Deux ans après avoir été élu maire de Sherbrooke, en 1991, Paul Gervais s'est marié et son ami Roger Fortier était évidemment de la noce.

Fervent militant capable de discernement

Chronique / Rien n'annonçait que Roger Fortier et Paul Gervais deviendraient des alliés politiques et d'inséparables amis. Même qu'au premier contact, le franc-parler du premier a plutôt eu pour effet de placer le second sur ses gardes.
Les deux hommes ont fait connaissance au conseil d'administration du Cégep. L'administrateur Fortier ne se privait pas de questionner le gestionnaire Gervais.
« La complaisance n'a jamais été la marque de commerce de Roger. C'est un gars curieux, direct, sauf que je trouvais parfois qu'il se montrait pas mal insistant. Mais quel jugement, quel engagement et quelle loyauté, ai-je découvert chez lui par la suite ! Les amis comme lui sont rares. Encore hier, je lui ai répété que c'est une chance du ciel qui m'a été donnée de m'être retrouvé parmi ses intimes », me confie un Paul Gervais ébranlé, qui craint d'avoir vécu ses derniers moments de proximité avec son compagnon de longue date.
« La victoire de Paul à la mairie contre Jean-Paul Pelletier, en 1990, est mon plus beau souvenir politique. Nous avions causé toute une surprise. Nous avions prouvé que l'establishment de Sherbrooke n'aurait pas toujours la mainmise sur l'hôtel de ville », m'avait raconté la veille l'exubérant organisateur Fortier.
Paul Gervais s'est marié durant son mandat à la mairie. Son précieux collaborateur a évidemment été de la noce, en juillet 1991. C'était l'époque où la division sur la question nationale teintait chaque bataille électorale: fédérale, provinciale ou municipale.
Les souverainistes du fervent Fortier n'ont pas réussi à tenir la forteresse longtemps puisque le candidat des « rouges », Jean Perrault, a remporté la mairie dès l'élection de 1994.
Roger Fortier a malgré cela été de toutes les batailles suivantes. Il est de ceux qui avaient exercé des pressions pour convaincre l'ancien maire de Saint-Élie-d'Orford, Richard Gingras, de se mesurer à M. Perrault lors de la première élection de la ville fusionnée, à l'automne 2001.
Quatre ans plus tard, c'est avec la recrue Hélène Gravel qu'il avait placé ses espoirs pour tenter de mettre fin au règne du maire Perrault.
« On m'avait parlé de Roger, mais je ne le connaissais pas. Je l'imaginais comme un bonze, un espèce de monument. J'en ai eu une toute autre perception dès notre première rencontre. Il ne s'employait à me dire quoi faire, il s'intéressait à qui j'étais, il m'aidait à peaufiner mes idées. Il n'a jamais cessé de me répéter: ne soit personne d'autre que toi-même. Cet homme sage et amoureux de sa ville se préoccupait vraiment du bien-être collectif » retient Mme Gravel.
« On pouvait passer des heures à refaire le monde avec Roger en parlant de politique. On discutait fermement, on argumentait, mais ça finissait toujours en riant » confie un autre de ses intimes, Réal Létourneau.
Une ferveur politique aussi intense que sa piété mais qui, de la même façon, n'était imposée à personne.
« Roger et moi n'avons jamais été du même avis sur la question nationale. Cela n'a pourtant pas altéré nos relations d'affaires et notre amitié. C'est un homme de grand discernement. Il a toujours été capable de faire la part des choses et les causes sociales qui lui tenaient à coeur ont toujours été plus importantes que ses opinions politiques. C'est ce qui en a toujours fait un rassembleur efficace et apprécié » dépeint le juge Martin Bureau.
Il n'avait pas été très naturel de voir le souverainiste Fortier supporter la candidature de Dennis Wood chez les libéraux fédéraux dans Sherbrooke, en 1998, contre le conservateur Jean Charest.
« Ce que les autres pensaient, je m'en balançais. J'aimais Dennis Wood et j'estimais qu'il pouvait apporter de nouvelles idées » commente-t-il sans détour.
Bien qu'il ait préalablement été associé à la naissance de cinq partis politiques municipaux, Roger Fortier n'a pas milité au sein du Renouveau sherbrookois du maire Sévigny.
« Je n'ai rien contre M. Sévigny, mais ça me déçoit qu'il se soit éloigné aussi rapidement de l'action militante. Cette ville devrait appartenir davantage à ses citoyens. Pour ce qui est d'un éventuel retour de Jean Perrault, je n'y crois pas vraiment. Il faut prioriser la jeunesse, la relève » insiste-t-il.
« Nous déjeunons ensemble chaque matin depuis sept ans et quand tu veux avoir l'heure juste, Roger va te la donner. Sa verve et son enthousiasme me manquent déjà et j'entends la même chose de la bouche de tous ses proches. On voudrait donc pouvoir le garder avec nous, notre coloré Roger ! » exprime comme mince espoir son ami Serge Audet, bien que très conscient que c'est plutôt l'heure de se dire au revoir...