Détendus et souriants lors de l'annonce d'un investissement de 24,5 M$ à l'Université Bishop's, le ministre responsable de l'Estrie, Luc Fortin, et sa collègue de l'Enseignement supérieur, Hélène David, ont évité de laisser paraître des émotions en commentant la tourmente dans laquelle le gouvernement Couillard est plongé en raison de l'enquête policière visant Pierre Paradis.

Le port du casque chez les libéraux

CHRONIQUE / Avant toute chose, ne devançons pas les conclusions de l'enquête qui révélera si Pierre Paradis a bel et bien eu un comportement inapproprié à l'égard d'une employée de son cabinet. Par contre, son patron et lui n'y échapperont pas, ils sont déjà dans le box des accusés au tribunal politique.
Déjà embarrassé par une plainte de nature sexuelle qui visait l'un de ses députés, Philippe Couillard s'est retrouvé à devoir exclure précipitamment de son cabinet et de son parti le ministre en qui il venait de réitérer une confiance absolue malgré la grogne du milieu agricole. Bien que la gravité des gestes reprochés à M. Paradis soit encore floue, le contexte dans lequel l'inconduite sexuelle présumée serait survenue, lui, est aggravant.
La plainte déposée contre le député Gerry Sklavounos découle d'un flirt qu'il aurait eu avec la serveuse d'un restaurant avec qui il se serait retrouvé dans une chambre d'hôtel. Dans ce cas, l'appréciation de la preuve par la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui a le rapport d'enquête de la police de Québec entre les mains depuis le 22 décembre, se situe au niveau du refus de relations sexuelles complètes que la plaignante aurait exprimé même si les deux s'étaient enlacés. La DPCP n'a toujours pas communiqué sa décision de déposer ou non des accusations contre le député de Laurier-Dorion ayant été exclu du caucus libéral avant M. Paradis. Cette autre histoire de moeurs augmentera cependant la pression sur ceux qui ont la responsabilité de trancher.
S'ils s'avèrent fondés, les reproches visant le député de Brome-Missisquoi seront plus dévastateurs, autant pour lui que pour son parti, parce que le ministre démis de ses fonctions se trouvait en situation d'autorité. Sa responsabilité la plus fondamentale était de protéger son personnel contre toute forme de harcèlement psychologique ou sexuel. S'il a plutôt erré, sa longue carrière à l'Assemblée nationale risque de finir brutalement.
Les faits remonteraient à 2015. C'est l'année qui s'est terminée par une soirée hommage à Pierre Paradis (le 16 novembre) pour fêter ses 35 ans de vie politique. Celle-ci avait réuni tout le gratin libéral au Château Bromont, dont Philippe Couillard et plusieurs autres membres de son cabinet, au milieu de proches, d'amis et de collaborateurs de longue date. Des témoignages très élogieux avaient alors été rendus à M. Paradis, dont certains par des membres de sa famille. L'enquête policière rend probablement ces souvenirs heureux plus amers dans l'entourage du vétéran politicien.
Venus participer à une annonce à l'Université Bishop's, deux de ses collègues du conseil du ministre savaient pertinemment que la confirmation d'investissements de 24,5 M$ ne monopoliserait pas toute l'attention médiatique.
« M. Paradis a droit à la présomption d'innocence. Je serai prudent dans mes commentaires, mais ce sont des allégations sérieuses et je pense que le premier ministre a posé les gestes qu'il devait poser », a réagi le ministre Luc Fortin, qui a hérité en janvier 2016 des responsabilités régionales qu'assumait auparavant Pierre Paradis comme répondant de l'Estrie.
La ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, a affiché la même prudence. Mme David ne craint pas que cette autre histoire de moeurs éclaboussant les libéraux porte ombrage à la politique-cadre qu'elle veut instaurer afin de combattre le harcèlement et la violence sexuels dans les cégeps et universités de la province.
« Tout comme M. Fortin, je considère que le premier ministre a agi très très vite et qu'il a montré le sérieux qu'il accordait à des situations troublantes. Ça ne m'arrêtera pas, bien au contraire, dans ma volonté et dans celle du gouvernement de rendre très publique cette réflexion-là. Beaucoup de provinces et plusieurs autres pays l'ont fait, et je pense que ça ne peut qu'être bon pour notre réseau universitaire et collégial », croit la ministre David.
N'en reste pas moins que c'est une double commotion qui frappe le gouvernement libéral. À celle que Pierre Paradis aurait subie en tombant de son cheval, s'ajoute celle qui ébranle la troupe de Philippe Couillard en détournant les regards des bons coups que le gouvernement voudrait mettre en lumière.
Le premier ministre a souvent renvoyé au passé, à l'époque d'un autre chef, les cas de malversation ou de corruption ayant secoué et hantant toujours le Parti libéral du Québec. Il ne peut couper court aussi facilement et évacuer par la même trappe les cas présumés de pulsions incontrôlables, car c'est notamment lui qui a mis fin au long purgatoire ministériel que Jean Charest avait imposé à Pierre Paradis.
Ça vous gênerait de porter un casque en tout temps, lors des débats à l'Assemblée nationale comme lors d'annonces publiques comme celle d'aujourd'hui, ai-je demandé au ministre Fortin.
Surpris de la question, le député de Sherbrooke est resté perplexe.
Ça pourrait diminuer les risques de commotions au sein de votre parti, non?