Le ministre Luc Fortin a le profil de candidat que recherchent ceux qui veulent déloger Bernard Sévigny.

En bon père de famille

CHRONIQUE / J'ai déjà lancé en boutade au ministre Luc Fortin que c'est la mairie de Sherbrooke qui serait un job sur mesure pour lui et adaptée à la réalité de sa jeune famille!
C'était au retour de son congé forcé du printemps 2016, après qu'il eut admis une certaine culpabilité à devoir s'éloigner aussi souvent de ses trois jeunes enfants.
Cette remarque avait été exprimée spontanément, sans penser qu'elle pourrait émerger de la machine à rumeurs à l'approche des élections municipales de novembre. Or, le principal intéressé avoue avoir été sollicité pour la fonction de maire qui, bien qu'accaparante, pourrait faire de l'actuel ministre un père plus présent à la maison.
M. Fortin a rapidement pris ses distances et tant qu'il agira de manière désintéressée en évitant tout soupçon qui pourrait indisposer le maire Bernard Sévigny, le cabinet du premier ministre pourra toujours prétendre que ce n'est que du commérage.
« Je ne commenterai pas toutes les rumeurs. La chaise que j'occupe ne m'appartient pas et quiconque la veut, peut se porter candidat » répond pour le moment avec diplomatie M. Sévigny.
Une réorientation de carrière reposant sur des motifs familiaux et entraînant un départ prématuré a longtemps été possible en politique provinciale sans soulever la moindre discussion sur l'allocation de transition d'une année de salaire représentant 159 000 $ pour un ministre.
Depuis que les règles de l'Assemblée nationale ont été resserrées, seuls « des raisons familiales sérieuses ou un problème de santé important affectant un membre de sa famille immédiate ou lui-même » peuvent justifier une démission avec indemnité en cours de mandat. Dans l'hypothèse où M. Fortin évoquerait la première condition pour partir, c'est le commissaire à l'éthique et la déontologie qui aurait à décider s'il rentre à la maison les mains vides.
L'aventure comporterait des risques évidents pour lui et pour sa famille sur le plan financier et même si l'éloignement familial a pu être facteur de maladie dans le passé chez M. Fortin et que cela le rendait éligible à un dédommagement, les parachutes politiques ont très mauvaise presse et il serait vulnérable aux reproches d'utiliser l'argent des contribuables québécois pour parier sur une nouvelle carrière.
Bernard Sévigny aura assurément à défendre son parti en campagne électorale, que d'aucuns tiennent responsable de relations conflictuelles à l'hôtel de ville. Il serait alors aisé pour le chef du Renouveau sherbrookois de répliquer au leader du « clan Fortin », en soulevant le lien de parenté direct avec le conseiller Jean-François Rouleau ou la proximité avec le conseiller Pierre Tardif, qui a dirigé la campagne de l'actuel député de Sherbrooke.
Le maire Sévigny ne se priverait sûrement pas non plus d'exploiter l'inexpérience de son rival en politique municipale, un facteur qui procure habituellement un net avantage aux maires ainsi qu'aux conseillers sortants. Cette observation vaut pour Sherbrooke et elle est vérifiable historiquement dans tout le Québec.
Remarquez, M. Fortin ne peut rien prendre pour acquis quant à sa réélection à l'automne 2018 comme député provincial de Sherbrooke. De toutes les circonscriptions estriennes détenues par les libéraux, c'est possiblement la plus fragile. Le bruit court d'ailleurs que c'est dans Sherbrooke plutôt que dans Saint-François, où il a subi la défaite, que l'ex-ministre péquiste Réjean Hébert pourrait tenter un retour.
Luc Fortin a fait preuve de cran et d'audace en ignorant l'opinion de Jean Charest, qui ne lui accordait pas vraiment de chances de victoire comme nouveau venu dans la région en 2014. M. Fortin n'avait écouté que son instinct et pourrait plonger de la même façon à la mairie.
À la différence qu'il avait tout à gagner et peu à perdre à ce moment-là puisqu'une défaite l'aurait renvoyé à sa carrière de professionnel en communication. Tournez le dos à un job de député et une limousine de ministre, par contre, pèse sûrement lourd dans la balance pour prendre une décision en bon père de famille.
La Q-50 avant le véhicule électoral
Un autre candidat pressenti dans la course à la mairie, Steve Lussier, s'est pointé à l'hôtel de ville lundi soir.
« Par intérêt pour le projet de ligne ferroviaire et non pour être vu », m'a-t-il précisé.
La publicité télévisée d'un concessionnaire automobile dans laquelle vous déclinez votre identité, est-ce aussi un hasard ou plutôt une vitrine pour mousser votre notoriété et vous faire connaître des électeurs de Sherbrooke?
« Rien à voir non plus avec la mairie. Je m'associe à l'entreprise d'un ami et tant que je n'aurai pas confirmé ma candidature, la politique n'influencera pas mes choix », a précisé le financier qui multiplie les rencontres pour mesurer ses appuis.
« Le concept de notre campagne publicitaire est d'utiliser des ambassadeurs afin de promouvoir nos produits. Là, c'est Steve. Avant lui, c'était un autre. Si j'avais pensé un instant que ça pouvait influencer positivement sa réflexion, j'aurais acheté plus de publicité, car je connais Steve de longue date et je sais qu'il ferait un excellent maire » a pour sa part commenté l'un des copropriétaires de cette concession, Jean-Sébastien Poulin.
Dès l'instant où l'on déclare publiquement son intérêt à devenir maire d'une ville, des choses changent. On ne voyage déjà plus à bord d'un véhicule ayant les vitres teintées. C'est toujours prudent de garder ça à l'esprit.