La contamination des rapports politiques régionaux est la pire chose qui pouvait nous arriver pour affronter les immenses défis environnementaux nous laissant de moins en moins de temps pour agir.

La collision annoncée

CHRONIQUE / Les déboires de Valoris contaminent les rapports politiques et deviennent source de conflit régional. C’est bien la pire chose qui pouvait nous arriver, aux uns comme aux autres, alors que les immenses défis environnementaux nous laissent de moins en moins de temps pour agir.

Refusant de subir ce qu’il considère être une forme de mise en tutelle, le préfet de la MRC des Sources, Hugues Grimard, quitte la présidence de Récup Estrie dont le budget a été taillé en pièces par la Ville de Sherbrooke. Celle-ci exige que les bénéfices de 2 M$ de l’année courante soient partagés sous forme de ristournes plutôt qu’investis dans l’amélioration des équipements servant à valoriser les matières recyclables amassées sur l’ensemble du territoire estrien, excluant la MRC du Granit.

L’ex-maire Bernard Sévigny avait heurté des susceptibilités à pareille date l’an dernier en manifestant l’intention d’utiliser les revenus des opérations rentables pour financer le centre de valorisation à gros volumes construit à Bury, beaucoup plus coûteux que prévu. Or, la vente des matières recyclables rapporte un peu plus de 1 M$ chaque année.

« Je ne suis pas du genre à laisser les autres prendre des décisions à ma place », avait prévenu le maire d’Asbestos.  

Après avoir reproché l’automne dernier à son prédécesseur une approche directive et incendiaire propice à la division plutôt qu’à la concertation, le maire Steve Lussier n’a pas vraiment cherché à empêcher cette collision annoncée.

M. Lussier a formulé des objections seulement après l’adoption du budget que le conseiller Pierre Avard a entériné le 25 septembre comme représentant de la Ville de Sherbrooke ainsi qu’à titre de vice-président de ce regroupement municipal.

« J’ai été témoin des propos échangés par la suite entre les maires et ils n’étaient pas particulièrement polis », rapporte le conseiller Pierre Avard, lui-même penaud d’avoir à admettre qu’il n’avait reçu préalablement aucune directive contraire de la mairie ou du comité exécutif.

Il n’est pas usuel de renvoyer les surplus du recyclage aux actionnaires. Cela s’est toutefois produit l’an dernier et en fonction du nombre de logements, Sherbrooke a reçu 850 000 $ des 1,5 M$ disponibles. L’administration Lussier cherche donc à mettre la main sur une somme de 1,3 M$ qui serait bienvenue, car elle viendrait couvrir la hausse des dépenses d’enfouissement qu’ont dû s’imposer les actionnaires de Valoris. Les gestionnaires de Récup Estrie ne veulent toutefois pas se retrouver à découvert au risque de créer... un autre Valoris!

Si Sherbrooke compte pour le deux tiers des portes, elle ne détient par contre que 50 % des voix lors d’un vote. Son objection peut donc bloquer le budget sur table, mais le maire Lussier ne peut espérer une redistribution du surplus approprié sans l’appui d’au moins une autre MRC.

« Je serais surpris que cela se produise. Sa volonté, Sherbrooke peut l’exprimer sans l’imposer. Je suis d’accord à ce qu’on y réfléchisse à deux fois pour les investissements majeurs avant d’avoir statué sur la pertinence de regrouper toutes les matières à valoriser à Bury. Les sommes réservées ne seront pas automatiquement dépensées. Notre MRC souscrira au budget de Récup Estrie, mais en demandant à ce que chaque projet d’investissement nous revienne pour approbation », commente de son côté le préfet du Haut-Saint-François, Robert Roy.

Comme le maire Lussier à Sherbrooke, le préfet Roy a un pied dans le pré plus vert du recyclage au sein de Récup Estrie et un autre dans la mare de Valoris.

Sans adresser de blâme à l’administration sherbrookoise, M. Roy craint que ce conflit brise la confiance entre les parties. Cela risque effectivement de se produire à court terme, le temps que chacun refasse ses calculs.

Une régie régionale de recyclage pourrait-elle être aussi rentable et garantir aux MRC plus étendues et moins populeuses un prix avantageux de 7 $ par porte sans la densité et le volume de matière première généré par Sherbrooke, comme c’est le cas actuellement?

De la même façon, les garanties d’approvisionnement et de revenus de chacun des partenaires de Récup Estrie augmenteraient la crédibilité financière et politique d’une relance de Valoris, aux bénéfices des contribuables de la région.

La destination souhaitable, on la connait. Il faut par contre trouver le bon chemin pour s’y rendre. Or, de tous ceux qui peuvent être envisagés, celui de la bisbille est assurément le moins prometteur.