Au départ, la Cantine Saint-Mathias  a été un projet de solidarité parentale avec lequel Doris Vachon et Raynald Goyette ont voulu offrir un emploi d'été à leurs filles qui étaient alors adolescentes. Treize ans plus tard, ils s'apprêtent à doubler les 24 places d'un restaurant qu'ils opèrent douze mois par année.

La Cantine et sa recette maison

CHRONIQUE / L'itinéraire n'a pas changé : on se rend à la bourgade en passant par les montagnes et on y entre par une porte menant vers un clocher situé dans une baisseur.Passé l'église de Saint-Mathias-de-Bonneterre, une petite enseigne se trouvant à votre gauche vous dirige vers la droite. Au bout d'un cul-de-sac se trouve une cantine OUVERTE à l'année.
Y'était pas question que l'archevêché s'empare de l'église ni du lot de 100 acres de cette bourgade, vous ai-je raconté mardi dernier. Y'était pas question non plus qu'on me laisse répandre faussement que la seule place d'affaires est fermée l'hiver.
Le lundi est jour d'emplettes pour les propriétaires de la Cantine Saint-Mathias, Doris Vachon et Raynald Goyette. Cette semaine, j'étais en haut de leur liste.
« Nous sommes ouverts les jeudis, vendredis, samedis et dimanches, douze mois par année. Les affaires vont bien et nous venons d'obtenir toutes les autorisations nécessaires pour réaliser cette année notre projet d'expansion », m'a précisé M. Goyette.
Le restaurant familial comptant actuellement 24 places assises doublera de superficie avec l'ajout d'une verrière quatre saisons, sans compromettre sa populaire terrasse extérieure.
« Nous ne desservons pas que les 80 familles de notre communauté. Notre clientèle vient de Sherbrooke, de partout, elle nous est fidèle », m'a fait valoir à son tour la copropriétaire-chef des cuisines.
Cette entreprise est née il y a 13 ans dans une roulotte, du souci parental d'offrir à deux adolescentes vivant en milieu isolé d'avoir un emploi d'été.
« Autrement, la gestion des déplacements aurait été très compliquée. Nos deux filles, Caroline et Alexandra, qui n'avaient alors que 15 et 13 ans, ont assuré le démarrage des activités. Nous étions là pour les épauler », raconte Doris Vachon.
Cette dernière portait alors deux tabliers. Elle cuisinait les plats que son employeur vendait à l'épicerie de Sawyerville, puis le soir et les week-ends, elle préparait la bouffe pour la cantine.
Raynald, lui, faisait la navette entre la maison et l'usine de sciage d'Huntingville, où il était chef d'équipe. À vol d'oiseau, une bernache t'aurait enligné ça franc ouest sur le club de golf de Milby et elle aurait punché au moulin une vingtaine de minutes après avoir souhaité bonne journée aux enfants. Pour franchir les 45 km sur la route, le père devait en ajouter plus que le double à la fin de sa journée de travail avant de pouvoir venir supporter la troupe au restaurant.
« Nous avions peine à répondre à la demande. Nous avons commencé à songer, Doris et moi, à quitter nos emplois pour tenir la cantine à temps plein. Nous n'avions aucune certitude d'avoir les mêmes revenus, mais nous coupions beaucoup dans nos dépenses de déplacements. À bien y penser, le risque n'était pas si grand », relate M. Goyette.
Les trois années de solidarité parentale se sont finalement avérées l'étude de marché et le plan d'affaires dont le couple a eu besoin pour financer la première phase d'expansion.
La roulotte a pris des allures de restaurant, la bouffe maison de Doris a rehaussé le menu, les plats surgelés de ses spécialités ont diversifié les ventes.
« Maintenant, ce sont les filles qui nous donnent un coup de main durant les grosses bourrées. Rien ne me fait plaisir que de voir ma petite-fille Mia, qui n'a que sept ans, venir m'aider à monter les tables. Son petit frère Noah n'est pas loin. Je revis l'implication, l'entraide et la camaraderie dont ma mère était un modèle », décrit Mme Vachon.
« Le chiffre d'affaires progresse d'une année à l'autre. L'agrandissement est nécessaire pour mieux répondre à nos clients et nous souhaitons qu'il nous permette aussi d'offrir une place permanente à Caroline au sein de l'équipe », renchérit son mari.
Les Vachon forment une grosse famille à Saint-Mathias. L'un de ceux qui ont migré est bien connu des Sherbrookois dans le commerce de détail.
« Honnêtement, je n'étais pas persuadé qu'une cantine que l'on ne voit même pas de la rue principale puisse donner de tels résultats. C'est tout à l'honneur de ma petite soeur et de son
mari », commente Gérard Vachon, qui a lui-même passé le relais à son fils Bruno à la tête de Décoration King.
Sa soeur cadette pique un clin d'oeil.
« C'est pas qu'on aurait pas voulu être sur le bord du grand chemin, mais c'était le seul terrain commercial disponible. Au fil des ans, nous nous sommes rendu compte que c'est un avantage bien plus qu'un inconvénient. Les enfants ont de la place pour jouer sans que leurs parents aient peur des accidents. »
Un restaurant de 50 places ouvert à l'année dans une petite communauté comme Saint-Mathias, c'est toute une profession de foi. On déplace des ministres à Sherbrooke pour moins que ça.