Rien n'a changé entre la secrétaire générale soeur Marie Paule Carrier, l'agente administrative Catherine Voyer-Fortier et la directrice des services culinaires Renée Létourneau, même si ces dernières sont passées à l'emploi de la coopérative Habitations populaires du Québec, qui gère depuis peu les installations des Petites Soeurs de la Sainte-Famille de Sherbrooke.

Le grand virage est engagé

CHRONIQUE / L'aura de la fondatrice des Petites Soeurs de la Sainte-Famille suivra les religieuses dans leur nouveau couvent à Sherbrooke. Mais les restes mortels de la bienheureuse Marie-Léonie Paradis, à partir desquelles une réplique a été reconstituée, prendront plutôt le chemin de la cathédrale.
C'est un autre des deuils que les membres de cette communauté auront à vivre au cours de la présente année, qui en sera une de changements, avec le déménagement imminent vers le nouveau pavillon construit au coût de 20 M$. Ce grand virage est d'ailleurs engagé, puisque les 125 laïcs qui travaillaient auparavant pour les religieuses ont maintenant un nouveau patron : Habitations populaires du Québec, une coopérative spécialisée dans la gestion de biens immobiliers et dont le siège social est à Trois-Rivières.
Le déplacement du tombeau de mère Marie-Léonie n'est pas une exhumation ordinaire compte tenu de la stature que le Vatican lui a reconnue lors de la visite papale de 1984.
Le parc Jarry de Montréal était bondé de fidèles lorsque Jean-Paul II l'a élevée au rang de bienheureuse, la plus haute reconnaissance avant la canonisation.
Le Canada ne comptait alors que deux autres membres dans ce groupe sélectif. Trente-trois ans plus tard, ils ne sont toujours que dix aspirants à la sainteté.
« Pour la canonisation, il faut un autre miracle. Nous recevons des témoignages à cet effet tous les jours, souvent, pour des cas de guérison. Ils sont tous recensés, mais à Rome le processus d'examen est très rigoureux », raconte soeur Rachel Lemieux, responsable de la salle de prière accessible au public et à l'intérieur de laquelle le corps de mère Marie-Léonie demeurera exposé jusqu'au 31 mai.
« Changer de lieu de travail m'affecte moins que la rupture que j'aurai à vivre en perdant le contact avec les visiteurs », me confie spontanément Jacqueline Pelletier, une employée travaillant depuis 12 ans à la réception de l'imposant couvent de la rue Galt Ouest appelé à changer de vocation.
Des appels provenant de partout en Amérique atterrissent chaque jour à Sherbrooke pour solliciter un appui pour un enfant malade, une personne affligée ou bousculée par les imprévus de la vie. Chaque cas est communiqué aux religieuses et soumis à la ferveur collective lors des prières. Mais au-delà de l'environnement physique, c'est toute la mécanique du couvent qui passe à l'heure des changements et, comme l'âge moyen est de 80 ans, le défi d'adaptation est grand.
Les remaniements administratifs annoncés à l'automne 2015 ne se sont concrétisés que récemment. Le personnel a donc vécu la dernière année sur la foi des promesses qu'il n'y aurait ni perte d'emploi ni recul dans les conditions de travail.
« Nous avons sécurisé tout notre monde lors de rencontres tenues au cours des dernières semaines. Dès l'émission de la première paye, les gens ont vu que les engagements seraient tenus. Notre modèle coopératif est bien établi dans l'industrie », commente le directeur général des Habitations populaires du Québec, Ghislain Aubin.
La société sans but lucratif a démarré ses activités en Mauricie à la fin des années 80 dans le logement social et le marché des aînés. Elle a élargi son champ d'expertise aux communautés religieuses et gère actuellement 1500 unités d'habitation à travers la province. Le nouveau couvent des Petites Soeurs de la Sainte-Famille en comptera 125, deux fois moins qu'actuellement.
« J'ai senti un certain apaisement au sein de notre équipe à la suite des garanties fournies et nous nous préparons à vivre la transition », relate la responsable des services culinaires, Renée Létourneau.
L'entrepreneur général a livré le nouveau bâtiment au début du mois de mars. L'installation de l'équipement spécialisé reste toutefois à compléter.
« Nous ne pourrons être fixés sur la date du déménagement tant que l'infirmerie et la cuisine ne seront pas opérationnelles à 100 pour cent. Ça pourrait être à la fin du mois d'avril, comme au mois de mai », évoque Ghislain Aubin.
« Je perçois beaucoup d'effervescence chez les religieuses autant qu'entre nous. C'est un beau projet », répond avec enthousiasme Catherine Voyer-Fortier, une membre du personnel administratif se promenant caméra à la main pour enrichir les archives visuelles de cette transition historique.
Parlant d'héritage, on fait quoi avec le grand couvent?
« On laisse à la communauté le temps d'évaluer la meilleure proposition et on accepte que l'un de ses soucis soit de pouvoir récolter des fruits de la vente les sommes dont elle aura besoin pour offrir le meilleur accompagnement possible à ses religieuses. On n'est pas ici dans le cas d'une prise en charge par l'État... » répond l'archevêque de Sherbrooke, monseigneur Luc Cyr, sans vouloir rien présumer de l'avenir.