Alors que des milliards de dollars sont investis dans la surveillance informatique de masse pratiquée avec des règles élastiques, les autorités américaines se retrouvent à devoir admettre un manque d'encadrement minimal auprès d'un ex-militaire en proie à la maladie mentale qu'un séjour en milieu hospitalier n'a pas éloigné des armes. Esteban Santiago est tenu responsable de l'attaque commise à l'aéroport de Fort Lauderdale.

La sécurité et ses mensonges

CHRONIQUE / Je suis parmi les retardataires qui viennent tout juste de voir le film Snowden, que je vous recommande. On en parle moins que lors de sa sortie en salle, en septembre, mais il est encore d'actualité dans le contexte où Barack Obama vit ses derniers jours à la présidence des États-Unis de même qu'avec la fusillade à l'aéroport de Fort Lauderdale.
Time is running out, insiste-t-on avec un compte à rebours sur le site internet réclamant que le président Obama accorde son pardon à Edward Snowden afin que l'informaticien en exil puisse rentrer en sol américain avec la reconnaissance d'un protecteur des droits civiques après avoir dénoncé la surveillance de masse à laquelle s'est livrée la National Security Agency (NSA).
Autrement, l'expert en informatique ayant réussi à sortir 1,5 million de documents d'un centre de renseignement ultra sécurisé au moyen d'une clef USB cachée dans un cube Rubik risque une lourde peine de prison pour avoir compromis la sécurité nationale en posant un geste associé à de la trahison.
Le président Obama a admis des abus de la NSA quant à la collecte d'informations et a resserré certaines lois depuis les troublantes révélations de 2013 ayant inquiété autant les leaders de pays de l'Union européenne que les citoyens américains. Mais il maintient que le sonneur d'alerte n'a pas utilisé les bons moyens pour dénoncer les dérives de programmes de surveillance pour lesquels il est malheureux que son génie ait été mis à profit.
« De nos jours, ce n'est plus la liberté qui préoccupe nos concitoyens américains. C'est la sécurité qui prime pour eux », établit comme priorité un supérieur de Snowden dans le film pamphlétaire du cinéaste Oliver Stone, qui vante les soucis du surdoué qui aurait pu se complaire dans le silence.
Parmi les citoyens que nous sommes, mal protégés et vulnérables à l'appétit insatiable de Big Brother, une majorité glorifie probablement à la fin du film la bravoure de celui que l'on a vu tiraillé et qui a énormément risqué pour dénoncer les empiétements sur la vie privée. Mais, semble-t-il, il nous manquerait des bouts importants de l'histoire.
Après trois années d'enquêtes sur le cas, l'auteur d'un livre sur le point de paraître, Edward Jay Epsein, a rapporté ces derniers jours dans le magazine +une série d'arguments expliquant pourquoi Barack Obama ne peut accorder aujourd'hui la clémence qu'il a refusée à ce jour à Snowden. Le président sortant irait alors à l'encontre des conclusions de différents rapports ayant relevé des écarts de conduite, des mensonges et diverses infractions majeures commises sciemment en violant les règles de sécurité nationale.
En soustrayant Snowden aux griffes de la justice américaine, Barack Obama justifierait, d'autre part, les égards que Vladimir Poutine lui a accordés en l'aidant à organiser sa fuite vers la Russie. Or les preuves accumulées par le FBI associant le régime Poutine aux malversations contre les démocrates durant la dernière campagne présidentielle rendent sûrement M. Obama encore très réfractaire à cautionner les intrusions de Poutine dans la politique américaine avec le même aveuglement que Donald Trump.
Au lieu de risquer une polémique, Barack Obama préférera se retirer sans faire de vagues de manière à ce que les Américains retiennent qu'il a été commandant en chef patriotique et avisé, celui qui a fini par trouver et éliminer ben Laden. Un président ayant été capable d'assurer la protection des États-Unis et d'intervenir lorsque les libertés individuelles des Américains ont été menacées par ses équipes de surveillance.
Le président quittera cependant son poste avec de bien minces avancées sur le contrôle des armes à feu. Les trois fusillades les plus meurtrières des États-Unis seront survenues sous son règne, dont celle ayant coûté la vie à des enfants d'une école primaire au Connecticut.
La terreur semée ces derniers jours à l'aéroport de Fort Lauderdale fait par ailleurs ressortir des défaillances gênantes, les autorités américaines se retrouvant à devoir admettre un manque d'encadrement minimal auprès d'un ex-militaire en proie à la maladie mentale, qui aurait été pris en charge en milieu hospitalier durant quelques jours, puis relâché sans que l'on se soucie de son aptitude à manipuler des armes.
Le justicier Snowden nous a montré à quel point la peur des étrangers sert à justifier les milliards engloutis dans une surveillance de masse exercée avec une conscience et des règles élastiques. Cette démesure devient à nos yeux encore plus grossière lorsque n'importe quel troublé peut se livrer à un carnage après avoir repris son pistolet en toute légalité et sans la moindre préoccupation dans un carrousel à bagages.