Voici une tranche du développement projeté aux confins des rivières Magog et Saint-François, dans le secteur où doit être construit le pont « signature » ayant été approuvé par les élus de Sherbrooke, qui pourrait accueillir 215 nouvelles unités résidentielles et 45 unités commerciales.

Le rôle de développeur... avec un nouveau rôle d’évaluation

CHRONIQUE / Le maire Steve Lussier a sourcillé cette semaine lorsque j’ai écrit qu’il « naviguait toutes voiles dehors » avec les grands projets alors qu’il s’était inquiété de l’ampleur de la dette municipale tout au long de la campagne électorale.

« Je n’ai pas changé d’avis sur le niveau d’endettement préoccupant des Sherbrookois. J’endosse néanmoins l’injection supplémentaire de 5 M$ pour le pont signature qui remplacera le pont des Grandes-Fourches parce que j’ai la certitude qu’il y aura un retour sur ces investissements. Étant lié par la confidentialité, je ne peux vous donner de détails, mais des projets concrets sont sur la table », fournit-il à titre d’exemple.

Le document de réflexion préparé les trois étudiants de l’École d’architecture de l’Université Laval, ayant suggéré une conception originale pour le pont des Abénaquis, réfère également à un nouvel ensemble urbain de 215 nouvelles unités résidentielles et 45 nouvelles unités commerciales.

J’ai traité du sujet en février, en spécifiant que ce n’est pas le fruit d’une idéation improvisée puisque ce concept figure dans le plan directeur du centre-ville datant de 2015. Bien que discrets quant à leurs intentions, le Groupeau Custeau et l’architecte Michel Jubinville, qui détiennent plusieurs terrains dans ce secteur, sont déjà sur les planches à dessin.

Sauf que l’efferversence autour des grands projets, incluant Well Sud, se produit dans une période au cours de laquelle la marge financière de la Ville rétrécit.

En 2017, la dette atteignant 476 M$ a augmenté plus rapidement que les revenus municipaux (22 M$ vs 15 M$) même si la contribution d’Hydro-Sherbrooke a été de 4,8 M$ supérieure à celle qui avait été prévue dans le budget. Les réserves constituées à même les surplus accumulés sont inférieures à celles des dernières années.

« Nous allons rassurer les Sherbrookois au cours des mois à venir en dévoilant une liste de projets d’immobilisations ayant été approuvés, mais qui ne se réaliseront pas cette année et seront reportés », précise le maire Lussier

Cette révision s’inscrit dans la foulée des recommandations de la vérificatrice générale Andrée Cossette, qui relevait dans son dernier rapport la difficulté pour la Ville de livrer un éclairage financier précis avec 1232 projets d’immobilisations dits « ouverts » — certains depuis pas moins de dix ans — représentant des dépenses cumulatives de 362 M$, des engagements de 28 M$ et pour lesquels il existerait un solde disponible de 86 M$.

Quand même!

Mme Cossette juge d’autre part utile de spécifier aux Sherbrookois qu’une somme de 115 M$ est imputable à Hydro-Sherbrooke dans la dette municipale. Le service des finances détachait de cette façon les activités d’Hydro-Sherbrooke des activités municipales dans les documents budgétaires avant que le gouvernement provincial impose l’uniformité aux villes.

Rappelons que le réseau d’électricité assume son propre service de dette avant le versement de ses bénéfices nets dans les coffres municipaux, qui ont atteint 22,6 M$ en 2017. Le maire Lussier n’est donc pas totalement dépourvu d’arguments pour le soutien aux grands projets.

À l’instar de ses prédécesseurs, il pourra utiliser le facteur de pondération d’Hydro-Sherbrooke pour démontrer qu’il n’y a pas péril à l’hôtel de ville.

D’ailleurs, le service de financement de la dette a coûté 700 000 $ de moins en 2017 qu’au cours de l’exercice précédent.

Voici maintenant l’inconnu dans l’équation qui touchera directement nos portefeuilles : le maire Lussier et sa garde rapprochée du comité exécutif sont les seuls pour le moment à avoir vu le nouveau rôle d’évaluation qui servira à calculer les taxes municipales en 2019, 2021 et 2022.

Selon les informations que j’ai pu glaner, la hausse moyenne des valeurs se situerait autour de 5 %.

« Ça varie d’une catégorie à l’autre, mais c’est dans l’ordre de grandeur », se limite pour le moment à dire le maire.

Saisirez-vous cette opportunité pour hausser les taxes?

« Non. Nous allons nous livrer à un exercice très rigoureux dans la préparation du budget en suivant le modèle auquel j’ai été habitué dans le milieu bancaire, soit en anticipant un minimum de revenus pour un maximum de dépenses. Ça ne signifie pas que nous dépenserons au maximum! Ça veut dire que notre planification sera prudente et conservatrice », précise M. Lussier sans vouloir se commettre sur un deuxième gel de taxes consécutif.

Les coûts du pont signature se préciseront cet automne tout comme les propositions en réponse à l’appel d’offres lancé sur Well Sud. Les coûts de ces grands chantiers rebondiront durant la dernière étape de la préparation budgétaire alors que l’administration Lussier aura à statuer sur des hausses de taxes. Seront-elles de 1, 2 ou 3 %?

Au même moment, on nous expliquera le nouveau rôle d’évaluation et, selon l’âge, le type de propriété, le quartier, etc. Les disparités créeront deux groupes de contribuables.

D’abord, ceux dont l’appréciation de la propriété sera inférieure à la moyenne hypothétique de 5 %, qui bénéficieront d’un allègement fiscal. Pour les propriétaires de l’autre catégorie, les effets des hausse de taxes et d’évaluation seront cumulatifs.

Chaque fois que cela se produit, peu importe la municipalité, leurs élus affirment que ce n’est pas de leur faute, que c’est le reflet du marché immobilier. Ils sont rarement crus.

Comme les mécontents ont tendance à être beaucoup plus bruyants que les satisfaits, ceux qui écoperont le plus risquent de devenir les Sherbrookois les plus réfractaires aux grands projets du maire Lussier.