campagne SOS Mont Hereford pour « les paysages sous tension » a quant à elle démarré à bas voltage. En excluant les représentants d'organismes, on comptait à peine une dizaine de citoyens de la MRC de Coaticook à la séance d'information de mercredi.
La faible densité et l'éloignement des grands centres poseront tout un défi pour donner à cette bataille le souffle et l'envergure de la « saga Orford ».