Les gestionnaires estriens ont su relever le défi que François Legault leur avait lancé comme ministre de la Santé à propos de la modernisation de l’Hôtel-Dieu. Le premier Legault pourra-t-il en faire autant pour le Centre mère-enfant avec une gestion centralisée?

Du côté passager

CHRONIQUE / Êtes-vous toujours aussi fin observateur ? En vous référant à l’illustration qui est une reproduction de la une de La Tribune du 15 mars 2003, identifiez trois éléments qui sont présentement au cœur de l’actualité.

François Legault, qui était alors ministre de la Santé, est aujourd’hui premier ministre. Cela va de soi. Chacun obtient un point pour cette évidence.

La modernisation de l’Hôtel-Dieu constituait à cette époque le plus ambitieux projet en santé jamais réalisé en Estrie. En octroyant 70 M$ pour la construction d’une nouvelle aile, M. Legault avait mis la région au défi de lui prouver qu’il n’y aurait pas d’imprévus pour les phases subséquentes de réaménagements des services. 

Voilà que le fardeau de la preuve est inversé. Il revient aujourd’hui au gouvernement Legault de livrer le Centre mère-enfant promis à l’Estrie en misant sur une approche centralisée. Or, c’est plutôt mal parti. La Société québécoise des infrastructures (SIQ) se retrouve à devoir payer des pénalités de 600 000 $ à trois soumissionnaires sans avoir reçu de proposition satisfaisante. Pis encore, la seule soumission valide dépassait de 25 % le budget estimé à 198 M$. Vous êtes crédité d’un deuxième point si vous aviez relevé cet autre parallèle. Le troisième élément étant plus subtil, je vous laisse chercher encore un peu...

Le temps de pousser la comparaison entre la gestion actuelle des projets d’infrastructure publique dits « majeurs » et le modèle ayant valu de multiples éloges aux gestionnaires régionaux qui ont coordonné le déploiement des nouvelles unités de soins de l’Hôtel-Dieu.

« Sherbrooke devrait servir d’exemple à tous les projets hospitaliers au Québec, y compris du CHUM », avait mis en évidence Jean Charest comme premier ministre lors de la cérémonie d’inauguration en septembre 2008.

Rappelons que ces installations ont été livrées avec sept mois d’avance sur l’échéancier et à moindre coût que les 112 M$ alloués pour l’ensemble du projet. La région a pu utiliser les quelques millions ainsi économisées pour d’autres besoins qui étaient en attente de financement.

Cette réussite collective a rayonné en dehors de l’Estrie, elle a été applaudie sur des tribunes provinciales. Comment avez-vous réussi ? cherchait-on à savoir.

Tous les plans et devis pour l’Hôtel-Dieu ont été préparés localement, en régie. Pour éviter trop de travaux en même temps et afin d’attirer le maximum de soumissionnaires, les contrats ont été fractionnés. La SIQ a misé, elle, sur une tout autre approche pour le Centre mère-enfant. Son appel de propositions nous ayant ramenés à la case départ a porté sur « une approche conceptuelle de projet clef en main ». 

Les dirigeants du réseau estrien de la santé et des services sociaux auraient pu s’en remettre à des mandataires provinciaux pour la modernisation de l’Hôtel-Dieu, il y a quinze ans. Ils avaient cette option.

Les résultats probants obtenus à Sherbrooke n’ont plus le poids d’une plume dans la balance politique et administrative. Car, ce qui était auparavant un choix est devenu une obligation. C’est sans le moindre pouvoir de contestation que les décideurs estriens se retrouvent assis du côté passager pour le Centre mère-enfant. En vertu de règles provinciales mises en place à la suite de dérapages, tous les projets de 50 M$ sont d’office confiés à la SIQ.

Chef d’orchestre du mégaprojet de l’Hôtel-Dieu, Jacques Monette a toujours partagé le mérite avec l’ensemble du personnel de l’hôpital. Grâce à leur contribution à l’étape de la conception ainsi que par leur collaboration et leur tolérance durant l’exécution de travaux, tous ont veillé à ce que cette greffe « de neuf avec du vieux » soit réussie, a-t-il toujours insisté.

J’ai sollicité l’expertise de M. Monette pour connaître son niveau de confiance de la gestion centralisée. Ayant quitté le milieu pour la retraite depuis déjà un certain nombre d’années et estimant ne pas disposer de toute l’information nécessaire pour porter un jugement éclairé, il a décliné. 

La haute direction ou les membres du conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie — CHUS ne se trouvent évidemment pas davantage dans une position pour porter un jugement sur le mode de fonctionnement de la SIQ. La région doit se plier aux nouvelles règles et s’en remettre à la vigilance des répondants provinciaux du modèle.

À ce titre, M. Legault, saurez-vous comme premier ministre nous démontrer pour le Centre mère-enfant, avec la gestion centralisée de la SIQ, une efficacité aussi incontestable que celle que l’Estrie vous a prouvée avec l’Hôtel-Dieu ?

LE DÉCOMPTE DES JEUX

Voici le troisième parallèle d’actualité. Le 15 mars 2003, il restait très précisément 117 jours avant les Mondiaux jeunesse d’athlétisme ayant eu lieu à Sherbrooke durant l’été de cette même année. La Tribune tenait chaque jour le décompte dans sa une. Si vous l’aviez remarqué, avec trois points sur trois, vous montez sur la plus haute marche de mon podium.

Faudra-t-il remettre les pendules à l’heure après la séance du conseil municipal de lundi avant de lancer le décompte des Jeux de la Francophonie ? Vite calculé, il resterait autour de 900 jours avant la cérémonie d’ouverture annoncée pour le 23 juillet 2021...