Même là où une clôture métallique délimite la voie publique, des brèches servent de porte d’entrée aux chevreuils qui s’aventurent à l’intérieur des corridors autoroutiers pour brouter.

Détachement total face aux risques sur la 410

CHRONIQUE / La carcasse d’un autre chevreuil gisait le long de l’autoroute 410, lundi matin, dans la portion se trouvant entre la rivière Magog et le boulevard de l’Université. L’explication la plus plausible est évidemment celle d’une collision avec un véhicule.

Cette fois, on ne déplore qu’une perte de vie, celle de la bête. Par chance, faut-il ajouter, en opposition à la « malchance » survenue pratiquement au même endroit à la fin du mois de mai. 

Un cerf de Virginie projeté dans les airs après avoir été heurté dans l’une des voies opposées avait alors tué Carl Boutin, 27 ans, en atterrissant dans le pare-brise de sa camionnette. Le champ de vision est réduit et le temps de réaction des conducteurs écourté sur ce tronçon autoroutier plus étroit. 

Sans pouvoir tout prévoir on peut sûrement mieux prévenir, ai-je soulevé le printemps dernier en préconisant l’installation de clôtures adaptées au risque de la forte densité de chevreuils dans l’agglomération urbaine populeuse qu’est celle de Sherbrooke. D’autant que des citoyens de ce secteur s’étaient plaints à la Ville de même qu’aux gestionnaires fauniques d’une prolifération de cerfs autour de leurs maisons bien avant le décès de M. Boutin.

« La facilité avec laquelle un chevreuil peut atteindre l’autoroute m’amène à penser que les autorités ne sont même pas venues voir si des mesures, ne seraient-ce que temporaires, pouvaient être prises » déplore Hugo Vachon que je croise au hasard sous le pont Gingues durant sa marche dans l’un de sentiers récréatifs longeant la rivière Magog.

Les cerfs n’ont pas une seule entrave pour atteindre l’autoroute 410  à partir de l’îlot commercial du Quartier Université.

Nous sommes en face d’une brèche entre deux clôtures qui, pour être le moindrement efficaces, devraient être reliées l’une à l’autre. En longeant la clôture carrelée visible du côté ouest de l’autoroute (en circulant du Carrefour de l’Estrie vers l’Université), on s’aperçoit qu’il y a d’autres orifices pouvant servir de porte d’entrée aux cerfs pour s’engager dans l’emprise qu’ils utilisent comme aire de broutage.

Pourquoi cet écran métallique est-il d’autre part continu au croisement de la rue Galt Ouest jusqu’à la hauteur du commerce Joly Riendeau, avant d’être totalement absent jusqu’au boulevard de l’Université, y compris derrière l’îlot commercial du Quartier Université?

Le côté aléatoire est encore plus troublant derrière les propriétés résidentielles se trouvant de l’autre côté de l’autoroute. Une clôture partant de la voie récréative s’arrête aux limites d’un lot vacant et reprend derrière un quadruplex, au milieu de la rue Choquette. Les rubans d’un arpenteur semblent même avoir tracé le sentier que les cerfs empruntent.

« Comme je circule souvent sur la 410, je vois la croix blanche et le casque de travailleur que les proches de M. Boutin ont placés en sa mémoire le long de l’autoroute. C’est assez troublant de constater à quel point nos propres vies sont exposées lors de déplacements à haute vitesse », réagit Lyne Grégoire à la vue de la « passe » sans le moindre obstacle pour les cerfs.

Résidente du quartier résidentiel longeant l’autoroute 410, Lyne Grégoire a été surprise de voir une clôture s’arrêter à la ligne d’un lot vacant, ouvrant ainsi un large passage aux cerfs pour s’approcher du corridor où les véhicules circulent à haute vitesse.

« Tout en se préoccupant de sécurité, la Ville et le gouvernement pourraient agir sur la tranquillité puisque la circulation augmente sans cesse. Les communautés soucieuses de la qualité de vie de leurs citoyens les protègent avec un mur le long des autoroutes. Sans coûter une fortune, certaines installations s’avèrent très efficaces pour couper le son », ajoute Mme Grégoire, dont la propriété borde la rivière Magog.

Au ministère des Transports, à celui de la Faune ou encore du côté de la Ville, aucune information n’amène à croire qu’une démarche sérieuse a été engagée pour augmenter le niveau de sécurité.

« Il y a déjà eu un décès, en faut-il un deuxième pour que les autorités voient le danger », questionne Lyne Piché, la mère du disparu.

« J’essaie d’entrer en contact avec la coroner chargée d’enquêter sur la mort de notre fils et je ne parviens même pas à la joindre. Elle effectue ce travail à temps partiel. J’espère qu’on n’aura pas à attendre son rapport avant de voir bouger des choses. Ce chevreuil mort pratiquement au même endroit me semble un autre avertissement qu’on peut difficilement ignorer », juge son père, Michel Boutin.

Des aménagements assurant les déplacements sécuritaires des petits mammifères ont été réalisés lors de la construction de l’autoroute 410. À la même époque, des chevreuils étaient couchés au beau milieu de l’échangeur du boulevard de l’Université, en ruminant calmement les jeunes pousses qu’ils venaient de brouter. Il n’y a donc aucune excuse crédible pour justifier le détachement des autorités face à un danger que nous avions dès lors tous sous les yeux.