Il est révélateur que les membres du consortium ayant évalué le potentiel de Well Inc. ne se perçoivent pas comme LE facteur de réussite, mais plutôt comme l’un des ingrédients de la recette gagnante.

Le miroir des girouettes

CHRONIQUE / «On s’essuie, puis on recommence », a lancé comme cri de ralliement lundi soir à l’hôtel de ville le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Claude Denis, déçu comme bien d’autres du retrait des partenaires privés qui devaient allonger 50 millions de dollars pour lancer Well inc.

Parfaitement d’accord. Mais au-delà des impacts découlant de l’arrivée de Steve Lussier à la mairie, il faut passer en revue la trame politique dans son ensemble.

Le Fonds immobilier de solidarité de la FTQ, le Groupe Custeau et la compagnie SherWeb n’ont pas retiré leur offre de crainte de perdre le vote au conseil municipal. Ils avaient peur de le gagner!

« Le projet de revitalisation n’était pas assez clair et le nôtre arrivait peut-être de façon prématurée. C’était trop incertain pour qu’on poursuive », a affirmé dans nos pages le président de SherWeb, Peter Cassar.

Cette déclaration sans reproches est brodée de diplomatie. Mais elle dit ce qu’elle dit. Les investisseurs n’ont pas voulu risquer des dizaines de millions dans un secteur délabré en se fiant à des humeurs politiques variables à l’hôtel de ville.

Le procès-verbal du 15 mai 2017 rappelle pourtant que Nicole Bergeron, Vincent Boutin, Danielle Berthold, Rémi Demers, Marc Denault, Annie Godbout, Julien Lachance et Chantal L’Espérance ont tous appuyé le choix des partenaires ainsi qu’à l’approche de Well inc. Huit voix au sein d’un conseil municipal ne comptant plus que 15 membres en incluant le maire, c’est la majorité.

Sept de ces huit vétérans ont été réélus avec la main sur le cœur en réitérant leur indépendance d’esprit et d’intérêts. Ils auraient pu rendre leur victoire plus décisive en ralliant quelques recrues, mais l’essentiel est de retenir qu’ils pouvaient à eux seuls réduire le maire hésitant au rôle de spectateur. Le confiner même au silence.

Comment M. Lussier aurait-il pu se plaindre d’un affront en tentant soudainement de donner une valeur référendaire aux résultats de la dernière élection? Son choix de jouer sur deux tableaux depuis son arrivée en n’imposant pas le moratoire promis l’exposait à rien de moins que l’humiliation.

Même à reculons et sans peser fort sur le crayon, le nouveau maire aurait pu se retrouver à devoir signer une entente avec le consortium en lieu et place de Bernard Sévigny. Le bordel politique aurait pogné pour vrai.

Il eut été étonnant par contre que Nicole Bergeron, Chantal L’Espérance et Danielle Berthold cautionnent une telle approche, car elles doivent maintenant protéger l’image de celui qui leur a offert poste à l’exécutif. Sans appartenir à un parti politique, elles forment une équipe politique avec M. Lussier.

Tiens, nous voilà à parler d’affinités, d’appartenance et de loyauté. De la même loyauté que celle qui a été reprochée aux conseillers qui étaient membres du Renouveau sherbrookois, presque tous passés à la trappe au mois de novembre au terme d’une cabale électorale ayant répandu aux quatre coins de la ville qu’un maire-chef de parti était un faux pli. Presque une plaie. Au point d’ailleurs où l’ex-maire Bernard Sévigny a été mis à la porte lui aussi.

Steve Lussier a surfé sur la vague de mécontentement et s’est amené à l’hôtel de ville avec une majorité confortable de 5000 voix en voulant couper court à cela. L’autonomie décisionnelle et individuelle d’abord, a-t-il dit.

Well Inc a peut-être été le miroir de l’alouette pour l’ex-maire Sévigny, qui rêvait d’apposer sa signature au bas de cet ambitieux projet de revitalisation urbaine. Sa gestion directive et appuyée durant le second mandat sur la majorité que son parti détenait à l’hôtel de ville a irrité.

Mais au constat du fiasco économique et politique dont les Sherbrookois devront se relever avec Well inc., le pouvoir éclaté nous sert-il vraiment mieux?

Même si les prochaines électorales municipales auront lieu seulement en 2021, les girouettes que nous sommes, cherchant le changement pour le changement en face d’un bulletin de vote, vont devoir se regarder dans le miroir.

À cause de tout cela, perspicaces et expérimentés, les partenaires du consortium n’ont pas voulu exposer leur argent à la contamination politique qu’ils savent beaucoup plus complexe à résoudre qu’une décontamination de terrain.

La rentabilité qu’ils ont estimée avec Well inc. n’a pas suivi les courants inflationnistes qui nous ont transportés. De plus, il est particulièrement révélateur qu’eux-mêmes ne se perçoivent pas comme LE facteur de réussite, mais plutôt comme l’un des ingrédients de la recette gagnante.

Sans cesser de rêver, restons terre à terre.