Le commissaire au développement manufacturier du nord du New Hampshire, Benoit Lamontagne, est prêt à se faire l'allié des Estriens pour attaquer de front le problème des contrôles douaniers parfois exagérés.

Le New Hampshire nous veut... et nous aime !

CHRONIQUE / Je n'avais jamais rencontré Benoit Lamontagne auparavant. Notre conversation a pourtant coulé comme si nous avions « jeunessé » ensemble.
Chemin faisant vers Drummondville où il devait se rendre pour un colloque, le directeur du développement manufacturier du nord du New Hampshire a effectué une courte halte à Sherbrooke.
« Je me souviens des années prospères, du temps où notre industrie forestière et la vôtre fonctionnaient à plein régime. Les billots et le bois transformé se promenaient comme s'il n'y avait pas de frontière. J'aimerais que les relations entre nos deux régions redeviennent aussi cordiales », me décrit le prospecteur né à Granby.
M. Lamontagne a été commerçant à Colebrook ainsi que maire de cette municipalité avant de joindre les rangs de l'équipe de développement économique du New Hampshire, il y a une dizaine d'années. Son entrée en matière détonne par rapport aux propos de Donald Trump.
« J'avais de la difficulté à convaincre les précédents gouverneurs qu'il fallait accorder plus d'importance à nos relations commerciales avec le Québec. À peine trois mois après son élection, Chris Sununu est venu rencontrer le premier ministre Couillard à Montréal. »
Cette visite ne visait-elle pas essentiellement à promouvoir le projet Northern Pass afin d'augmenter les livraisons d'hydroélectricité en Nouvelle-Angleterre?
« Du fait que ce projet arrive à l'étape finale d'approbation, je ne peux pas le commenter. Tout ce que je peux dire, c'est que nos visées sont plus larges. »
Benoit Lamontagne se défend de courtiser les entreprises québécoises pour délocaliser nos emplois.
« Jean Charest m'a déjà posé cette question comme premier ministre. Même avant l'arrivée du président Trump, le Buy American Act imposait déjà des règles de production aux États-Unis pour des contrats publics impliquant un financement du gouvernement fédéral. C'est le cas pour les wagons de Bombardier destinés au métro de New York. Il y a beaucoup de fournisseurs de Bombardier en Estrie et nous sommes une option pour eux. Surtout avec les avantages de notre fiscalité. »
Sans taxe de vente, sans ponction fiscale sur les inventaires ou les équipements, sans impôts sur les salaires, le New Hamsphire surprend.
« Les gens nous regardent et nous disent : c'est pas possible! Pourtant, c'est vrai. Le Québec donne beaucoup pour attirer les entreprises et il reprend beaucoup. Nous offrons peu, mais nous laissons tout aux entreprises afin qu'elles réussissent », fait valoir M. Lamontagne.
Après la saignée de 1900 emplois dans les pâtes et papier à Berlin et Groveton, et avec 67 % de la perte de 800 emplois à l'usine de meubles Ethan Allen de Beecher Falls, le nord du New Hamsphire a de la main-d'oeuvre disponible.
« L'entreprise Deflex de Saint-Victor vient d'ouvrir une filiale à Berlin. Elle ne déplacera pas pour autant ses travailleurs de la Beauce. Cela lui permettra par contre de remplir les conditions pour l'exécution de contrats pour la compagnie Volvo. C'est sûr que les orientations du président Trump renforcent le message du Buy American auprès des entreprises étrangères, mais il n'est pas question de vouloir tout prendre sans rien vous laisser », nuance le commissaire au développement manufacturier.
À la remarque que le libre-échange des capitaux et de la marchandise fonctionne peut-être bien, mais que l'accueil des personnes a déjà été plus hospitalier aux douanes américaines, Benoit Lamontagne ne se défile pas.
« Je ne dirai pas qui, mais un président de compagnie qui s'en venait évaluer un projet d'expansion pour sa filiale du New Hampshire s'est fait écoeurer par un maudit Robocop à la frontière. Il m'a téléphoné, j'ai relayé son cas à Washington, et c'est la congresswoman de notre État, Ann Kuster, qui a rappelé elle-même aux douanes pour dire : ''ce gars-là s'en vient investir chez nous et vous l'empêcher d'entrer?'' Croyez-moi, ça n'a pas traîné. »
Puis-je alors donner votre numéro de cellulaire à tous nos lecteurs comme police d'assurance voyage?
« Tu peux, mais j'aimerais faire mieux. Je suis prêt à venir à Sherbrooke avec le gouverneur Sununu pour parler de ce problème avec vous. Le message va se rendre, car le gouverneur est proche du président que vous n'aimez pas beaucoup. Nous voulons que les Québécois soient bien accueillis, qu'ils se sentent bienvenus au New Hampshire. Pas juste pour brasser des affaires, comme visiteurs aussi », plaide l'émissaire économique ne s'imposant pas de censure politique. Tout comme le président Trump, ce n'est pas une langue de bois.
Le club d'athlétisme et le rectorat de l'Université de Sherbrooke devraient prendre M. Lamontagne au mot et organiser un colloque sous le thème « Passeport valide pour tous »!