De larges puits de lumière laissent entrer la clarté du jour dans le corridor multifonctionnel souterrain raccordant les boulevards et même si le centre du carrefour giratoire est à ciel ouvert, on entend à peine le bruit des véhicules.

Le boulevard à plusieurs voix (!)

Nos yeux suggèrent à notre cerveau de lever le pied plutôt que d’accélérer à la sortie du carrefour giratoire donnant accès au premier tronçon du boulevard René-Lévesque. S’agit-il vraiment d’un boulevard ou plutôt une ruelle?

La Ville de Sherbrooke a entrepris un virage dans la conception de ses grands axes routiers avec le prolongement du boulevard de Portland et cette fois, la rupture avec le passé est encore plus marquée. Les emprises réservées aux piétons et aux cyclistes sont pratiquement aussi larges que celles destinées aux véhicules routiers.

On n’a plus les boulevards qu’on avait, et c’est tant mieux!

La prochaine fois que vous circulerez sur le boulevard de l’Université, portez attention à la largeur excessive des voies, de l’accotement et de tout l’espace sous-utilisé. Un manque de créativité que le corridor pour piétons et cyclistes sur seulement quelques centaines de mètres, entre l’école du Triolet et l’autoroute 410, rend particulièrement flagrant.

« Les priorités ont été inversées. La sécurité des piétons passe maintenant en premier tandis que les besoins des véhicules routiers sont considérés en dernier. On peut rendre les milieux de vie sécuritaires et plus conviviaux sans compromettre la fluidité de notre réseau routier », juge le directeur de la planification urbaine et du développement durable, Yves Tremblay.

« Dès que j’ai entendu des inquiétudes quant à la largeur des voies, je suis venu faire l’essai du nouveau boulevard. Les tests effectués avec nos véhicules d’urgence de même qu’avec les autobus de Société de transport ont aussi été probants. Ce n’est pas un semblant de boulevard, c’est une infrastructure moderne et efficace », assure le maire Steve Lussier, en remerciant tous ceux ayant contribué à la concrétisation d’un dossier qui était sur les rails depuis 30 ans.

Les premiers plans avaient été élaborés à la demande des dirigeants de l’ancienne ville de Rock Forest. À cette époque, Sherbrooke et Saint-Élie-d’Orford avaient aussi intérêt à ce qu’un nouveau boulevard sorte leurs citoyens des culs-de-sac s’étant multipliés aux anciennes territoriales qui, aujourd’hui, n’existent plus.

Les discussions ayant été complexes entre l’unique interlocuteur municipal qu’est la ville unifiée et les développeurs immobiliers pour le partage des coûts, imaginez ce qu’auraient été les interminables discussions pour trouver une formule équitable et acceptée de trois anciennes villes qui étaient soucieuses de recettes fiscales autonomes et qui subissaient chacune les pressions de promoteurs. Pas mal certain que sans fusion, le jour de l’inauguration aurait été repoussé dans le temps!  

Il y a moins de voies pour les véhicules routiers sur le boulevard René-Lévesque, mais plus de voix ont mené à ce résultat qui, de l’avis des dirigeants municipaux, est conforme aux attentes exprimées lors des multiples séances de consultation remontant elles-mêmes à une dizaine d’années.

« Au départ, j’ai trouvé ça assez particulier comme boulevard. En patins à roues alignées, j’en apprécie grandement l’efficacité pour faire de l’exercice. J’aurai aussi à l’utiliser comme automobiliste et si jamais je trouve que mes déplacements sont trop lents, j’envisagerai sérieusement de prendre mon vélo pour me rendre au travail », réagit un résidant du quartier, Réjean Dion.

Lise Degré profite également de la nouvelle promenade presque tous les jours, passant ainsi d’un secteur résidentiel à la zone industrielle sans être exposée au danger de la circulation.

« C’est vraiment plaisant. J’ai des amis de Québec qui ont été impressionnés par nos nouvelles infrastructures », rapporte-t-elle.

« Je trouve aussi que c’est une planification intelligente », renchérit son amie Nicole, de Magog, marchant à ses côtés.

Le corridor multifonctionnel souterrain raccordant les boulevards n’a rien d’un tunnel fermé duquel on est pressés de sortir pour des soucis de sécurité. De larges puits de lumière laissent entrer la clarté du jour et même si le centre du carrefour giratoire est à ciel ouvert, on entend à peine la circulation pourtant dense au-dessus de nos têtes. La Ville a mis en terre arbres et végétaux qui filtreront eux aussi les sons ambiants afin d’accentuer ce sentiment d’isolement. Des bancs suggéreront d’y faire une pause.

L’amélioration ne tient pas qu’aux boulevards. Les bâtiments des entreprises manufacturières nouvellement implantées dans le secteur sont plus proches de la voie publique et de l’environnement urbain partagé. Avec l’aménagement paysager qui habillera la façade de l’immeuble de la compagnie Motrec, cette dernière aura une signature parfaitement d’époque pour ses véhicules électriques industriels.

Y’a pas que le beau temps qui fasse du bien au moral. Une urbanisation plus réfléchie et plus soignée, aussi.