Le projet de Valoris a été présenté comme le terreau de la grappe environnementale sur laquelle l'Estrie mise depuis plus de 20 ans. Le manque évident d'encadrement et de coordination ayant causé son faux départ doit vite être corrigé.

La grappe produisant du vinaigre

CHRONIQUE / C'est à croire que nos ordures sont comme les roches à ramasser chaque printemps dans les champs avant les semences. Même après avoir été enfouies, elles remontent en surface avec de lourdes factures.
Le budget 2018 s'annonce semblable à celui de 2008, à Sherbrooke, année au cours de laquelle les contribuables avaient été frappés par une « taxe verte » parce que les coûts de gestion des matières résiduelles avaient bondi de 6 à 15 M$ à la suite de la fermeture du site d'enfouissement que la Ville opérait en milieu urbain, près du parc Victoria.
Façon de vous rappeler qu'on a traversé bien pire que les contributions supplémentaires que Sherbrooke doit verser pour couvrir le déficit d'opération de Valoris, la coopérative dont nous sommes partenaires avec les 14 municipalités de la MRC du Haut-Saint-François. L'administration Sévigny dispose d'une marge de manoeuvre budgétaire pour défrayer la facture excédentaire de 700 000 $ payable cette année.
Le maire avoue par contre que la quote-part additionnelle qui passera à 1,4 M$ l'an prochain sera difficile à absorber sans augmenter les taxes. Or, cette somme représente une hausse fiscale de 1 %.
L'impact ne serait pas le même si une surcharge était répartie par porte que si elle était appliquée sur le taux foncier. Pour l'illustrer, toutes les résidences unifamiliales sont facturées au même tarif cette année pour les services de l'eau (147 $) et de l'assainissement (226 $). Ajoutée par contre au taux foncier, la taxe verte de 7 cents du 100 $ d'évaluation avait fait bondir à Sherbrooke en 2008 le coût associé au traitement des matières résiduelles de 280 $ pour une propriété de 400 000 $ alors que cette hausse n'était que de 140 $ pour un bungalow se trouvant dans la fourchette des propriétés moyennes à 200 000 $.
« On va absorber cette dépense supplémentaire, nous allons l'intégrer au budget 2018. Quelle en sera la conséquence sur le compte de taxes, quelle formule choisirons-nous? Je ne peux répondre à ces questions pour le moment », commente prudemment M. Sévigny.
Tout comme le Centre de foires, qui ne génère pas les résultats escomptés, le mariage d'intérêt dans Valoris remonte à l'ère de Jean Perrault. Une association que le maire actuel ne remet pas en question malgré les mauvaises surprises.
« Ce n'est pas évident comme entreprise et oui, c'est un projet qui avait été annoncé en grande pompe. L'idée reste bonne et sur le fond, il y a une pertinence de poursuivre en passant par une étape de redressement », réitère Bernard Sévigny.
Avec des investissements prévus de 25 M$ qui seraient plutôt rendus à 46 M$, loin d'avoir atteint le niveau d'activités et les rendements qui devaient en assurer l'autofinancement et même générer des profits, le moins que l'on puisse dire est que ce parc éco-industriel a souffert jusqu'à maintenant d'un manque flagrant d'encadrement et de coordination.
Nos ambitions étaient bien plus grandes que la gestion de responsabilités municipales. Valoris a été présentée comme le terreau de la grappe environnementale prometteuse sur laquelle l'Estrie mise depuis plus de 20 ans. Mais alors que le projet devait agrandir la vitrine technologique de la société Énerkem et mettre en valeur l'expertise de la compagnie Sherbrooke OEM, qui a décroché un contrat de 15 M$ pour implanter les équipements de tri mécanisé, les résultats sont loin d'être ceux escomptés. Ni pour elles ni pour Sherbrooke Innopole qui les présente comme des entreprises phares de sa filière-clé des technologies propres.
J'ai été le premier à claironner que la région se donnait avec Valoris un défi à la mesure de son potentiel compte tenu des résultats probants obtenus avec Récup Estrie, la régie régionale constituée de six MRC (Sherbrooke, Memphrémagog, Coaticook, Val et Haut-Saint-François ainsi que des Sources) gérant nos matières recyclables. Cette autre coopérative, elle, est rentable. Elle a généré des profits de 1,5 M$ dont la moitié a été encaissée par les Sherbrookois.
Le modèle m'inspire encore, considérant que les réseaux d'électricité de Sherbrooke, Magog et Coaticook sont précieux et enviés dans le monde municipal. On peut dire la même chose des redevances de 900 000 $ versées l'an dernier aux municipalités du Granit par le parc éolien dont elles sont copropriétaires. Ces revenus ne sortent pas de la poche des contribuables.
L'aventure de Valoris est plus risquée. L'entreprise n'oeuvre pas dans le marché protégé et réglementé de l'énergie contrôlé par Hydro-Québec. Elle est soumise à la concurrence et aux fluctuations de marché.
Il faut vite s'ajuster. Il faut faire mieux, beaucoup mieux pour que cette grappe ne produise pas que du vinaigre. Elle a tellement plus de potentiel que cela.