La femme d'affaires Hélène Gravel a surmonté des pointes aigües d'agoraphobie, maladie dont elle a redouté des manifestations durant sa campagne électorale à la mairie de Sherbrooke en 2009.

Hélène et ses démons apprivoisés

CHRONIQUE / Hélène Gravel s'est offert un cadeau pour ses 54 ans. C'est ainsi qu'elle a présenté sur Facebook, mercredi soir, le texte dans lequel elle a raconté la peur qui a habité le corps et hanté l'esprit de la femme entreprenante qu'elle est néanmoins devenue.
Mme Gravel a causé pour la cause.
« Je voulais remercier les personnes qui m'avaient souhaité bon anniversaire et comme c'était la journée thématique sur la santé mentale, spontanément, j'ai raconté mon vécu... »
J'ai eu droit à une version plus détaillée.
Le Nouvel An de ses 18 ans n'a pas été festif. Après les étourdissements qui l'avaient chassée d'une discothèque le 31, elle a ressenti d'étranges perturbations le lendemain, lors du traditionnel souper chez sa grand-mère.
« Tout ce que j'avais envie de faire, c'était d'aller me cacher dans la salle de bain. Quelques semaines plus tard, j'ai été incapable de rependre mes cours au cégep. J'avais peur de m'évanouir. J'étais dysfonctionnelle. »
Une batterie de tests médicaux n'oriente pas les médecins vers un diagnostic précis. Le cauchemar perdure.
« Mon père s'est mis à penser que j'étais devenue paresseuse. »
Des consultations en psychologie ne donnent pas de résultats plus concluants.
« J'ai alors décidé de quitter le cocon familial sans savoir ce que j'avais, mais convaincue d'une chose : cette bébitte-là n'allait pas briser ma vie. »
Elle est partie pour Calgary en n'emportant que les 200 $ reçus de ses parents... et « ses peurs d'avoir peur ».
« Loin des miens, je n'ai pas eu le choix de confronter mes démons. Même si je réussissais à fonctionner, j'ai été hospitalisée quatre fois pour des crises d'angoisse. »
À son retour au Québec, un an plus tard, elle entend à la radio la liste des symptômes d'une maladie : l'agoraphobie.
« Voici ce dont je souffre, ai-je dit à ma mère qui était avec moi en voiture. »
Elle décide de poursuivre sa bataille avant d'envisager la prise de médicaments.
« J'ai pris le taureau par les cornes en allant dans les lieux publics et je disais aux gens : ça pourrait arriver que je m'évanouisse. Plus j'en parlais, plus je me répétais : si ça arrive, ils auront juste à me ramasser! »
L'ex-directrice générale de la Chambre de commerce de Sherbrooke a vite détecté un jour les causes du malaise d'une personne qui tardait à se présenter à un rendez-vous.
« La dame m'a appelée de sa voiture pour s'excuser d'être incapable de monter à mon bureau. Je suis descendue la chercher, je l'ai prise par la main et lui ai montré où se trouvait la salle de bain. J'ai ajouté que si elle ressentait le besoin de se lever dix fois durant notre conversation, que ça ne m'indisposerait pas. Elle était surprise que je lise dans ses pensées. "Je suis agoraphobe moi aussi", lui ai-je glissé. »
Hélène Gravel a surmonté la plupart de ses peurs, dont celles de l'ascenseur et de l'avion.
« Par contre, je me sens encore à l'étroit en auto sur les ponts. Les rampes sont trop proches, j'étouffe. »
Elle a échappé la mairie de Sherbrooke par seulement une centaine de voix en 2009. Une défaite cruelle aux mains de Bernard Sévigny s'étant toutefois avéré une autre victoire sur ses démons.
« Je n'étais plus aussi vulnérable à ce moment-là que 15 ou 20 ans auparavant, mais je poussais le défi à l'extrême en allant débattre à la télévision ainsi que sur différentes tribunes. Non seulement faut que tu y sois, mais faut que tu y restes, et que tu sois capable de tenir des propos sensés et cohérents. Un médecin m'avait expliqué qu'en prenant un médicament, je risquais de perdre un peu de mes facultés intellectuelles. J'ai préféré la méditation à la médication. »
La porte est grande ouverte : 2017 étant une année électorale, croyez-vous que Sherbrooke a besoin d'un changement à la mairie?
« Oui, voici pourquoi. Je me réfère tout simplement au point de vue que Bernard et moi avions en commun lors de la campagne de 2009. Nous disions tous les deux qu'après deux mandats, il était temps de céder sa place. Quatre ans pour mettre des idées de l'avant, quatre autres pour les réaliser. Moi, je n'ai pas changé d'avis. »
Hélène Gravel a été courtisée ces derniers mois pour remonter dans l'arène politique.
« Outre de mes partisans, des gens m'ayant admis ouvertement qu'ils n'avaient pas voté pour moi ou qui avaient travaillé dans d'autres camps en 2009 seraient prêts à m'appuyer. Non merci, c'est du passé pour moi. »
Heureuse du succès de son entreprise, l'Agence Continuum, heureuse en amour, heureuse grand-maman, Hélène Gravel se dit comblée par la vie. Ne lui reste qu'à contrôler la peur de vieillir...