Sans chercher à se défiler, le ministre Gaétan Barrette a admis que la super-clinique de l'Est met du temps à offrir les services médicaux promis. Il veillera à ce que les mêmes problèmes ne se répètent pas au démarrage de celle qui ouvrira bientôt ses portes en bordure de la rue King Ouest et de l'autoroute 410.

Le mulet et la Ferrari

CHRONIQUE / «Quand je suis arrivé à Sherbrooke, j'entendais qu'il y avait une faculté de médecine de trop au Québec, la nôtre. Ces allusions ont cessé le jour où le centre de recherche inspiré par le visionnaire Dr Étienne Lebel a obtenu la reconnaissance méritée. Tout part de là et de lui », a tenu à rappeler Roger Lecomte, l'un des scientifiques dont l'expertise est reconnue par Québec en finançant des équipements de pointe en imagerie moléculaire au CHUS de Fleurimont.
Un autre projet qui prend appui sur l'engagement des Estriens à travers la contribution de 1 M$ assurée par la Fondation de l'établissement qui allie soins médicaux, recherche et enseignement.
« Pour faire une analogie avec la course automobile, même avec un vieux bolide datant de 2007, nous avons remporté plusieurs courses parce que nous avions les meilleurs pilotes, les mécaniciens les plus compétents et probablement aussi, parce que nous utilisons le meilleur carburant. Voilà qu'on nous fournit une Ferrari », s'est ensuite réjoui le Dr André Carpentier, un médecin-chercheur de réputation internationale.
Il n'y a pas mieux que cette analogie pour revenir sur l'annonce effectuée à Sherbrooke, en décembre, avec le premier ministre Philippe Couillard comme chef d'écurie : Dr Barrette, vos super-cliniques ne doivent-elles pas être des Ferrari?
La nôtre en tout cas, notre super-clinique, ressemble toujours neuf mois plus tard à un mulet, la voiture de dépannage lancée en piste seulement lorsqu'un pilote endommage son bolide durant les séances de qualification, ai-je fait remarquer au ministre.
« De fait, nous avons annoncé un bolide de Formule Un. Malheureusement, le drapeau n'est pas encore tombé », a-t-il reconnu.
Je suis retourné au communiqué émis par le gouvernement libéral le 20 décembre 2016.
« La super-clinique CMU du groupe de médecine familiale Belvédère-Galt est la deuxième de ce type au Québec à voir le jour », a-t-on attribué comme propos au premier ministre Couillard. La date de naissance d'un enfant est le jour où il arrive en ce bas monde et ouvre les yeux, non?
« Je suis le premier malheureux. Mon plan de match était évidemment que toutes les ressources requises soient embauchées rapidement. Or, pour toutes sortes de circonstances, le CIUSSS de
l'Estrie - CHUS a éprouvé des problèmes à cet égard et, selon les informations m'ayant été transmises, la super-clinique sera pleinement fonctionnelle en septembre », assure le Dr Barrette.
Québec financera l'affectation du personnel infirmier qui aurait finalement été choisi. La transformation implique également le déplacement d'urgentologues des hôpitaux vers les super-cliniques.
« Cela se fera, et avec la collaboration de ces médecins spécialistes, il est même prévu de porter de 20 000 à 40 000 le nombre de consultations annuelles qui pourront être détournées des salles d'urgence. Normalement, la super-clinique de l'Est a maintenant toutes les cartes pour se déployer.
« Selon ce que l'on me dit, la deuxième super-clinique, celle de l'Ouest, ne vivra pas ce même problème. Celle-là, je vais toutefois m'assurer qu'au jour 1, tout soit réglé », retient comme leçon le ministre.
Les médecins de la Clinique du Plateau Marquette, leurs confrères de la Clinique de Rock Forest ainsi que les radiologistes qui assureront les services médicaux de la seconde super-clinique emménageront sous peu dans l'édifice neuf construit par la compagnie Immex le long de la rue King Ouest et de l'autoroute 410.
La date visée pour le démarrage simultané des deux super-cliniques, avec des services sept jours sur sept sur un minimum de 84 heures par semaine, est le 25 septembre. Des confirmations viendront d'ici là, pour veiller à bien aiguiller la clientèle.
L'impatience politique de présenter le changement a-t-elle dépassé la capacité du réseau à s'adapter?
« Lorsque l'annonce du mois de décembre a été faite, nous avions signé un contrat. C'est dire que notre organisation prévoyait être en mesure de répondre aux attentes », prend à sa charge la présidente et directrice générale du CIUSSS de l'Estrie - CHUS, Patricia Gauthier.
En plus d'augmenter l'offre, le gouvernement Couillard croit qu'il pourra soigner à meilleurs coûts dans les super-cliniques que dans les urgences des hôpitaux. L'efficacité sera récompensée puisque Québec promet de laisser les économies dans les régions.
« Pas question de réduire les budgets des hôpitaux et le meilleur exemple vient de se produire à East Angus alors que les nouvelles installations du CHSLD ont coûté 5 $ millions de moins que prévu et que cet argent a été réinvesti en totalité au même endroit. Je veux que les gens qui gèrent bien conservent les bénéfices de leurs efforts. »
Le tour de chauffe serait terminé. Le vrai départ sera bientôt donné pour tester les Ferrari libérales de Gaétan Barrette... inspirée du modèle Toyota de son prédécesseur Yves Bolduc!