Outre la présidence de l’exécutif occupée par la conseillère Nicole Bergeron (au centre), Marie-France Delage, Nathalie Lapierre, Isabelle Sauvé, Guylaine Boutin (en retrait), Andrée Cossette et Michèle Émond sont parmi les femmes occupant des postes de gestionnaires de haut niveau à la Ville de Sherbrooke.

La montée des femmes à l’hôtel de ville

CHRONIQUE / Lorsque Sherbrooke est frappée par une tempête hivernale, Guylaine Boutin déploie ses équipes de déneigement et répond publiquement de leur efficacité à titre de directrice du service de l’entretien et de la voirie. Durant l’été, le bulletin hebdomadaire des chantiers routiers est livré par la directrice du service des infrastructures urbaines, Caroline Gravel.

Un autre poste de premier plan vient d’être confié à une femme à la Ville de Sherbrooke. Nathalie Lapierre devient grande argentière en remplacement du trésorier François Poulette, qui part à la retraite.

« Je n’ai jamais eu de plan de carrière défini. Je me suis toujours efforcée d’être professionnelle et de là me sont venues les opportunités. C’est un autre beau défi », se réjouit la femme de chiffres embauchée par la Ville en 2008 après avoir travaillé à la Société de transport de Montréal de même que chez Bombardier.

Le transport en commun à Sherbrooke a été durant 21 ans sous la responsabilité d’Huguette Dallaire, qui vient de passer le flambeau à Patrick Dobson. Josée Fortin est aux commandes de Sherbrooke Innopole.

Pour la première fois sa création en 2002, la Ville a une vérificatrice générale, Andrée Cossette, qui a eu de semblables responsabilités à Trois-Rivières.

« Comme il y a un souci de plus en plus grand de parité, il y a une évolution dans les grandes organisations. Reste que je suis contente qu’il y ait autant de femmes gestionnaires à Sherbrooke. Pour moi, c’est toujours une question de compétence et de sens des responsabilités. À l’âge de 25 ans, j’ai été la première femme-cadre de la papetière Consolidated Bathurst, à Trois-Rivières. Je vous assure qu’à cette époque, être pionnière était une autre affaire... » compare Mme Cossette.

Me Isabelle Sauvé a souvenir d’une remarque peu flatteuse à son arrivée à la Ville de Sherbrooke, en novembre 1985.

« Le mois suivant, lors du party de Noël, un gestionnaire un peu pompette m’avait lancé : « C’est épouvantable que vous ayez pris le poste d’un père qui a une famille à nourrir ». Je ne m’en suis jamais formalisée », témoigne l’avocate devenue directrice du contentieux en 2008.

Il est de notoriété publique que Me Sauvé et l’ex-conseiller Serge Paquin ont développé des relations amoureuses et ont formé un couple à force de se côtoyer à l’hôtel de ville. Les femmes sont-elles régulièrement exposées au jeu de la séduction et aux tentations pouvant mener à des gestes déplacés au sein de l’organisation sherbrookoise?

« Il y a sûrement déjà eu du niaisage dans certains services, mais j’ai le souvenir d’un seul cas en 30 ans ayant été vraiment problématique. Sincèrement, ce n’est pas un fléau à la Ville », juge la directrice du contentieux.

Me Sauvé était la seule autre gestionnaire aux côtés de Sylvie Lapointe lorsque cette dernière a été directrice générale de la Ville — cas unique à ce jour — sous la gouverne de Jean Perrault.   Louise Allard baignait alors dans le cercle des décideurs politiques dans le rôle de directrice de cabinet à la mairie.

« Les traits communs de toutes les femmes que j’ai côtoyées à la Ville sont la détermination et la force de caractère », ajoute l’avocate, qui prévoit à son tour quitter en fin d’année ou au début de l’an prochain.

La Ville est en processus de recrutement pour remplacer son directeur général, Yves Vermette, qui partira sous peu. La directrice adjointe — Relations avec la communauté, Marie-France Delage, ne cache pas son intérêt pour le poste.

« Par respect pour mes collègues, je veux rester discrète là-dessus mais, oui, j’ai posé ma candidature en espérant pouvoir augmenter ma contribution au rayonnement de l’organisation et au renforcement de nos partenariats avec la communauté. Tout passe par le souci de répondre à des besoins particuliers avec des formules adaptées. L’arrangement que nous avons trouvé avec les dirigeants du Juvénat de Brompton pour offrir aux citoyens de cet arrondissement des installations communautaires de qualité en est un bel exemple », indique-t-elle.

La ville fusionnée de Sherbrooke a traversé quelques crises existentielles après la fusion, mais rien de comparable avec ce que Mme Delage a vécu à Longueuil, la grande ville de la Rive-Sud ayant éclaté à la suite des référendums sur la défusion.

« Nous avons été en réorganisation pendant dix ans à Longueuil alors qu’il n’a fallu que quelques années, ici à Sherbrooke, pour vivre une réforme des arrondissements sans trop de heurts. J’aime cet environnement de travail », ajoute Mme Delage.

Autre cas, celui de Michèle Émond, « l’ombudswoman » des Sherbrookois.

« Il y a quant à moi une richesse à marier les approches féminines et masculines dans la mesure où l’on recherche davantage la médiation que la confrontation » glisse Mme Émond.

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à monter en grade comme gestionnaires. Par contre, aucune n’a encore été désignée présidente d’un syndicat. Pourquoi?

« C’est une grosse caricature que les cols bleus, par exemple, sont difficiles à gérer. J’ai autour de moi des gens d’équipes, qui sont dédiés et respectueux », nuance à ce sujet Guylaine Boutin, qui a été la première femme directrice de voirie municipale au Québec.

« Vous touchez un bon point, ce serait intéressant que les femmes s’investissent également dans les exécutifs syndicaux jusqu’à devenir des présidentes. Ça contribuerait à changer les perceptions. Si des femmes hésitent encore à plonger en politique, c’est qu’elles perçoivent encore que c’est un monde de confrontation. À tort », insiste la présidente du comité exécutif, Nicole Bergeron.

Rappelons qu’outre Mme Bergeron, les conseillères Chantal L’Espérance et Danielle Berthold siègent également à l’exécutif, une représentation féminine constituant également une première à Sherbrooke.

L’évolution des femmes à l’hôtel de ville est telle, qu’elle a même amené l’ancienne attachée de presse de Bernard Sévigny, Julie Vinette, à la direction de cabinet du maire Steve Lussier! Cette ascension a cependant été si rapide et est si insolite par contre qu’elle dépasse mes compétences.

D’autres devront vous l’expliquer...