Le premier ministre canadien Justin Trudeau a adressé de brèves salutations après l'atterrissage de son avion de fonction à l'aéroport de Sherbrooke. La teneur de ses discussions en tête-à-tête avec le maire Bernard Sévigny n'a pas été dévoilée, mais le dossier de l'aéroport n'a pas été soulevé durant l'assemblée publique à laquelle M. Trudeau a participé.

Justin Time

CHRONIQUE / «Ici le commandant de CanForce 1, nous sommes à une trentaine de milles à l'est de Sherbrooke. Approche prévue pour la piste d'atterrissage dans approximativement cinq minutes. »
Le pilote du Challenger qui transportait le premier ministre Justin Trudeau n'a pas obtenu de réponse. Pas davantage que l'agent coordonnateur de la GRC qui, souhaitant s'enquérir du positionnement de l'appareil, était venu quelques minutes plus tôt dans le poste de contrôle qu'il a trouvé désert.
À l'aéroport de Sherbrooke, il arrive que la préposée à la navigation doive quitter son poste momentanément... pour aller ravitailler un appareil en carburant!
Votre arrivée dans notre aéroport de campagne était just in time, Monsieur Trudeau. Il nous aurait été difficile de mieux vous exprimer nos ambitions et le pourquoi de notre exaspération. De mieux vous décrire les inégalités qui pénalisent une ville de la taille de Sherbrooke ainsi que sa région.
L'exemple est franchement parfait. Le premier ministre a quitté le Nouveau-Brunswick en partance de Saint John, une ville de 70 000 habitants. Il a décollé à 152 km de Moncton, une autre agglomération moins populeuse que celle de Sherbrooke possédant aussi un aéroport international dont les services de sécurité sont entièrement défrayés par le gouvernement fédéral.
Ici, il faudrait se résigner à facturer la totalité des coûts aux voyageurs?
Lorsque la candidature de Moncton-Dieppe a été préférée à celle de Sherbrooke pour les Jeux de la Francophonie de 2021, nous avons félicité les gagnants d'une saine et juste compétition. Là par contre, c'est pas normal d'avoir encore aujourd'hui à remuer ciel et terre afin d'obtenir des services de sécurité équitables pour notre aéroport pouvant desservir un bassin de 600 000 personnes correspondant pratiquement à la population du Nouveau-Brunswick.
Contrairement à l'ex-premier ministre Stephen Harper lorsqu'il était venu assister à la cérémonie des Jeux du Canada à Sherbrooke en 2013, Justin Trudeau a accordé audience au maire Bernard Sévigny. La teneur de leurs discussions n'a pas été dévoilée, mais M. Sévigny n'a pas manqué de rappeler les attentes de la région.
À défaut de l'aéroport, c'est aux proches de Raif Badawi que Justin Trudeau a donné des ailes. Ensaf Haidar et ses trois enfants se sont placés dans la file d'attente devant le Manège militaire quelques heures avant l'assemblée publique, avec l'espoir d'être parmi les citoyens qui obtiendraient une place à l'intérieur et peut-être aussi le privilège d'une question.
Ce n'est que plus tard qu'ils ont reçu une invitation de M. Trudeau à le rejoindre en coulisses. Les enfants de M. Badawi sont revenus dans la salle avec un selfie personnalisé et une autre dose d'espoir.
« C'est un beau geste. Ça m'encourage, les enfants aussi », a commenté l'épouse du blogueur.
« Ça va vraiment tous nous aider à poursuivre la bataille. Il le faut » s'est également réjoui Monia D'Amours, qui a noué de profonds liens d'amitié avec les proches du blogueur qui vivent à Sherbrooke.
La salle a accordé des applaudissements chaleureux aux Badawi lorsque Justin Trudeau a souligné leur présence.
« Les gens de Sherbrooke, les gens du Québec, les gens du Canada entier vous ont dans leur coeur. Nous soulevons le cas de Raif chaque fois que nous rencontrons des représentants saoudiens », a assuré le premier ministre devant l'assemblée.
Tout au long de la soirée, c'est un Justin Trudeau chaleureux et posé qui a répondu aux questions ayant nourri de longues dissertations qui n'apportaient pas toujours des réponses précises. L'objectif de proximité et d'accessibilité a toutefois été atteint.
Respect et mise en valeur des différences, des cultures, des deux langues officielles du pays, a insisté le chef du gouvernement canadien. Sans que cela soit très visible, il y a cependant eu un faux pas sur le fait français.
En face d'un immense drapeau canadien, le ministre québécois de la Culture et des Communications, qui est aussi responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Luc Fortin, a été invité à prendre place sur l'une des chaises qui avaient été identifiées comme « reserved ».
« L'invitation pour cette soirée m'ayant été adressée en français et les réponses du premier ministre ont été livrées exclusivement en français, j'en déduis qu'il a eu un réel souci de respecter les différences du Québec », a répondu avec diplomatie le ministre Fortin.
Outre cet impair en logistique, généreux de son temps et de son écoute, Justin Time a été à la hauteur comme orateur. On verra s'il le sera autant pour honorer plus tard ses engagements.