Partisan du référendum de 2007 « qui avait sorti des élus  de leur tour d'ivoire », le maire Bernard Sévigny vit confortablement avec la culture du consensus.

Le contestataire devenu maire

«On peut rester dans notre tour d'ivoire et se convaincre entre nous que ce qu'on décide est bon pour la population, mais en faisant cela, on est décalé des gens. »Quel bourreau peut bien avoir ainsi flagellé l'ex-maire Jean Perrault et ses légionnaires ayant subi une humiliante défaite référendaire au printemps 2007 à Sherbrooke?
À l'entendre prétendre aujourd'hui que le seul jugement des élus est garant des bons choix, il est étonnant que ces propos soient ceux du Bernard Sévigny. C'est pourtant bel et bien le cas.
M. Sévigny avait à ce moment-là accordé tous les mérites aux citoyens qui s'étaient mobilisés pour rejeter la « culture du consensus ». Une victoire du peuple qui avait aussi été la sienne comme membre du trio de dissidents ayant tenu tête à M. Perrault ainsi qu'aux 16 conseillers municipaux qui avaient défendu le plan d'urbanisme.
Du grand bureau attenant au balcon de l'hôtel de ville, qu'il occupe depuis 2009, le maire Sévigny n'a plus la même vue, la même perception de la démocratie. Il est maintenant d'avis que les citoyens devraient se contenter de venir gentiment voter aux quatre ans, puis rentrent docilement à la maison sans jamais songer à réclamer des référendums. La délégation de pouvoirs suffit.
C'est tout juste si M. Sévigny ne qualifie pas d'inutile, le référendum dont il a pourtant été l'un des plus ardents partisans.
« Le référendum de 2007 faisait partie du cadre réglementaire qu'il fallait respecter. À tout prendre, moi, je préfère qu'on enlève le référendum et qu'on garde une structure de consultation. Si les citoyens ont à intervenir et à influencer les élus, ça doit se faire en amont », plaide aujourd'hui le converti à qui le vote de la majorité suffit.
Méritait-il alors, les reproches qu'il disait injustes et sans fondement lorsque de ses collègues du conseil municipal l'ont blâmé pour les déboursés municipaux de 1 million de dollars engendrés par la bataille contre le plan d'urbanisme?
« Vous me parlez d'une situation qui s'est passée il y a dix ans. Aujourd'hui, nous sommes dans un processus de révision des règles et cet outil-là n'est plus pertinent », répond-il.
Voici quelques statistiques permettant d'évaluer les impacts de ce droit de regard jugé abusif et superflu par notre maire qui préside l'Union des municipalités du Québec.
La ville unifiée de Sherbrooke existe depuis 15 ans et 16 référendums ont été demandés au cours de cette période. Une seule de ces consultations a été menée dans toute la ville, six ont lieu à l'échelle d'unités de voisinage.
Bernard Sévigny et ainsi que deux les cofondateurs de son parti, Diane Delisle et Robert Pouliot, ont milité activement pour le seul référendum de ville en 2007.
Par ailleurs, deux dossiers ont nécessité deux référendums, chaque fois à la demande des mêmes promoteurs. L'un d'eux a fait plus de tapage que les autres, car il a nourri la convoitise entre d'influents promoteurs qui voulaient mettre la main sur les terrains qui étaient vacants en face du Carrefour de l'Estrie avant l'arrivée du Maxi et des tours d'habitation voisines.
Outre celui sur le plan d'urbanisme, comme maire, Jean Perrault a fait face cinq référendums de quartier. Tous ont eu lieu dans les deux premières années suivant la fusion. Il y en a eu seul, depuis que M. Sévigny est arrivé à la mairie en 2009, soit celui sur le projet de conversion de l'ancienne Tasserie de la rue King Est ayant été refusé dans l'arrondissement de Fleurimont.
Une plaie, les référendums?
J'ai également questionné M. Sévigny à propos des règlements d'emprunts : vous nous diriez qu'il est urgent d'emprunter 12 à 15 M$ pour construire un garage municipal étant donné qu'une partie de nos installations de la rue des Grandes-Fourches doit être démolie parce qu'elles menacent de s'écrouler à tout moment, faudrait-il s'en remettre seulement à votre bon jugement même si cela vous ferait dépasser le ratio de la dette?
« Il n'y a pas de référendum quand le gouvernement du Québec approuve des dépenses qui engagent le crédit de la province. Les élus municipaux forment un gouvernement et veulent décider comme un gouvernement ».
Rappelons qu'en octobre 2001, en pleine campagne électorale et à seulement quelques semaines du scrutin, les anciens Sherbrookois ont bloqué un règlement d'emprunt de 6 M$ pour la Cité des rivières, dont le tiers était imputable à la défunte ville.
« Qu'est-ce que vos élus ont fait? Ils ont juste contourné le résultat en utilisant les surplus pour engager les mêmes réponses », s'est empressé d'ajouter le maire Sévigny pour justifier sa position.
Erreur d'interprétation, monsieur.
Vous viviez à Rock Forest, moi, j'étais contribuable de Sherbrooke. Je ne m'opposais pas à la Cité des rivières, mais bien à ce qu'on me fasse injustement porter une dette pendant 15 ans, alors que les villes allaient marier leurs actifs dans la fusion deux mois plus tard, mais pas leurs dettes. Ni les bénéfices d'Hydro-Sherbrooke au départ, souvenez-vous.
Jean Perrault courtisait le vote des banlieusards pour la première fois et la Cité des rivières n'était pas sa meilleure carte électorale en dehors de la ville-centre. Mais les citoyens vigilants de l'ancien Sherbrooke avaient refusé qu'on leur en passe une petite vite...
Depuis qu'il s'est joint au Renouveau sherbrookois, en 2013, j'ai souvent vu Serge Paquin voler au secours du maire Sévigny. Pas cette fois et cela, même s'il entendait tout de notre conversation.
C'eut été difficile pour lui de me contredire, car suite à la levée de boucliers des anciens Sherbrookois, M. Paquin est celui qui avait proposé d'utiliser la dote, les surplus qui allaient être mis en commun, pour financer le développement autour du lac des Nations au bénéfice de tous les citoyens de la ville unifiée.
Vous souvenez-vous, M. Paquin, d'avoir aussi pesté contre le contestataire d'une certaine époque qui est devenu votre chef et aussi notre maire? J'ose croire que vous n'êtes pas de mauvaise influence et que ce n'est pas à cause de vous qu'il s'est adapté au confort d'une tour d'ivoire...