La mobilisation contre le projet Northern Pass a été beaucoup plus cohérente et soutenue au New Hampshire qu'ici. Il ne faut donc pas s'étonner que les résultats ne soient pas du tout les mêmes.

La bataille des lignes de communication

CHRONIQUE / La Tribune a informé les Estriens en novembre 2010 qu'Hydro-Québec caressait l'ambition de construire une nouvelle ligne d'exportation vers le New Hampshire. Ça fait quand même sept ans.
« Vend ou vend pas, nous devrons payer les droits convenus. »
Ces propos de Christian Brosseau, alors vice-président pour les marchés de gros, laissaient peu d'équivoque sur qui allait payer de part et d'autre de la frontière les infrastructures nécessaires pour augmenter les exportations québécoises d'électricité, non? L'intention déclarée était alors de verser des redevances comme droit d'utilisation pendant 40 ans.
C'est également ce cadre général qui a appuyé différentes requêtes pour le projet Northern Pass auprès des instances réglementaires américaines, dont celle adressée à la Federal Energy Regulatory Commission (FERC) en décembre 2010 : Hydro-Québec s'engage à payer les coûts de la ligne sur la base d'un juste retour sur l'investissement ainsi qu'à payer tous les coûts et autres dépenses diligentes liées aux opérations, lisait-on.
Avez-vous besoin de plus que ça comme ceinture et bretelles pour ne pas craindre de perdre votre pantalon?
En 2013, la grogne citoyenne a sérieusement ébranlé l'ancrage des pylônes au New Hampshire. Des évaluations chiffrant les déboursés supplémentaires à 200 M$ pour enfouir des portions du tracé américain ont commencé à circuler. Ceux-ci atteindront finalement 300 millions US.
Livrons-nous à un petit exercice pour préparer nos élèves de 6e année aux examens de fin d'année : vos parents songent à louer une camionnette pour vous emmener à Boston, le modèle de base à 25 000 $ leur coûtera-t-il moins cher ou plus cher à louer que celui offrant toutes les commodités qui est vendu à 40 000 $?
Si le test de mathématique du ministère est aussi facile que ça, tous les enfants iront en vacances. Aucun n'aura à se présenter aux examens de reprise en juillet.
Cette formule ayant été évoquée publiquement tellement de fois, elle est si facile à comprendre, qu'à la lecture d'un communiqué de presse provenant de Nature Québec j'ai pensé qu'il avait été écrit par des décrocheurs.
« Le chat est sorti du sac. On apprend que c'est Hydro-Québec qui garantira le financement et assumera à terme tous les frais pour la construction d'une ligne de transport électrique au New Hampshire, dont 500 millions $ pour enfouir la ligne sur 100 kilomètres le long des Montagnes Blanches » a claironné l'organisme à la lumière d'une manchette du Journal de Montréal.
Vous m'en direz tant!
Oubliez l'allusion aux décrocheurs, c'est une blague pour attirer votre attention sur l'intention. Comme le tonnerre gronde toujours plus fort quand il part de Montréal ou qu'il fait un détour par Québec, voyez-y principalement de la stratégie.
Nature Québec saute sur l'occasion pour rugir, pour demander de manière insistante à Hydro-Québec pourquoi les ententes du passé seraient soudainement devenues caduques et en quoi les appels d'offres lancés conjointement par des États de la Nouvelle-Angleterre dispenseraient le fournisseur d'électricité d'avoir à payer une location mensuelle pour son véhicule de transport.
Car, il est maintenant de la prétention de la société d'État que les coûts de construction et d'exploitation seront calculés dans la soumission qu'elle doit déposer prochainement pour un bloc de 9,45 TWh, une puissance représentant la demande énergétique d'environ 1,3 million de foyers de la Nouvelle-Angleterre.
Remarquez, ce n'est pas impossible. Si le pourboire du camelot est à votre discrétion, notre journal vous est vendu avec les coûts de livraison inclus. C'est le cas de la grande majorité des produits de consommation.
Par contre, où sont les écrits auxquels Hydro-Québec peut se référer, qu'on peut nous montrer, des écrits aussi précis et qui auraient la même valeur légale que les contrats ayant souvent été exhibés au soutien du projet afin d'en garantir la crédibilité? Avec des garanties ne tenant qu'à une ou deux déclarations de presse, on ne convainc pas grand monde.
Parlant de ligne de communication, celle des groupes environnementaux n'est guère plus crédible à réclamer l'enfouissement pendant que les organismes Conservation de la nature du Canada et Forêt Hereford, ce dernier étant désigné gardien de la montagne reçue en héritage, continuent à négocier avec Hydro-Québec les mesures d'atténuation d'une ligne sur pylônes!
« Nous ne sommes pas un groupe écologique et nous ne faisons pas de politique. Nous cherchons les meilleures solutions sans attendre qu'un bulldozer vienne nous passer sur le corps. Cela dit, nous n'accepterons aucune proposition d'Hydro-Québec avant de connaître la position du gouvernement du Québec », assure la porte-parole de Forêt Hereford, Sylvie Harvey.
Joli bordel. Rien par contre pour inquiéter le gouvernement Couillard et lui laisser croire que le feu est maintenant pris ici, et qu'il faudra l'éteindre comme au New Hampshire... en promettant d'enfouir des fils.