Le maire de Richmond, Marc-André Martel (au centre), de même que le coordonnateur du service d'incendie, Martin Lafleur, ont fait le point en cours de journée avec l'agente Fanny Pruneau ainsi qu'avec la répondante de la Croux-Rouge, Carolyne Ménard, sur l'accompagnement aux locataires ayant été chassés de leur logis par les flammes quelques heures plus tôt au centre-ville.

La flamme brûle encore

La dame ayant eu le réflexe de se lancer du haut d'un deuxième étage en entendant l'alerte de feu s'en est tirée à bon compte avec une fracture à une cheville pour seule blessure. Tout comme d'ailleurs les autres occupants de l'immeuble incendié sur la rue Principale à Richmond ainsi que les propriétaires des édifices voisins.
Un homme n'avait pas eu la même veine la dernière fois que le centre-ville de cette localité avait été menacé par les flammes. Il avait péri dans son logement au deuxième étage du bar Les Copains sans qu'on puisse lui porter secours, et cela, à quelques centaines de mètres du brasier ayant vite été maîtrisé mercredi.
En plus de cette perte de vie, les risques de propagation avaient été amplifiés ce jour-là par une autre menace de grande envergure.
« Si je m'en souviens de cet incendie? Comment donc! C'était au premier jour de la panne généralisée causée par le verglas. Nous venions d'établir que nous disposions d'une réserve d'eau de 38 heures. Or, celle-ci avait été réduite de moitié pour circonscrire les flammes au centre-ville. Nous étions dès lors tombés en mode urgence pour trouver une troisième génératrice de grande puissance afin de subvenir aux besoins de base de notre population », rappelle l'actuel porte-parole du service d'incendie, Martin Lafleur, qui était alors directeur général de la Ville de Richmond
C'était il y a 19 ans, presque jour pour jour, puisque Richmond et plusieurs communautés rurales autour ont perdu l'alimentation en électricité le 6 janvier 1998 à cause des multiples dommages que le verglas avait alors causé au réseau d'Hydro-Québec.
Signe que les temps ont changé et que les communautés sont aujourd'hui mieux préparées à affronter les sinistres, le réseau d'aqueduc de la municipalité est branché en permanence à une génératrice prête à prendre la relève à tout moment en cas de panne de courant, tant pour assurer l'efficacité de la brigade de protection contre les incendies que pour garantir un approvisionnement continu aux citoyens.
Les ressources humaines, matérielles et financières ayant été nécessaires pour combattre l'incendie au complexe Le Riverain ainsi que pour offrir rapidement un soutien à sa vingtaine d'occupants n'avaient évidemment aucune commune mesure avec les services d'urgence ayant été assurés pendant des jours durant la grande noirceur de 1998. L'intervention a tout de même été un test concluant pour le maire de Richmond, Marc-André Martel.
« Les normes et règlements que le gouvernement provincial a imposés aux municipalités en matière de sécurité publique sont contraignants, mais tous les protocoles qui en découlent nous rendent collectivement plus efficaces. Avec les ententes de collaboration nous assurant notamment l'intervention rapide des pompiers de Windsor avec leur grande échelle en cas de besoin, nous n'avons plus à nous demander si nous devrions investir 800 000 $ pour nous en procurer une. Les sapeurs sont intervenus à l'intérieur des délais prescrits, nos autres équipes municipales, les policiers de la Sûreté du Québec, le personnel de la Croix-Rouge, les équipes volantes des services sociaux, tous ont bien réagi dans leur rôle bien défini », mentionne le maire.
La gare de triage et les wagons de pétrole qui transitent sur les rails à Richmond sont éloignés du centre-ville. Malgré cela, M. Martel avoue avoir pensé à la dévastation de Lac-Mégantic en regardant ses pompiers protéger la rue Principale.
« Sans être spécialiste, j'ai toujours su que le Riverain était un nid à feu qui représentait une menace particulière. À Richmond comme ailleurs, nous avons le souci de maximiser l'utilisation de l'espace pour assurer la vitalité de notre secteur commercial. Y'a donc toujours une crainte que ça dégénère. »
La part des dépenses municipales consacrée à la sécurité publique est croissante. La formation, la protection ou encore la prévention sont coûteuses. Lors d'un semblable branle-bas de combat, elles prouvent leur raison d'être.
En dépit de cette efficacité, la solidarité a été spontanée à Richmond. Carole Champigny est rapidement venue offrir à des sinistrés les meubles de sa mère Carmen Duchesne, décédée en octobre dernier à l'âge 87 ans.
« C'est le geste qu'elle aurait elle-même posé. Rien n'aurait fait plus plaisir à ma mère que de pouvoir aider de cette façon des gens dans le besoin », m'a répondu l'héritière de ces valeurs d'entraide.
Des ravitaillements en nourriture offerts aux pompiers de même qu'aux sinistrés sont venus de Sherbrooke, des deux restaurants Domino's Pizzeria opérés par la famille Morin qui est originaire de Richmond. « C'est une marque de solidarité de notre famille et de notre personnel », m'a-t-on répondu avec grande discrétion.
Des gens peu fortunés viennent de perdre le peu qu'ils avaient en ce début d'année. Même si la commotion est moindre à Richmond que durant la désorganisation généralisée qui avait été causée par le verglas, la flamme de la chaleur humaine semble y brûler avec la même ardeur qu'au moment où elle entretenait l'espoir d'un retour au confort durant les nuits froides de janvier 1998.