Quatre ministres du gouvernement Trudeau, Judy Foote, Kristy Duncan, Jane Philpot et Catherine McKenna ont participé à l'annonce du bannissement de l'amiante à compter de 2018 au Canada. Le choix d'un hôpital pour communiquer cette décision révèle également que l'ouverture réelle à la valorisation des résidus miniers ne sera peut-être pas celle que la région espère.

La promesse

CHRONIQUE / Les ministres Catherine McKenna et Kristy Duncan ont tour à tour fourni l'assurance devant les journalistes à Ottawa que le bannissement de l'amiante au Canada à compter de 2018 n'empêcherait pas l'utilisation des résidus des anciennes mines pour produire du magnésium.
La veille, la ministre Duncan avait formé un tandem avec sa collègue responsable de l'Estrie, Marie-Claude Bibeau, lors d'une conférence téléphonique au cours de laquelle les mêmes garanties ont été fournies aux représentants municipaux, provinciaux et fédéraux d'Asbestos et de Thetford Mines.
Cette promesse reposerait sur du roc si l'investissement dans Magnola n'avait pas coulé. Après plus de dix ans, ce complexe industriel de 1,2 milliard de dollars aurait déjà grugé une partie des 80 millions de tonnes de résidus miniers entassés à Asbestos et des centaines de milliers de tonnes de lingots de magnésium (l'objectif était de 58 000 t/an) auraient déjà été expédiées partout dans le monde. À ce rythme, la région aurait couvert de plumes et de goudron le premier scientifique qui aurait opposé à cette prospérité un risque pour la santé à brasser la serpentine des montagnes de résidus donnant des allures de tombeau au trou des mines.
Malheureusement, l'usine Magnola a fermé en 2003, puis a été démantelée quelques années plus tard, enterrant du coup la mise de fonds publics de 253 M$ des Québécois. Non seulement ce rempart économique et politique n'existe pas, mais le fantôme pourrait une fois nous hanter.
Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a bien sûr évalué le projet d'envergure qu'était celui de Magnola. Ses principales réserves touchaient les rejets atmosphériques. Dans son rapport publié en 1998, le BAPE exprimait sa crainte de voir naître « un panache d'organochlorés sans équivalent au Québec et au Canada ».
« Des poussières et des fibres d'amiante pourraient être émises au cours du chargement et du déchargement des camions ainsi qu'au cours du tamisage et de la manutention des résidus » peut-on également y lire.
Les compagnies Mag One et Alliance-Magnésium misent aujourd'hui sur des technologies ayant évolué pour transformer plus efficacement et à meilleurs coûts les résidus miniers en magnésium, mais devront-elles confier à des astronautes ou à des robots la récupération de la matière première?
Au chapitre portant sur les impacts humains, les commissaires du BAPE n'avaient pas trop titillé à l'époque sur les émissions fugitives, semblant s'en remettre à la bonne foi du promoteur qui prétendait que « les fibres respirables d'amiante correspondraient à 28 pour cent du critère journalier ».
Par contre, si je comprends bien l'orientation fédérale, les critères de tolérance ne seront plus ceux qui vont nous guider à l'avenir. Le Canada entreprend un virage vers l'élimination graduelle de l'amiante et la tolérance zéro.
« La possible contamination des résidus miniers n'est pas parmi les arguments soulevés, on verra si ce sera le cas plus tard au cours du processus de consultation. Pour le moment, nous ne parlons que de la présence d'amiante dans les bâtiments, les matériaux, etc. » répond à ce sujet la ministre Marie-Claude Bibeau.
Il est d'autre part précisé dans le rapport du BAPE qu'après le processus de transformation, « toutes les fibres d'amiante seraient décomposées à l'étape intensive de lixiviation acide », donc après la transformation chimique en magnésium. C'est déjà plus rassurant.
« J'ai pleine confiance dans les engagements du gouvernement fédéral. En même temps, je suis consciente que la route restera cahoteuse. Même si la concentration d'amiante dans les résidus est faible, elle existe et il faudra démontrer qu'elle est sans danger pour la santé », reconnait la députée de Richmond, Karine Vallières.
Devant la tentation de blâmer le fédéral de vouloir signer l'arrêt de mort d'une ressource minière dont le Québec a été le principal exploitant, rappelons-nous que la condamnation est d'abord venue du gouvernement provincial.
« Le fédéral nous donne raison d'avoir tiré un trait sur l'amiante. Il était temps que le Québec et le Canada cessent de défendre des intérêts financiers au détriment de la santé », se réjouit l'ex-ministre de la Santé, Réjean Hébert.
Même s'il représentait une circonscription de l'Estrie, le Dr Hébert avait été solidaire des décisions du gouvernement Marois d'annuler la caution d'un prêt de 58 M$ à Mine Jeffrey d'Asbestos et d'éliminer les droits miniers sur l'amiante.
Malgré sa position tranchée, l'ex-ministre Hébert avait tout de même participé à des annonces publiques d'Alliance-Magnésium pour l'utilisation de résidus.
« Je n'étais pas au courant des éléments techniques qui avaient été présentés au BAPE. Si j'avais su, j'aurais dès lors demandé à des experts de la santé de nous conseiller quant à l'utilisation des résidus miniers », se défend-il aujourd'hui.
C'est à l'image de ce que sont les opinions depuis 20 ans sur l'amiante. Des contradictions telles qu'on ne sait plus si c'est la science ou l'hystérie qui nous guide.
Dans ce contexte, la promesse même sincère de quelques ministres est une garantie bien mince. Quasiment naïve.