Après sa colère de la fin de semaine, provoquée par l’information budgétaire publiée dans La Tribune, le maire Steve Lussier était revenu à de meilleurs sentiments à l’égard des journalistes.

Le budget de la candeur

CHRONIQUE / Le deuxième budget du maire Steve Lussier se résume en une phrase : un effort supplémentaire de 8 M$ était nécessaire et le nouveau rôle d’évaluation se chargera de la tâche ingrate de répartir les charges additionnelles entre les Sherbrookois.

L’effet combiné de l’évolution du marché immobilier et des choix budgétaires pour l’an prochain donne le portrait général suivant : 33 % des propriétaires recevront le mois prochain une facture de taxes majorée de 0 à 5 %; des hausses de 5 % ou plus toucheront 29 % des contribuables, principalement dans les catégories des immeubles locatifs de plus de six unités; finalement, 38 % des Sherbrooke paieront moins cher de taxes que l’an dernier parce que l’accroissement de la valeur de leur propriété a été inférieur à la moyenne.

Du potentiel de revenus supplémentaires de plusieurs millions du rôle triennal qui s’appliquera en 2019, 2020 et 2021, le maire Lussier avoue n’avoir laissé que 185 000 $ sur la table.

« Il est vrai que c’est un petit montant, mais c’est un peu d’argent dans les poches de citoyens pour qui chaque dollar compte », a-t-il justifié.

M. Lussier était redevenu plus zen après sa montée de lait de la fin de semaine, provoquée par la publication d’information budgétaire dans La Tribune

 « Je sais que vous, journalistes, voulez tout savoir. Mais les élus travaillent assez fort à préparer le budget que vous devriez leur laisser le privilège de le dévoiler eux-mêmes », a-t-il calmement réitéré comme souhait.

Qu’un jeune politicien perce des dents, ça arrive. Une fois la candeur transformée en expérience, M. Lussier cessera de confondre les rôles. Les journalistes travaillent tous plus fort dans les salles de nouvelles rapetissées, pour éviter justement d’être réduits à n’être que des perroquets nourris à la petite graine! 

Il n’y a pas une porte ou une fenêtre assez étanche à l’hôtel de ville, à l’Assemblée nationale ou aux Communes pour enfermer des secrets. D’ailleurs, même les budgets provinciaux ou fédéraux sont presque toujours éventrés et cela, bien que l’information soit encore plus restreinte, détenue par seulement quelques membres d’un même gouvernement. Nombre de fuites médiatiques sont savamment orchestrées par ceux qui dirigent et M. Lussier finira, lui aussi, par en apprendre les recettes.

Revenons au budget qui, avec des hausses de dépenses deux fois supérieures à l’inflation, n’est pas nécessairement un modèle d’austérité. Les négociations s’amorçant le personnel d’Hydro-Sherbrooke seront un premier test pour vérifier si la nouvelle administration compte recourir aux outils légaux dans l’espoir de ralentir la croissance des salaires grugeant 6 M$ de plus cette année. 

La Ville doit également allouer en 2019 une autre tranche de 10,7 M$ au remboursement des emprunts contractés pour les caisses de retraite. Il n’y a cependant pas d’autres déboursés coûteux pour l’employeur.

Sans prendre l’engagement de créer un Fonds des générations permanent, comme celui que le gouvernement Charest a mis en place à Québec, les élus sherbrookois choisissent d’autre part d’affecter au remboursement de la dette la totalité des revenus de 800 000 $ qui doivent provenir de la nouvelle industrie énergivore qu’est la cryptomonnaie.

« Nous contrôlerons les coûts de financement de la Ville et nous éviterons de créer des besoins récurrents dans l’appareil municipal avec des revenus dont nous ne pouvons prévoir la durée dans le temps », a expliqué la trésorière Nathalie Lapierre.

Sage décision.

Bernard Sévigny était prêt à construire des stationnements souterrains comme point d’ancrage de son projet de revitalisation Well inc. sans annoncer de hausse des tarifs aux usagers. Steve Lussier juge, lui, qu’une augmentation de 0,25 cent/l’heure se justifie dans les stationnements municipaux après 10 années de gel, même s’il n’a toujours pas l’assurance de recevoir une seule proposition à l’ouverture des soumissions, dans quelques semaines, pour son projet de revitalisation rebaptisé Well Sud. Ou, peut-être est-ce une indication que d’éventuels investisseurs privés exigeront davantage de la Ville pour en devenir les partenaires.

Alors que la mairesse de Magog, Vicky-May Hamm, a admis que le gel de taxes consenti l’an dernier à ses citoyens était une erreur l’ayant rattrapée cette année, le maire Lussier rejette toujours cet énoncé.

« Nous aurons eu droit en 2017 de la part de M. Lussier à un budget achetez maintenant, payez plus tard », lui reproche la chef de Sherbrooke Citoyen, Évelyne Beaudin.

Curieuse décision de la part de Mme Beaudin que celle d’avoir commenté le budget avant la remise des documents budgétaires sous embargo aux journalistes par la Ville, en après-midi. Surtout sans avoir la prudence de cacher des tableaux qu’un zoom de caméra aurait aisément pu prendre en images. Rien pour se laver de tout soupçon d’être le panier percé. 

Il y avait un brin d’amateurisme et de candeur, là aussi.

SHERBROOKE 2019

Impacts du nouveau rôle d’évaluation foncière et des choix budgétaires :


% de variation du compte de taxes

% des contribuables toute catégorie confondue

Gel  ou baisse de taxes

38%

0-5%

33%

+ de 5%

29%

Total

100%


SOURCE : LA TRIBUNE, à partir de chiffres du Service des finances