Même si d'autres promoteurs se demandent pourquoi la Ville les a écartés du projet Well Inc. sans même sonder leur intérêt, le maire Bernard Sévign maintient que Charles Custeau (Groupe Custeau), Peter Cassar (SherWeb) et Normand Bélanger (Fond immobilier FTQ) ont présenté en consortium la démarche la plus prometteuse.

Le consortium et les autres

Chronique / L'exclusivité accordée à un consortium formé de trois entreprises, afin d'élaborer un projet d'ensemble sur lequel il aura aussi priorité pour le développement du Quartier Well Inc., chatouille d'autres gros joueurs de l'immobilier.
« On nous envoie assez clairement le message que nous ne sommes pas des joueurs assez sérieux pour eux. Nous demeurons des partenaires de premier plan à Trois-Rivières, Shawinigan et Plessisville qui nous veulent, mais pas Sherbrooke », s'étonne le porte-parole régional de la compagnie Olymbec, Robert Drouin.
Ce géant immobilier a déjà été utilisé dans le passé comme baromètre de la relance de la rue Wellington Nord. Chaque acquisition d'Olymbec au centre-ville de Sherbrooke était calculée comme un autre jalon de la réussite.
Les frustrations tiennent pour beaucoup aux difficultés d'arrimer les visions avec la Ville pour recycler l'immense filature de la rue du Pacifique, dont cette compagnie est propriétaire. S'ajoute un irritant : Olymbec se fera chiper un locataire puisqu'il est déjà prévu que les bureaux de Commerce Sherbrooke se retrouveront dans le guichet unique qui doit naître dans le berceau de Well Inc.
Selon les conditions fixées par la Ville, le Fonds immobilier de la FTQ, le groupe Custeau et la compagnie d'informatique SherWeb devront lui soumettre des plans plus élaborés d'ici les Fêtes.
Le président de la société Immex, Jean-François Morin, s'interroge aussi sur cette démarche ciblée.
« Ce n'est pas nous qui fixons les critères pour le choix des développeurs. Je respecte en cela la décision du conseil. Par contre, il semble reconnu dans notre domaine que la concurrence rend plus créatif. Je pense que notre historique, en se référant plus particulièrement aux projets des dernières années, aurait pu être un incitatif municipal à vérifier notre intérêt. Je m'attendais d'ailleurs à ce que ça se passe ainsi », réagit M. Morin.
La Cité du Parc à l'intersection King-Jacques-Cartier, la métamorphose de l'ancien complexe Le Baron de même que l'édifice en construction qui doit accueillir une superclinique en bordure de l'autoroute 410 sont tous des projets signés Immex. C'est également cette compagnie qui s'apprête à accueillir le nouveau magasin et les pompes à essence de Costco sur le plateau Saint-Joseph.
Au nombre de fois où les dirigeants d'Immex ont eu à rencontrer des élus ou des officiers municipaux pour mener de front tous ces projets, il est effectivement étonnant qu'aucune perche ne leur ait été tendue pour Well Inc.
La Ville ne bafoue aucunement le principe d'équité et la décision de lundi n'exprime pas non plus de préférence, insiste le maire Bernard Sévigny.
« Le président du Fonds immobilier de la FTQ, Normand Bélanger, m'avait déjà fait part de son intérêt à investir à Sherbrooke. Au-delà de cette précision, ce sont les acteurs qui se sont concertés pour former un consortium qui sont venus vers nous, pas l'inverse. »
Rappelons que c'est un réseau de connaissances qui a fait en sorte que les créateurs de Moment Factory sont débarqués à Coaticook pour y concevoir Foresta Lumina. Avec l'éclatant succès que l'on connaît. Le mariage d'intérêt pour Well Inc. serait du même lit.
Avant de se voir confier le portefeuille immobilier du Fonds de solidarité, Normand Bélanger travaillait pour cette même organisation, mais au sein de l'équipe de financement des entreprises.
« J'ai fait la connaissance de Denis Custeau, il y a plusieurs années, pour un projet concernant la compagnie Asics. Nous avons gardé le contact », situe dans le temps M. Bélanger.
Asics est la marque de commerce des chaussures, vêtements et autres articles sportifs dont l'Agence Québec Plus détient des droits de distribution exclusifs. C'est la compagnie sur laquelle Denis Custeau a misé après avoir quitté le Cégep de Sherbrooke.
Sans avoir mis le nez dans leurs chiffres, juste par le nombre de projets qui ont été présentés publiquement et qui ont été réalisés, il apparaît assez évident que les activités d'Asics ont le poids d'une paire d'espadrilles de course dans l'expansion que le Groupe Custeau connaît depuis 10 ou 15 ans.
Autant le père Denis que le fils Charles baignent quotidiennement dans les transactions de terrains et d'édifices ainsi que dans la production de plans. Le Fonds immobilier de la FTQ et le Groupe Custeau sont d'ailleurs partenaires depuis 2015 dans Quartier Espace 30 à Beauharnois, un projet commercial bordant lui aussi l'autoroute 30, mais évidement plus modeste que l'achalandé Dix30.
C'est par l'intermédiaire de la famille Custeau que les frères Peter et Matthews Cassar de SherWeb seraient venus se greffer à la démarche sur laquelle l'administration Sévigny vient de miser sa chemise avec la conviction de ne pas avoir versé dans le favoritisme.
« Le Fonds de solidarité ne fait que ça, de l'intégration de partenaires publics et privés, pour lever des projets. Il a été question de 50 millions, mais c'est peut-être plus d'investissements de 100 millions dont on parle... » avance soudainement Bernard Sévigny.
Vous venez de sursauter vous ici?
Je vais aller contre-vérifier, mais c'est sûrement en dollars canadiens...