Il est normal que Bernard Sévigny exprime une certaine indifférence face aux intentions de Jean Perrault, mais c'est une menace que ses stratèges ne peuvent ignorer. Cette photo a été prise au lendemain de la victoire de M. Sévigny, au moment où Jean Perrault et lui ont convenu de la passation des pouvoirs.

Le renouveau dans la continuité

CHRONIQUE / Maintenant que le financement à hauteur de 8 M$ est acquis, seul un dépassement majeur de coûts peut compromettre la construction du lieu de diffusion qui avait été réclamé pour la première fois lors du Sommet socioéconomique de Compton... en 1985! La patience est une vertu pour les artistes.
Le dénouement est tout de même particulier : Bernard Sévigny se réjouit d'inclure un volet culturel à son projet Well Inc. en greffant une salle de spectacle aux plateaux techniques du Centre de production Jean-Besré que Jean Perrault avait livrés comme phare de la culture et du centre-ville.
Le dernier chèque de 2,7 M$ nous arrive du fédéral des mains de la ministre Marie-Claude Bibeau, devenue conjointe de M. Sévigny après avoir été mariée au principal projet de Jean Perrault comme directrice adjointe de la Cité des rivières. À titre de directrice générale du Musée de la nature et des sciences, Mme Bibeau a également été l'héritière de ce qui fut durant l'ère Perrault le premier symbole de renaissance sur les ruines de l'ancienne usine Kayser.
Huit ans après l'arrivée d'un nouveau maire, Sherbrooke est-elle en rupture avec le passé et imprégnée d'un leadership différent?
On ne s'attarderait pas à cela si le « grand jour » du milieu culturel n'avait pas eu comme trame de fond une possible confrontation à la mairie entre MM. Sévigny et Perrault. C'était le sujet de discussion dans toute la ville.
Publiquement, Bernard Sévigny affiche une certaine indifférence face aux intentions de son prédécesseur, une réaction tout à fait normale. Les stratèges du Renouveau sherbrookois par contre ne peuvent ignorer ce qui s'avère sans contredit la plus sérieuse menace depuis que leur chef est aux commandes.
De toute façon, quelle que soit la décision de M. Perrault, c'est un bon prétexte pour stimuler les troupes et les garder sur le qui-vive afin d'éviter le piège d'une démobilisation au souvenir de la réélection facile de 2013. L'excès de confiance est un réel danger en politique.
Sur quoi Jean Perrault pourrait-il attaquer Bernard Sévigny si les deux hommes redevenaient les adversaires politiques qu'ils ont déjà été dans le passé?
Les comparables que je vous ai présentés au mois de décembre à la suite au dépôt du budget 2017 rappelaient que les taxes municipales ont augmenté de 13,27 % durant le dernier mandat de M. Perrault au cours d'un cycle d'inflation de 6,25 %. Bernard Sévigny aura à défendre des hausses totalisant 9,93 % durant une période d'inflation de 4,26 % (en considérant le taux moyen au Canada depuis le début de l'année 2017), M. Perrault pourrait difficilement exploiter ce facteur de mécontentement.
Le maire Sévigny prétend d'autre part qu'il y a eu augmentation substantielle des budgets d'entretien du réseau routier depuis qu'il est en poste. À moins que M. Perrault ne puisse le contredire, il ne pourrait prétendre avoir fait mieux.
Bernard Sévigny a essuyé des reproches au conseil municipal d'avoir lancé Well Inc. sans plan d'affaires. En tentant d'exploiter ce filon, M. Perrault se ferait sûrement rabattre sur le nez les analyses de rentabilité assez superficielles du centre de foires. Les résultats ne sont d'ailleurs guère concluants une décennie plus tard.
L'avantage très net de Jean Perrault serait au niveau du charisme. Le maire Sévigny a un profil de gestionnaire, semblable à celui qu'avait Paul Gervais. Bien qu'il soit dédié et consciencieux, M. Sévigny n'a jamais manifesté le même attachement à ses employés, à sa ville ou à ses citoyens que Jean Perrault.
Il n'y a pas de relève, n'y a-t-il à Sherbrooke qu'un ancien maire de 72 ans à opposer comme rival sérieux à M. Sévigny? Probablement que non. Mais juste vous rappeler que la campagne présidentielle américaine a impliqué deux candidats de ce groupe d'âge. Donald Trump a 71 ans et Hilary Clinton atteindra le cap des 70 ans en octobre. Les responsabilités à la Maison-Blanche sont sûrement aussi exigeantes que celles de diriger Sherbrooke!
Reste que le bagage de connaissances et d'expérience requis pour devenir maire d'une ville de la taille de la nôtre est à mon avis supérieur à celui d'un postulant susceptible de devenir député provincial ou fédéral sur la queue de manteau d'un chef ou sur l'élan d'une campagne nationale. C'est ainsi d'ailleurs que les jeunes Luc Fortin et Marie-Claude Bibeau ont obtenu un siège avant qu'on les découvre comme ministres.
Au fait, j'écoutais l'allocution de la ministre Bibeau hier et je n'ai pu m'empêcher ensuite une curiosité... Vous êtes le seul politicien d'envergure à qui je n'ai pas encore posé la question : avez-vous de l'intérêt pour la mairie?
« Non, pas vraiment », m'a-t-elle répondu en pouffant de rire.
La candidature éventuelle d'un Jean Perrault, de qui vous avez déjà été relativement proche, vous en pensez quoi?
« Je vais m'abstenir... »
À la lumière de tout cela, le renouveau dans la continuité, c'est honnête et objectif comme titre, non?