Les premiers bâtiments du Village Grace, qui seront bientôt prêts à être occupés, sont d'une qualité exceptionnelle. Ce projet de 14 M$ sera entièrement financé par la philanthropie.

La valeur politique de la philanthropie

CHRONIQUE / Ils l'ont-tu l'affaire, les Amaricains! Non, pardon, les anglophones des Cantons-de-l'Est.
Les poseurs de gazon sont à l'oeuvre, le béton des trottoirs durcit, ne restera plus tantôt qu'à passer un coup de balai et à laver les fenêtres avant d'être prêts à accueillir les premiers pensionnaires du nouveau Village Grace. Le transfert des patients de vieux immeubles vers les unités neuves doit commencer dès le mois prochain.
Quel bel endroit ce sera pour le crépuscule d'une vie!
Passez en curieux dans la cellule résidentielle en travaux près du barrage d'Huntingville, vous verrez que la qualité des premiers bâtiments construits est exceptionnelle. Au total, le complexe en comptera 16.
Ne cherchez pas quel haut fonctionnaire de la Santé a imaginé un milieu de vie intégré de cette qualité pour traverser les différentes étapes de la perte d'autonomie, les artisans du projet sont au sous-sol d'un édifice voué à la démolition, dans de modestes bureaux adjacents à la salle de chauffage.
Cette réussite va évidemment être célébrée en grande pompe d'ici la fin de l'été, peut-être sans la présence de ministres, car ce projet de 14 M$ a été lancé sans financement de l'État. Les fonds proviennent exclusivement de dons.
Les travaux ont été entrepris l'an dernier avec une caisse philanthropique de 5 M$. Celle-ci atteint maintenant 9,6 M$ et les chèques continuent à entrer, principalement signés par des anglophones.
« J'aimerais bien vous faire visiter immédiatement, mais nous sommes passablement affairés. Nous ne sommes qu'une toute petite équipe pour préparer le déménagement de nos aînés » s'est timidement excusée la coordonnatrice Andréa Eastman.
Je comprends, je passais seulement vous dire à quel point c'est réussi, madame.
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Cette courte visite était également prétexte pour mettre l'accent sur la générosité qui nous pâmera tous le jour de l'inauguration du Village Grace. En retrait de la zone urbaine de Sherbrooke, l'endroit bordant une forêt est bucolique.
Pourquoi ne pas proposer à nos aînés un pique-nique au sommet du mont Hereford quand ils voudront voir un peu plus loin? Par le chemin Centennial, on peut s'y rendre en véhicule.
Le nom de ce chemin qui atteint le point culminant à une altitude de 875 mètres réfère au cadeau que l'illustre Neil Tillotson s'est offert, en 1998, pour son 100e anniversaire.
« Les sommets n'appartiennent pas qu'à ceux qui ont la capacité de les atteindre en marchant » m'avait lancé à cette époque M. Tillotson, qui avait dès lors communiqué son intention de léguer à la communauté ses vastes terres d'une superficie 5400 hectares. Cette volonté testamentaire a été exécutée une dizaine d'années après son décès, à l'automne 2001.
Les personnes âgées ne peuvent espérer un pique-nique au sommet du mont Orford. La circulation automobile est restreinte à l'intérieur d'un parc national, c'est normal. Les techniciens d'Hydro-Québec et ceux des autres compagnies propriétaires d'une antenne au sommet du mont Orford sont les seuls à pouvoir s'y rendre en véhicule. Le sanctuaire du Mont-St-Joseph, dans le parc du Mont-Mégantic, est une exception dans le réseau provincial des parcs. Une fois les droits journaliers payés, vous pouvez entreprendre l'ascension en auto.
Sauf que cette spécificité du mont Hereford n'est pas la seule. Outre la valeur fiscale de 8,6 M$ reconnue au propriétaire pour le don de la montagne, la Fondation Neil et Louise Tillotson a versé 3,1 M$ depuis 10 ans pour appuyer différents projets dans la MRC de Coaticook, dont la mise en chantier de 20 logements adaptés qui vient d'être annoncée.
S'ajoutent à ces millions, les 726 662 $ injectés depuis 2012 à partir du Fonds local de 3 M$ que l'homme ayant prospéré dans l'industrie du caoutchouc a confié aux anciens salariés de son usine de gants de Coaticook.
C'est dire que ce philanthrope a quasiment financé un Village Grace à lui seul!
« Sois humble, sois créatif et sois bon » avait pour credo Neil Tillotson. Cet engagement communautaire est aussi celui des généreux donateurs qui sont en voie de rendre possible la concrétisation à Sherbrooke d'un village pour aînés dont tout le Québec parlera bientôt.
Le premier mérite-t-il la même reconnaissance que les autres? Me semble que oui.
En vous mettant à jour sur le projet de ligne électrique dans la montagne, en lisant le texte qui suit, vous verrez que la boussole d'Hydro-Québec ne pointe pas tellement en direction du respect des valeurs.
Les demi-vérités qui choquent
Forêt Hereford inc. lève le ton pour la première fois depuis que des pourparlers sont engagés avec Hydro-Québec en vue du passage d'une ligne d'exportation sur ses terrains, déplorant un manque d'objectivité dans l'information communiquée en marge du projet d'interconnexion avec le New Hampshire.
Dans une lettre envoyée au ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, le conseil d'administration de l'organisme de bienfaisance juge que « les impacts visuels de l'option souterraine sont surestimés alors qu'au contraire, ceux de la ligne aérienne sont sous-estimés » dans l'analyse que le promoteur a publiée le mois dernier.
Les mêmes contradictions sont relevées quant aux impacts sur les milieux hydriques et aquatiques. Selon les gardiens de la montagne, une ligne souterraine sous ses chemins forestiers, dont certains existent depuis plus de 100 ans, n'affecterait pas davantage le milieu que les bandes riveraines qui seraient mises à nu au croisement des 23 ruisseaux que traverserait une ligne aérienne.
« Nous ne prétendons pas qu'Hydro-Québec dit des faussetés, mais ses porte-paroles véhiculent dans les médias des demi-vérités qui choquent », affirme en entrevue la porte-parole de Forêt Hereford, Sylvie Harvey.
La missive adressée au ministre Heurtel laisse la direction d'Hydro-Québec perplexe.
« La remarque à propos des bandes riveraines nous étonne, car il est déjà convenu entre nous que nous reboiserons. En fait, la surprise est assez générale, car la teneur de cette lettre de même que les propos que vous me rapportez ne reflètent pas la teneur des discussions que nous avons eues à la table de concertation », réagit Lynn St-Laurent d'Hydro-Québec.
L'agacement de Forêt Hereford découle également d'interrogations qu'Hydro-Québec aurait soulevées publiquement quant à la valeur d'une forêt protégée, dans laquelle des coupes forestières sont effectuées et où circulent des véhicules récréatifs.
« Nous les avions prévenus au cours de nos rencontres privées que s'ils s'aventuraient sur ce terrain, pour essayer de discréditer la valeur de notre servitude de conservation, nous ne laisserions pas passer ça », affirme de son côté Mme Harvey.
La société d'État fait valoir qu'elle a répondu à certaines demandes avec ouverture et que sa bonne foi ne peut d'aucune façon être mise en doute.
« Il n'y a pas d'entêtement de notre part. Nous sommes à l'étape où nous avons la conviction que la meilleure proposition est celle qui est sur la table », réitère Mme St-Laurent.
Ultimement, le ministre Heurtel tranchera.