Jean-François Pion a gravi 45 fois le mont Gleason pour se préparer à l’ascension de la montagne volcanique de l’Acotango, en Bolivie, un sommet de 6056 mètres qu’il a atteint en octobre dernier en dépit de la spondylarthrite ankylosante dont il souffre depuis 2001.

La somme des petites victoires

CHRONIQUE / Lundi matin, sept heures. Jean-François Pion lace ses espadrilles, sort ses bâtons de marche et entreprend l’ascension du mont Gleason avant sa journée de travail dans l’une des usines de la papetière Cascades à Kingsey Falls.

Une montée de 150 mètres (comparable au mont Bellevue) n’est en rien comparable aux 12 250 mètres que le super doc Sébastien Roulier s’est tapés en gravissant le mont Orford 26 fois en 24 heures. Mais c’est assez pour donner du ressort dans le mollet, activer la circulation sanguine et préparer le corps à l’effort soutenu pour atteindre une altitude de 6056 mètres au sommet de la montagne volcanique de l’Acotango en Bolivie

« J’ai toujours aimé le sport sans être de ceux qui en mangent et qui ont l’esprit de compétition. Mon profil a toujours été celui du sportif récréatif », décrit l’homme de 48 ans.

L’ardeur pour l’activité physique de M. Pion a cependant considérablement fléchi au tournant de la trentaine lorsque la douleur et les raideurs ont commencé à brimer son plaisir.

« J’ai reçu mon premier diagnostic d’arthrose à un genou en 2001. À ce moment-là, j’ai refusé d’admettre la gravité de la chose. En endurant la douleur, je parvenais à rester fonctionnel. Sauf que l’entraînement improvisé, mal encadré, a fini par avoir des effets pervers. Je me suis infligé une blessure sévère au dos qui m’a poussé à l’inactivité durant plusieurs années. »

Des évaluations en rhumatologie ont identifié la spondylarthrite ankylosante comme étant la cause de cette vulnérabilité.

« Quand on t’explique que les vertèbres peuvent se souder et rendre ta colonne aussi rigide qu’une barre de fer, tu comprends que bouger n’est plus qu’une option, ça devient une obligation. Une arme pour combattre la progression de la maladie. »

Le défi Acotango 2017 proposé l’an dernier par la Fondation du CHUS a été le défi personnel de Jean-François Pion.

« Au départ, ma confiance n’était pas très élevée. Je savais que j’avais beaucoup de rattrapage à faire en raison de ma piètre condition physique. Mes douleurs chroniques réduisent de beaucoup la qualité de mon sommeil en couchant sur un très bon matelas. Là, j’allais dormir au sol pendant deux semaines. Je savais que j’allais souffrir. »

Correction de posture, alimentation appropriée, assiduité à l’entraînement, toutes les initiatives ont payé.

Les 45 fois que M. Pion a grimpé le mont Gleason durant sa période d’entraînement ont totalisé 6750 m de montée.

« Certains membres de l’expédition ont négligé leur préparation parce qu’ils étaient en bonne santé et ils ont souffert plus que moi en Bolivie. Une fois au sommet, j’ai éclaté en sanglots. Il n’y avait plus un son qui sortait tellement j’étais ému lorsque j’ai réussi à rejoindre mon épouse avec mon cellulaire. C’était la somme de plusieurs petites victoires, le résultat d’énormément de discipline et de sacrifices », revit-il avec émotion.

L’endurance était devenue un remède à sa maladie avec un entraînement qui a eu priorité sur des travaux amorcés à la maison.

« Je suis chanceux d’avoir reçu le soutien de ma famille, de mon employeur, de collègues de travail et d’amis. L’une de mes plus grandes joies est que mon fils Noah, qui n’avait alors que dix ans, soit devenu mon plus fidèle partenaire d’entraînement. Il prend plaisir encore aujourd’hui à m’accompagner », se réjouit le superviseur de production qui est aussi papa d’une fille.

Jean-François Pion agira comme ambassadeur de la Marche de l’arthrite qui aura lieu samedi à Sherbrooke.

« J’ai appris qu’il y a moyen de vivre avec cette maladie en continuant à faire des choses qu’on aime. La randonnée en montagne est devenue mon activité de prédilection. C’est le cadeau que je vais continuer à m’offrir pour ma satisfaction personnelle et pour démontrer aux gens autour de moi que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour retarder le jour des complications. »

DAPHNÉE, ANDRÉ ET TOUS LES AUTRES
Des douleurs, Daphnée Dorval en endure aussi chaque jour. Les siennes sont intestinales et non musculaires. La jeune femme battra la marche dimanche, elle, autour du lac des Nations, en quête d’appuis pour l’avancement de la recherche sur la maladie de Crohn qui se révèle assez souvent un bas âge. Cette cause mérite aussi notre appui.

Un dernier bravo à André L’Espérance, l’homme d’affaires que le Parkinson vient d’envoyer sur la touche. M. L’Espérance a souventes fois marché sur la fatigue et la raideur musculaire provoquées par cette maladie neurologique en s’attaquant au mont Orford deux fois par semaine. Bien des gens se croyant en forme auraient peiné à le suivre.