La prudence s'empare soudainement du conseiller Robert Pouliot, qui s'abstiendra dorénavant de participer aux votes sur le dossier Well inc. pour éviter toute apparence de conflit d'intérêts.

De la candeur à l'abstinence

CHRONIQUE / Le fabricant de chaussures L. P. Royer s'arrime au projet Well  inc. avec la conviction d'y trouver un environnement fertile pour son centre d'innovation. Une expertise de 80 ans dans la production de bottes de travail, avec le robuste Georges St-Pierre comme porte-étendard, ça semble assez loin du rayon complet-cravate du milieu des affaires.
C'est pourtant un microcosme idéal pour se rendre jusqu'au domicile des consommateurs avec un réseau avant-gardiste de vente en ligne, en misant sur l'expertise des p'tits génies de l'informatique et de l'infonuagique de SherWeb.
Les mariages d'intérêt n'ont pas fini de nous surprendre dans le Quartier de l'entrepreneuriat. Pas vrai, mon Bob?
Je vous ai décrit l'automne dernier l'enthousiasme à géométrie variable du conseiller Robert Pouliot, qui s'était levé pour applaudir au succès de Well inc. durant le discours de son chef de parti, Bernard Sévigny, devant la Chambre de commerce.
Dans le contexte d'une entrevue, il n'en voyait que des impacts très limités pour son magasin d'équipement de bureau et sa bâtisse commerciale se trouvant à quelques portes seulement du périmètre en ébullition.
« La survie de mon entreprise depuis 40 ans n'a jamais eu à voir avec des investissements municipaux. Le plus grand avantage que je peux retirer de ce projet comme commerçant-propriétaire, c'est d'espérer le rétablissement du service d'autobus et peut-être l'élimination du sens unique sur Wellington Sud », m'avait-il candidement répondu la première fois que je lui ai demandé si ses intérêts personnels ne le plaçaient pas dans une position délicate pour voter dans le dossier Well inc.
Encore lundi soir, son silence a été l'équivalent d'un appui à la vente de l'ancien terrain du Maysen Pub. Par contre, M. Pouliot a déclaré son intérêt et s'est abstenu de voter sur le programme de rénovation des façades commerciales.
« Notre édifice se trouvant à l'intérieur de la zone d'application de cette subvention, nous pourrions en bénéficier. C'est pourquoi je me suis retiré. Quant à l'autre dossier, je vous réitère que nous sommes en dehors du périmètre de Well inc. », m'a-t-il à nouveau répondu.
Puis, sans insistance de ma part, l'ancien maire d'Ascot a effectué un virage à 180 degrés :
« Dans le futur, je m'abstiendrai de voter sur Well inc. parce que même s'il n'y a qu'apparence de conflit d'intérêts, les répercussions politiques peuvent être aussi dommageables que lorsqu'il y a un réel conflit », a-t-il fait valoir.
Les procureurs en droit municipal que j'avais consultés l'automne dernier ne voyaient pas de contre-indication légale à ce que le conseiller Pouliot participe aux votes. D'autres propriétaires d'immeubles du secteur sont susceptibles, tout comme lui, de bénéficier d'une plus-value immobilière.
« Pour éviter toute insinuation malveillante, moi, je lui aurais par contre conseillé de se retirer » avait tout de même nuancé l'un d'eux.
Robert Pouliot maintient qu'il n'a jamais reçu d'avis en ce sens du contentieux de la Ville. La directrice du service, Isabelle Sauvé, est assez mal placée pour émettre une opinion basée sur des considérations strictement politiques puisque son conjoint Serge Paquin a agi comme bras droit du maire Sévigny au cours du dernier mandat, comme membre de son parti.
Le président du comité exécutif a rompu son lien avec le Renouveau sherbrookois, en novembre dernier, justement pour soustraire Me Sauvé à certaines critiques ainsi que pour lui éviter d'autres reproches comme directrice du scrutin municipal.
« M. Sévigny ne commentera pas. Ni comme maire ni comme chef du parti. Après 35 ans en politique municipale, M. Pouliot a assez d'expérience pour prendre ses propres décisions », m'a rapporté l'attachée de presse de la mairie, Julie Vinette.
Le vieux routier qu'est Bob Pouliot sait effectivement mieux que quiconque que plus une campagne électorale approche, plus la prudence est de mise.
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Le nouveau président du syndicat des cols bleus de Sherbrooke, Benoit Labonville, a lui-même contacté une agence de rencontres pour demander à ce que les photos osées de l'un de ses membres soient retirées « pour des considérations personnelles ».
« J'ai eu des discussions avec l'employé concerné, l'employeur l'a aussi rencontré. L'affaire a été réglée sans sanction, avec un rappel à tous d'éviter de semblables initiatives », a brièvement commenté M. Labonville.
J'ai rapporté samedi dernier le contenu d'une plainte anonyme d'un col bleu, qui s'est déclaré gêné de travailler aux côtés d'un collègue s'étant affiché nu pour conquérir l'âme soeur.
Une autre membre de ce groupe a utilisé le même canal pour exprimer son désaccord, se disant quant à elle « choquée de travailler à côté du paladin de moeurs ayant mis en péril le gagne-pain d'un collègue pour une raison si banale ».
L'assemblée statutaire des membres que le nouvel exécutif des cols bleus avait convoquée pour lundi soir, avant cette polémique, a probablement été l'occasion de lancer un appel au calme.
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Steve Lussier a perdu son directeur des communications au combat quelques jours seulement après le lancement de sa campagne à la mairie.
« Je savais la tâche exigeante, mais j'ai vite réalisé que je n'arriverais pas à tenir le rythme. J'aurai risqué de ruiner ma santé au cours d'une aussi longue campagne. Je donnerai un coup de main à la hauteur de mes capacités », a admis Raymond Vincent.
Steve Lussier a besoin d'avoir de bonnes réserves d'énergie s'il compte toujours passer les six prochains mois en campagne intensive sans quitter son poste de directeur de comptes hypothécaires.