Les municipalités copropriétaires de Valoris, dont Sherbrooke, acceptent finalement de verser une partie des sommes dues à la compagnie OEM afin de repartir en mode solution avec elle.

La voie tout indiquée

PERSPECTIVES / Sans enterrer tous leurs différends juridiques, les parties qui avaient commencé à se reprocher les torts pour l’échec retentissant du complexe de récupération Valoris redeviennent partenaires avec l’objectif commun d’en assurer une relance.

La Ville de Sherbrooke et ses partenaires municipaux du Haut-Saint-François ont accepté de verser les 2,3 M$ qui étaient retenus sur l’entente contractuelle de 15,3 M$ signée avec la compagnie sherbrookoise OEM pour l’installation d’équipements de tri mécanisé. Les paiements avaient cessé en raison des problèmes d’efficacité rencontrés.

Le procès-verbal de la réunion du conseil d’administration de Valoris du 4 octobre réfère à une « entente avec OEM ». Le président Robert Roy en nuance cependant la portée.

« Ce n’est pas une entente globale. Nous acceptons d’effectuer le premier paiement. Pour le reste, la médiation se poursuit. L’idée derrière cela est de travailler ensemble au développement de Valoris », précise M. Roy.

L’autre tranche de 5,8 M$ réclamée pour couvrir des frais d’amélioration hors contrat attendra. Tout comme la somme astronomique de 42,3 M$ que Valoris exige du fabricant pour compenser les pertes commerciales du complexe ayant connu des ratées depuis son ouverture au printemps 2016.

À l’issue d’une audience ayant eu lieu au mois de mai, la juge Line Samoisette ne s’est pas prononcée sur le fond du litige. Elle a eu amplement de travail à déterminer face à qui et pourquoi, le secret professionnel des ingénieurs pourra-t-il être invoqué lors d’interrogatoires qui viseraient à démontrer que c’est la conception qui a été défaillante et non les équipements fournis par OEM.

Bien que les écarts d’appréciation représentent des enjeux financiers de plusieurs millions de dollars pour les uns comme pour les autres, la voie choisie est celle qui était tout indiquée.

Car, comme l’ont mentionné le préfet Roy et le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, en entrevue avec La Tribune, les affrontements devant les tribunaux sont coûteux et sans garantie de résultats.

« Vous allez nous entendre taper sur le clou : Valoris est un complexe destiné à la valorisation maximale. Il fallait donc réunir les conditions pour recentrer nos efforts sur le rendement et la performance, ce qui n’était pas possible tant que nous étions en litige. De nouvelles technologies existent et c’est là-dessus que nous allons travailler », veut ramener à l’avant-plan M. Roy.

Les années à attendre la fin des procédures judiciaires, avec un éléphant blanc d’une trentaine de millions n’ayant pas la moindre crédibilité actuellement pour se positionner dans le marché de la récupération, annonçaient une mort quasi assurée.

« Il y a eu une crise cette année et il fallait prendre des moyens pour l’atténuer. D’avoir repris les discussions avec OEM était la meilleure chose que nous pouvions faire », cautionne le maire Lussier.

Les longs délais d’un arbitrage juridique auraient par ailleurs obligé la compagnie sherbrookoise à continuer de supporter les millions investis. Ce premier pas lui permet d’en récupérer un peu plus du quart.

Le président d’OEM, Alain Brasseur, n’a pas voulu commenter.

« Je vous reviendrai dans les prochaines semaines. Actuellement, nous venons de signer des ententes majeures à l’international qui nécessitent encore de longues heures de négociation », a-t-il répondu dans un bref courriel.

Un litige de cette nature et de cette envergure dans sa propre communauté ne facilite sûrement pas le démarchage de contrats alors qu’une relance dynamique de Valoris deviendrait, au contraire, une vitrine de marketing pour l’entreprise sherbrookoise.

« La mer est encore houleuse », pour reprendre l’image du président de Valoris. Mais il était d’autant plus important de se remettre à ramer tous dans le même sens que Récup Estrie connaît une année difficile, enregistrant actuellement des pertes mensuelles. Celles-ci grugeront les surplus accumulés que convoitait le maire Steve Lussier pour absorber les déboursés supplémentaires de 1 M$ de la Ville pour financer Valoris.

Le sauvetage n’est pas assuré, mais ne rien faire était la pire chose à faire.