Dans les quartiers comme à la mairie, les candidats ont été bombardés de questions pour lesquelles nous avons exigé des réponses sensées. Au-delà des individus et des partis, tous ont mérité qu’à notre tour nous leur répondions comme électeurs en allant voter.

Ils méritent une réponse

CHRONIQUE / C’est ma dixième campagne municipale à Sherbrooke. J’en ai vécu des plus captivantes. Celle qui se terminera avec le scrutin de dimanche a tout de même quelque chose de réconfortant.

Après les échanges stériles et le désert d’idées de 2013, durant l’élection au terme de laquelle Bernard Sévigny a obtenu une passe gratuite en face d’adversaires qui n’avaient ni le contenu ni la stature pour devenir maire de Sherbrooke, l’automne a été un printemps de renaissance dans notre démocratie municipale. Des prétendants plus articulés, capables d’argumenter et de défendre de nouvelles idées ont cette fois alimenté des débats plus relevés.

Tant mieux!

Le maire Bernard Sévigny et les membres de son parti devaient s’attendre à ce qu’il en soit ainsi, que la lutte soit plus corsée. Plus les années au pouvoir passent, plus il y a d’occasions de penser que les choses auraient dû être faites différemment. Le fardeau de la preuve revient alors à celui ou celle qui prétend que ses choix ont été les bons. Pour reprendre une expression que j’ai déjà entendue en coulisses une élection est une purification par le feu pour un élu sortant.

Le maire Sévigny  a-t-il démontré suffisamment de conviction et d’aplomb pour mériter un renouvellement de mandat? Je me suis toujours gardé d’exprimer mes préférences à la veille d’un scrutin et la présente élection ne fera pas exception. Je ne m’en tiendrai qu’au contexte en vous laissant l’entière responsabilité de juger la valeur des candidats et celle de leurs idées.

Le premier handicap que les principaux adversaires de M. Sévigny avaient à surmonter est leur faible taux de notoriété. Steve Lussier et Hélène Pigot étaient peu connus des Sherbrookois.

Ça n’a pas à voir avec eux. C’est la réalité du monde politique dans lequel ils tentent de poser le pied. Un sondage professionnel réalisé pour La Tribune avait confirmé en 2010 qu’à peine 50 % des Sherbrookois pouvaient nommer leur maire et cela un an après son élection comme successeur à Jean Perrault. L’entourage de M. Sévigny avait alors qualifié ce résultat de progrès significatif puisqu’une évaluation interne du Renouveau sherbrookois avait situé la cote notoriété de son chef à seulement 26 % lorsque Bernard Sévigny a participé à sa première campagne à la mairie. Et cela, même si M. Sévigny occupait un fauteuil de conseiller depuis huit ans à l’hôtel de ville.

Celles et ceux qui croient pouvoir courir en seulement quelques mois l’ultramarathon sur la distance séparant les enjeux municipaux des préoccupations du bon peuple sont mieux d’être bien chaussés. Les électeurs ont beau être soumis à un bombardement d’information intensif durant un mois, le taux de pénétration des messages livrés lors des conférences de presse quotidiennes est assez limité. De plus, les quelques étincelles que provoquent les débats n’ont très souvent que la durée de vie de feux de Bengale sur un gâteau d’anniversaire.

Hélène Gravel s’est approchée à 122 voix de son rêve en 2009, mais à sa deuxième participation à la mairie. S’étant préalablement mesurée à Jean Perrault, Mme Gravel avait eu droit à un cours de politique en accéléré pour améliorer ses réflexes politiques. La clarté des idées, la capacité à vulgariser, la vivacité d’esprit et le sens de la répartie pour se démarquer et s’ancrer dans l’esprit de l’électeur jusqu’à ce qu’il coche le bulletin de vote, les coureurs de fond sont mieux de savoir aussi sprinter. Et d’être capable de parler sans paraître essoufflé! Or, quelques moins d’entraînement suffisent rarement pour rallier le fil d’arrivée en premier.

Ne cherchez pas de message subliminal dans mon propos. Ne l’interprétez pas comme un appui déguisé au maire Sévigny avec une certitude qu’il va l’emporter. Une victoire de M. Lussier ou de Mme Pigot est possible. Mais en plus d’être une surprise, elle s’inscrirait parmi les rares cas où les Sherbrookois ont remis les clefs de la mairie à un candidat n’ayant aucune expérience politique, municipale ou autre. Le dernier fut Paul Gervais, en 1990. Ça fait tout de même un quart de siècle.

Le choix du prochain maire n’est pas le seul enjeu de l’élection de dimanche à Sherbrooke, car même si M. Sévigny est réélu avec une avance appréciable, sa zone de confort rétrécira assez vite s’il se retrouve avec une répartition quasi équitable de conseillers municipaux du Renouveau sherbrookois, de Sherbrooke Citoyen et de candidats indépendants.  

Le ménage à deux était déjà passablement compliqué à l’hôtel de ville, il le serait davantage à trois!

Au-delà des personnes et des partis, des candidats sont prêts à s’investir au bénéfice de la collectivité et prêts aussi à renoncer à une partie de leur vie privée et à accepter la critique. C’est de plus en plus rare.

Tous ces candidats ont été bombardés de questions avec la pression d’avoir à répondre sans paraître trop maladroits. Tous ne gagneront pas, mais tous ont minimalement mérité qu’à notre tour, nous leur répondions comme électeurs en allant voter.