Tôt ou tard, la question de la localisation du point de vente de la marijuana se posera à Sherbrooke. Le moment venu, laisserons-nous les marchands de l'État aller où ils veulent sans orienter leur choix?

Le pôle commercial du pot

CHRONIQUE / Voyons ce que pensent les candidats à la mairie de la commercialisation de la marijuana : tiennent-ils à ce que le premier point de vente à Sherbrooke aille dans l'est de la ville?
Je ne badine pas, c'est du sérieux. Du concret. À l'heure des engagements politiques, il faut savoir qui est prêt à défendre quoi pour renforcer le secteur commercial qui bat de l'aile, dont Costco n'a pas voulu.
Le gouvernement Couillard n'a pas encore dévoilé son plan de match, mais les informations les plus fraîches donnent à penser qu'il écartera la vente par le privé et imitera plutôt l'Ontario en confiant ce mandat à une société d'État, en toute logique la SAQ. L'ouverture de 40 succursales qui seront détachées des magasins existants a été annoncée chez nos voisins ontariens. Quarante points de vente sur un territoire aussi vaste et populeux, si nous reproduisons le modèle, nous serons à des lunes des 800 succursales et agences de la SAQ qui opèrent actuellement au Québec. Il n'y aura pas un magasin de pot à tous les coins de rue et pas dix non plus à Sherbrooke.
C'est dire qu'il s'agira vraisemblablement de commerces de destination qui vaudront leur pesant d'or. Bien qu'il soit difficile d'en prédire l'achalandage, ce monopole aura un pouvoir d'attraction susceptible de créer un effet d'entraînement. Allez demander aux propriétaires du Végétarien et de la Boucherie Clément Jacques si autant de clients passent devant leurs comptoirs depuis que la SAQ a changé de coin de rue, à l'intersection King et Jacques-Cartier...
Tôt ou tard, la question se posera. Le moment venu, laisserons-nous les marchands de l'État aller où ils veulent suivant leurs seuls intérêts corporatifs et sur la base des critères ayant mené à la concentration de l'offre commerciale à Sherbrooke?
Il sera tentant pour les mandataires de suivre la parade sur le plateau Saint-Joseph, dans le sillon du géant Wal-Mart et pour que ce soit pratique de s'acheter du cannabis après avoir bénéficié des économies sur l'essence de son futur voisin. Toutefois, vendre du pot sur le boulevard honorant la mémoire de l'ancien archevêque Jean-Marie Fortier manquerait un peu de classe et de perspective.
Y'a sûrement autant de fumeurs de marijuana dans l'arrondissement de Fleurimont que partout ailleurs en ville. Juste de l'autre côté du pont Aylmer, à la hauteur du restaurant Louis ou même un peu plus haut sur la King Est, ce serait à une distance raisonnable pour que la clientèle du centre-ville s'y rende à pied. À moins que la rue du Chanvre se retrouve sur les terrains du Groupe Custeau qui borde l'autoroute 410.
Rappelons d'ailleurs que la Ville a déjà déterminé que la production de marijuana à des fins médicales devra se faire dans le parc scientifique voisin du CHUS. Avec le mégajardin en serres de 200 M$ projeté à Weedon, le portrait d'ensemble est assez complet pour exprimer une préférence.
Qui est prêt à défendre, en toute logique, que le pôle commercial du pot doit être dans l'est et pas ailleurs?
« Honnêtement, je n'ai pas encore réfléchi à cela. Nos préoccupations sont davantage au niveau de la sécurité et de l'application de la loi par les policiers dans nos parcs, notamment lors des grands rassemblements. Le droit de fumer le tabac au milieu d'une foule doit-il s'étendre à la marijuana? Ce n'est pas clair. On se penchera plus tard sur la localisation du commerce et sur les questions de zonage », m'a répondu le maire Bernard Sévigny.
« Ça m'apparaît prématuré comme question étant donné que le gouvernement du Québec est encore en consultation. Localement, il faudrait demander aux citoyens ainsi qu'aux commerçants de l'est s'ils veulent ce type d'activité commerciale. Ça passe quant à moi par une analyse au comité d'urbanisme », a quant à lui commenté Steve Lussier.
« Ce n'est pas le genre de réflexion qu'on doit faire dans la précipitation. Ça s'annonce assez compliqué. En même temps, il est vrai qu'il faut dès maintenant commencer à s'interroger sur la trame commerciale qui conviendra le mieux à la vente de marijuana pour déterminer l'environnement dans lequel elle peut avoir des répercussions bénéfiques plutôt que des effets perturbants » juge quant à elle la candidate de Sherbrooke Citoyen, Hélène Pigot.
Cette prudence des trois candidats ne m'étonne guère. Ce sont plutôt les réponses catégoriques qui m'auraient surpris.
Mais dans cette ville où des fonctionnaires décident de la moralité sur des fresques murales et la police, de la pertinence de spectacles musicaux pour adolescents, il faut s'empresser de questionner nos dirigeants étant donné que d'autres ont tendance à décider à leur place!
Le maire Sévigny est en furie en raison de ces deux récentes substitutions de pouvoir qui le font mal paraître en pleine campagne électorale. On le serait à moins.