Bernard Sévigny, Sébastien Aubé et Jean Bernier passent l'éponge sur le froid de la dernière élection. Le chef du Renouveau sherbrookois avait alors boudé la candidature de M. Bernier, un stratège de la première heure qui avait contribué à son élection en 2009.

La « huit » au coin

CHRONIQUE / Les racines souverainistes produisent d'autres germes autour du maire Bernard Sévigny. Après avoir convaincu Mariette Fugère de tenter un retour en politique municipale, le maire a recruté Sébastien Aubé comme candidat. La première est l'ex-épouse de Serge Cardin tandis que l'autre a été le principal organisateur politique de M. Cardin.
Outre Mme Fugère, Claude Forgues et Michel Breton, organisateurs et ex-candidats péquistes dans Sherbrooke et Orford, de même qu'Étienne Vézina, Sylvie Proulx et Prisca Gilbert du cabinet de la mairie, composaient le partenaire souverainiste rangé derrière la candidature M. Aubé.
Pas banal dans le parti d'un maire dont la conjointe est ministre au sein d'un gouvernement fédéraliste à Ottawa!
« C'est une autre preuve que les partis municipaux n'ont pas à refléter les tendances souvent belliqueuses d'un parti d'opposition à Québec ou Ottawa », répond M. Sévigny.
C'était jour propice à la diversité politique, mais aussi à la réconciliation. Bernard Sévigny, Sébastien Aubé et son oncle Jean Bernier passent l'éponge sur le froid de la dernière élection. Le maire avait alors préféré Nicole A. Gagnon à M. Bernier comme candidat dans l'un des districts de l'Ouest, écartant en cela l'un de ses collaborateurs de la première heure. Le neveu avait alors organisé la campagne de son oncle comme candidat indépendant.
« Ce n'est pas par hasard si mon oncle a agi comme maître de cérémonie. En tout respect pour lui, parce que c'est un homme que j'aime beaucoup et qui est extrêmement important pour moi, il faut être humble là-dedans. Il faut croire que le parti avait fait le bon choix puisque Mme Gagnon a été élue... », concède aujourd'hui Sébastien Aubé.
Ce dernier s'est également retrouvé au cours des dernières années dans le camp de ceux qui ont tenté d'empêcher la réforme de la gouvernance, qui était la priorité de Bernard Sévigny. Il a reproché sévèrement au maire d'avoir tenu un double discours.
« Je suis un fervent partisan de boxe et après un combat, les pugilistes se témoignent du respect en se faisant une accolade », se replie une fois de plus le candidat désigné.
« Ça me rassure que Sébastien ait des idées, qu'il ait le goût de débattre », pondère le chef qui lui tend la main.
Pourquoi Bernard Sévigny est-il prêt à remettre les compteurs à zéro?
À cause des antécédents politiques de Sébastien Aubé et de sa capacité à mobiliser une équipe expérimentée, sans quoi le Renouveau sherbrookois ne peut espérer prendre l'une des forteresses occupées par un conseiller indépendant. Notez d'ailleurs que les péquistes Fugère et Aubé ont la mission de déloger Hélène Dauphinais et Julien Lachance, qui sont plutôt d'allégeance libérale.
L'historique des résultats électoraux à Sherbrooke donne un net avantage aux élus sortants. C'est d'ailleurs pour cela que M. Sévigny avait commencé son recrutement, il y a quatre ans, en se livrant à un exercice de persuasion auprès de conseillers municipaux. En accueillant Serge Paquin, Louisda Brochu et Mariette Fugère dans ses rangs, il avait donné de l'élan à sa campagne. M. Sévigny avoue n'avoir cette année aucun espoir d'un semblable maraudage.
Les affrontements des quatre dernières années ont tracé une ligne d'adversité nettement plus profonde et le parti du maire est sorti perdant du redécoupage électoral adapté à la représentation qui sera réduite de 19 à 14 conseillers. À cela, s'ajoutent les départs des vétérans Paquin et Brochu.
Sébastien Aubé sait très bien le défi qui l'attend dans Saint-Élie puisqu'il a échoué dans sa tentative de renverser Jean-François Rouleau en 2005. Ce n'est toutefois pas mission impossible, la preuve étant que l'ex-conseillère Fugère s'est elle-même retrouvée parmi les cas d'exception, il y a quatre ans, en subissant la défaite aux mains d'Hélène Dauphinais. Nathalie Goguen et Jean-Guy Demers avaient subi le même sort.
C'est aussi pour les raisons précédemment évoquées que le maire Bernard Sévigny ne fera pas de cas de la dissidence des trois membres de son parti, Christine Ouellet, Danielle Berthold et Vincent Boutin, qui ont refusé de le suivre en début de semaine dans le dossier Costco.
Si ça peut contribuer à votre réélection, tant mieux, car c'est de votre appui au cours du prochain mandat dont j'aurai le plus besoin, doit se dire le maire Sévigny. En souhaitant ne pas perdre trop de plumes lui-même dans l'Est, car sa position en faveur du Centre de foires sur le plateau Saint-Joseph lui avait coûté passablement de votes dans ce quartier lors de l'élection serrée de 2009.
La majorité sera dorénavant atteinte avec huit sièges à l'hôtel de ville et le Renouveau sherbookois aura fort à faire pour y arriver. Ce coup, Bernard Sévigny le joue en espérant que ce soit la « huit » au coin. La balle procurant la victoire au billard.
En politique comme dans le sport, ce n'est pas comment, mais combien.