S’il y a urgence d’aider les employeurs à recruter de la main-d’œuvre, elle ne se reflète dans les chiffres du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) ni pour le Québec ni pour l’Estrie. Sur la photo, le ministre titulaire David Heurtel et son collègue responsable de l’Estrie, Luc Fortin.

Exploiter la peur

CHRONIQUE / Il paraît que nos Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur et autres fiers porte-couleurs du Canadien de Montréal n’auraient jamais réussi l’exploit de remporter 24 Coupes Stanley sans les fantômes du vieux Forum. En politique, c’est pareil. Les fantômes sont de précieux alliés ou de dangereux adversaires.

La menace référendaire maintes fois brandie est dans le placard. Au lieu des inquiétudes habituelles sur les performances économiques du Québec ou la précarité de ses finances publiques, Philippe Couillard ainsi que François Legault baignent dans le même optimisme. Cela leur a d’ailleurs valu un rappel à l’ordre quant au respect des paramètres budgétaires ayant été consciencieusement et objectivement validés par la vérificatrice générale du Québec.  

Le « spin » de l’immigration frappant l’imaginaire et chatouillant les susceptibilités, l’affrontement était si prévisible que j’ai choisi mon titre avant ce segment du débat des chefs.

« Vous tolérez (au sein de votre parti) des gens qui disent n’importe quoi sur la CAQ » a vilipendé François Legault.

« Savez-vous pourquoi des gens réagissent comme ça? Parce que vous leur faites peur », a répliqué le chef libéral. 

« Les gens sont tannés de vous avoir comme donneur de leçons au Québec, M. Couillard.

Le chef péquiste Jean-François Lisée a saisi l’occasion pour promouvoir son test de français avant l’obtention d’un certificat de sélection.

« En ce moment, la moitié des arrivants ne parlent pas le français au point d’entrée et ça pousse le déclin du français à Montréal. La pire chose que vous puissiez faire est d’en accepter 40 000 par année, à qui vous ne demanderez aucune connaissance avant trois ans » a soulevé M. Lisée.

Manon Massé a préféré miser sur les valeurs humaines et l’attachement des militants de Québec solidaire à la langue française au lieu de renchérir sur les critères de qualification.

S’il y a urgence d’aider les employeurs à recruter de la main-d’œuvre, elle ne se reflète pas dans les chiffres du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) puisque les 52 388 immigrants admis au Québec l’an dernier sont sous la moyenne de 53 000 des 10 dernières années. Ces chiffres comprennent les immigrants choisis ainsi que les réfugiés.

En 2010, alors que le Québec nageait encore dans la récession, il a accueilli 38 000 postulants de la catégorie « Immigration économique » alors qu’à peine 30 000 personnes qualifiées en vertu de ce critère sont arrivées l’an dernier malgré la prospérité.  

Les péquistes n’ont pas toujours été frileux puisque Pauline Marois était première ministre la seule année où le Québec, en 2012, a franchi le cap des 55 000 immigrants, dont 40 000 de la filière économique.

Sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard, au sein duquel François Legault détenait un siège de ministre, le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration a dévoilé en 2001 un plan qui visait à doubler en seulement trois ans (de 800 à 1600) le nombre de nouveaux arrivants en Estrie.

Ce total n’a jamais été atteint. La cohorte la plus élevée a été de 1418 admissions. Ce fut en 2016.

Le nombre d’immigrants arrivés en Estrie entre 2006 et 2015 et qui résidaient encore dans la région en 2017 est de 6485 personnes, une implantation permanente se faisant donc au rythme d’environ 650 par année.

Alors qu’elle était de 299 000 citoyens en 2006, la population de l’Estrie atteignait 327 089 habitants en 2017. L’apport de l’immigration a donc contribué au tiers à la croissance démographique de la région estrienne au cours de cette période. Rien pour se croire saturés ou menacés. 

À l’évidence, le soudain salut que Philippe Couillard voit dans l’immigration ainsi que la menace préoccupant MM. Legault et Lisée sont exagérés en ce qui concerne l’Estrie.